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Leconomiste Maghrebin > Blog > A ne pas manquer > Le cri du cœur de Nawar Acheya, en avant-première
A ne pas manquerCulture

Le cri du cœur de Nawar Acheya, en avant-première

Nadia Dejoui
2026/01/03 at 11:19 AM
par Nadia Dejoui 5 Min Lecture
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Partout autour de nous, les jeunes, qu’ils soient tunisiens, marocains, algériens ou d’ailleurs, cherchent un nouvel Eldorado. L’avant-première du film Nawar Acheya (Les Belles de nuit) s’est penchée sur cette question épineuse, loin d’être spécifique à la Tunisie. La réalisatrice Khedija Lemkecher souligne que ce phénomène est mondial.

En effet, certains pays sont victimes de cette migration clandestine, dite harka. En clair, l’absence de visibilité pour l’avenir, l’incertitude de demain et un climat socioéconomique tendu créent un terrain favorable à la justification du départ des jeunes.

Khedija Lemkecher : « La Méditerranée magnétise et tue »

Rencontrée après l’avant-première, la réalisatrice de ce film, Khedija Lemkecher, livre ses impressions et met en garde contre nos rêves obsessionnels, qui peuvent être mortels. Elle précise : « On est obsédé par cette Méditerranée qui nous attire, qui nous magnétise à travers ces champs de la mort. Malheureusement, on ne regarde plus la mer de la même façon. Moi-même, quand je me baigne en Méditerranée, surtout à Zarzis, je n’ai plus le même plaisir ni la même impression. Ça me fait chaud au cœur que ce ressenti soit là. C’est un film difficile, un film qui donne un malaise, un coup de poing. Je suis très contente de cette audience et de ce ressenti ».

Interrogée sur la durée de production, elle nous déclare : « Ce film m’a pris pas mal d’années. C’était un défi à relever. Il n’est pas bankable pour les distributeurs qui préfèrent le commercial ».

Et la noirceur du film ? « Comment s’en remettre ? Difficilement parce qu’à chaque fois que je le regarde, j’ai beaucoup d’émotions. Je suis fatiguée, beaucoup de choses remontent. J’ai très mal. Je suis à la place de ces champions. On veut qu’ils vivent, on veut que nos jeunes vivent. On ne veut plus de ces rêves de mort ».

Younes Megri incarne Djo, une figure de père spirituel qu’on voit, vit et ressent à l’écran. Ce coach, originaire d’un quartier où des enfants perdus manquent d’éducation, adopte Yahya comme son enfant pour le sortir de la masse. Au-delà de l’amitié, naît une parenté profonde.

Un aîné et un jeune s’entendent dans la boxe. Mais la jeunesse rêve d’ailleurs, cherchant mieux. Younes Megri souligne : « Des jeunes partis il y a 10 ou 15 ans ont souffert et souffrent toujours. Mais quand ils reviennent, ils disent à leur famille qu’ils vont très bien, qu’ils ont une voiture. Ce n’est pas vrai, c’est totalement autre chose. Moi aussi, j’ai vécu en Europe une dizaine d’années pour mes études de musique. Pour moi, l’Afrique du Nord est merveilleuse, on ne trouvera ça nulle part ailleurs ».

Ce film laisse des traces psychologiques : « On a été choqués par ce qui se passe en Méditerranée. Ces jeunes perdent la vie bêtement. Et même quand ils survivent, ils sont maltraités de l’autre côté. En Europe, ce n’est pas beau à voir ; désormais, les Européens affluent chez nous. Dommage pour nos partants ! Tout le monde vante l’ailleurs, trompé par les retours mensongers des émigrés qui cachent leur souffrance ».

Younes Megri célèbre le cinéma tunisien : « Vive la Tunisie, vive le cinéma et vive la jeunesse avec qui j’ai travaillé ! Le cinéma tunisien a une particularité unique, il est toujours présent dans les festivals internationaux. Il porte un message au monde entier. J’aimerais revenir travailler ici. Les sujets ? Aux scénaristes et réalisateurs de s’adapter à la conjoncture mondiale changeante ».

Quant à Elyes Kadri, acteur, ce n’est pas sa première expérience au cinéma : six ans de métier, vingt projets, mais une première en Tunisie hors de France. Le scénario universel sur la jeunesse l’a séduit, avec Khedija Lemkecher.

La harka touche tout le monde, même un champion tunisien choisissant l’exil malgré la misère là-bas. Courageux, mais son rêve français est illusoire : péril en Méditerranée, puis reconstruction linguistique et culturelle. Double lutte des plus vaillants.

Elyes Kadri conclut : « Espoir : construire localement, l’herbe n’est pas plus verte ailleurs. Ne lâchez rien, il y a de la lumière au bout du tunnel via la patience et la persévérance ».

MARQUÉE: Nawar Acheya
Nadia Dejoui 3 janvier 2026
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