Tunisair a clôturé l’exercice 2022 avec une progression notable de ses revenus, bien que sa situation financière demeure marquée par des déséquilibres structurels profonds et des pertes persistantes. Selon les états financiers consolidés publiés le 26 décembre 2025, le transporteur national a vu ses revenus d’exploitation quasiment doubler pour atteindre 1,42 milliard de dinars, contre environ 733 millions de dinars l’année précédente.
Cette reprise de l’activité commerciale a permis de réduire le déficit d’exploitation, qui est passé de 262 millions de dinars en 2021 à 132 millions de dinars en 2022. Malgré cette dynamique positive sur le plan opérationnel, le groupe enregistre un résultat net consolidé déficitaire de 221 millions de dinars, un chiffre toutefois en amélioration par rapport aux 335 millions de dinars de pertes constatés lors de l’exercice précédent.
La structure du bilan révèle une fragilité critique avec des capitaux propres consolidés négatifs s’élevant à 1,75 milliard de dinars au 31 décembre 2022. Ce déséquilibre s’explique par l’accumulation des déficits au fil des années, impactant non seulement la société mère mais aussi ses principales filiales comme Tunisair Express et Tunisair Handling, dont les fonds propres sont également déficitaires. Le passif total du groupe atteint environ 3,66 milliards de dinars, dont une part prépondérante de passifs courants s’élevant à 2,82 milliards de dinars. Parmi les dettes les plus significatives, le groupe doit 1,81 milliard de dinars à ses fournisseurs et partenaires rattachés. Une créance majeure de 1,18 milliard de dinars est également due à l’Office de l’aviation civile et des aéroports (OACA), représentant l’accumulation de redevances aéroportuaires sur plusieurs exercices.
Des réserves comptables majeures et des litiges préoccupants
Les commissaires aux comptes ont émis une opinion avec réserves sur ces états financiers, pointant du doigt plusieurs zones d’ombre techniques et comptables. Ils signalent des insuffisances majeures dans les systèmes d’information et le contrôle interne, ce qui limite la fiabilité du suivi des recettes commerciales et des inventaires physiques des stocks et des immobilisations. Des incertitudes pèsent également sur plusieurs litiges juridiques, notamment le dossier de Mauritania Airways dont le passif à combler est estimé à 75,7 millions de dinars, ainsi que des saisies de moteurs d’avions à l’étranger à la suite de différends financiers avec des prestataires de maintenance. Ces éléments, combinés à l’érosion des fonds propres, créent une incertitude significative quant à la continuité de l’exploitation du groupe sans mesures de soutien ou de restructuration d’envergure.
Un plan de redressement ambitieux mais incertain
Pour faire face à ces défis, la direction de Tunisair a engagé un plan de redressement incluant le gel des recrutements en vigueur depuis 2013 et une stratégie de compression des coûts. Le groupe mise sur le renouvellement de sa flotte et l’expansion de son réseau, notamment par l’ouverture de nouvelles lignes vers l’Afrique subsaharienne et l’Amérique du Nord, pour stabiliser ses revenus à long terme. La continuité de l’entreprise repose désormais sur la réussite de ces réformes et sur l’obtention de nouvelles lignes de crédit de gestion pour assurer ses flux de trésorerie