Le tourisme et les transferts des Tunisiens résidant à l’étranger génèrent chaque année plusieurs milliards de dinars en devises, constituant l’un des principaux soutiens de l’économie tunisienne. Ensemble, ces flux couvrent une part décisive du service de la dette extérieure, contribuent à atténuer le déficit de la balance commerciale et renforcent des réserves de change constamment sous pression.
Ce rôle d’amortisseur financier est d’autant plus crucial dans un contexte de tensions budgétaires et d’accès limité aux financements internationaux. Pourtant, malgré cette contribution vitale à la stabilité macroéconomique, le secteur touristique demeure structurellement fragile (précaire), peu diversifié (mono produit) et fortement exposé aux chocs externes (sensible), qu’ils soient sanitaires (COVID), sécuritaires (attentats) ou géopolitiques (tensions).
La Tunisie joue-t-elle simplement la carte de la survie économique… ou prépare-t-elle enfin l’émergence d’un tourisme durable, résilient et véritablement stratégique ?
Le tourisme, pilier de l’économie tunisienne
Dans l’ombre des grands débats budgétaires et des réformes structurelles, le tourisme tunisien continue de jouer un rôle déterminant dans la survie économique du pays. Selon le ministère des Finances et la Banque centrale de Tunisie, les recettes touristiques ont atteint 7,5 milliards de dinars en 2024, auxquelles s’ajoutent près de 6,8 milliards de dinars transférés par les Tunisiens résidant à l’étranger (TRE) en 2025. Ce binôme tourisme-TRE s’impose comme l’une des principales sources de devises de l’économie nationale.
À lui seul, le secteur touristique couvre plus de 40% du déficit de la balance commerciale, allégeant ainsi la pression sur les réserves en devises et facilitant, de manière indirecte mais décisive, le service de la dette extérieure.
En début d’année 2025, Les recettes issues des transferts des TRE ont permis de financer près de 44% du service de la dette extérieure, illustrant leur rôle central de stabilisateur financier. Certes, aucun mécanisme budgétaire direct ne permet d’affirmer que ces ressources financent ligne par ligne la dette publique. Mais leur impact macroéconomique est indéniable : sans ces flux en devises, l’équilibre extérieur du pays serait fortement fragilisé.
Le tourisme contribue également à l’emploi de près d’un Tunisien actif sur dix et figure au cœur des stratégies nationales à l’horizon 2035, selon le ministère des Finances. Au-delà de son rôle sectoriel, il apparaît aujourd’hui comme un levier stratégique indispensable à la stabilité macroéconomique et à la capacité de l’État tunisien à honorer ses engagements financiers internationaux.
Le maillon faible : accueil, services et image du pays
L’expérience du touriste en Tunisie, de son arrivée à son départ, reste un maillon faible du secteur. L’Office national du tourisme tunisien (ONTT) et le ministère du Tourisme ont mené des enquêtes de satisfaction auprès des touristes, notamment pendant la haute saison 2024, en interrogeant des visiteurs étrangers dans les aéroports (Tunis‑Carthage, Enfidha, Monastir, Djerba) ainsi qu’aux points d’entrée terrestres et maritimes. Ces enquêtes visent à sonder les opinions et attentes des touristes et à identifier les lacunes dans les services touristiques, y compris en matière d’hébergement et de prestations annexes. Cependant, il n’existe pas aujourd’hui en Tunisie d’audit national, régulier et indépendant de l’expérience touristique couvrant l’ensemble du parcours du visiteur de l’accueil à l’aéroport au transfert, au séjour hôtelier et aux services complémentaires comme c’est le cas dans certaines destinations très orientées « qualité client ».
Le secteur touristique tunisien a longtemps été axé sur le volume (nombre de nuitées, capacité d’accueil) plutôt que sur la qualité du service, ce qui se reflète dans la satisfaction client et les critiques sur le terrain. Dans plusieurs analyses, on constate que la quantité ne fait pas la qualité des services : l’objectif d’attirer le plus de touristes prime souvent sur l’amélioration de l’accueil, de la formation et de l’expérience globale, ce qui peut expliquer l’écart entre le niveau théorique (classement) et l’expérience réelle. Cette logique se traduit également par une faible adaptation aux spécificités culturelles des clientèles ciblées, notamment asiatiques et du Golfe, dont les attentes en matière d’accueil, de services, de restauration et de standing diffèrent fortement du modèle touristique standardisé.
Par Malek Chouchi
Pour retrouver la suite de cet article, consultez le numéro 935 de L’Economiste Maghrébin, du 31 décembre 2025 au 14 janvier 2026, disponible chez tous les marchands de journaux.