FMI – Tunisie : le consensus interne est le garant de la dette externe

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Photo d'archives/REUTERS/Johannes P. Christo

Comme à la fin de chaque mission, l’équipe du FMI a publié un communiqué de presse. Il résume ses principales remarques. Et il donne une idée sur le degré de satisfaction de l’établissement de Bretton Woods. Les quelques lignes rédigées montrent que cette fois, le bailleur de fonds ne veut plus injecter des fonds sans une vraie action de l’Etat tunisien. Il a clairement identifié les sources de problèmes; en donnant même sa recette pour sortir de la crise.

Ainsi, le bilan du FMI est sans appel: une réduction du PIB de 8,2% en 2020 (plus optimiste que les estimations de la Banque Mondiale); une augmentation de la pauvreté et du chômage; et un déficit budgétaire de 11,5% du PIB.

2021 est déjà en dessous des attentes

Le PIB de 2021 augmenterait de 3,8% contre 4% selon le Gouvernement. Pire encore, ce taux pourrait être révisé à la baisse, car des incertitudes existent quant à la durée et l’intensité de la pandémie et au moment de la vaccination. L’objectif de réduire le déficit à 6,6% n’est pas aussi évident puisqu’il nécessite des mesures très spécifiques. Et qu’en leur absence, le déficit atteindrait 9% du PIB.

En outre, le FMI n’a pas apprécié la façon dont le Gouvernement a calculé le financement monétaire des dernières semaines de son Budget 2020. Réitérer une telle opération risque d’annuler les gains réalisés en termes de réduction de l’inflation. Et cela pourrait affaiblir le taux de change et les réserves en devises.

Par ailleurs, l’économie tunisienne reste handicapée par plusieurs grandes entreprises publiques qui sont accablées de dettes. Puisqu’elles présentent des risques fiscaux et financiers mais  continuent de bénéficier des garanties de l’Etat.

Le plan de sortie de crise

Pourtant, la feuille de route est très simple: donner la priorité absolue aux dépenses de santé et de protection sociale; tout en contrôlant la masse salariale, les subventions énergétiques mal ciblées et les transferts aux entreprises publiques. Il faut également trouver une solution radicale pour le secteur informel. De même qu’instaurer l’équité fiscale, mener les réformes anti-corruption et améliorer l’environnement des affaires. Ce sont donc ces réformes douloureuses que nous devrons cette fois, accomplir.

A cet égard, le FMI, conscient de la complexité de mener ce plan d’actions, a appelé à la mise en place d’un pacte social. Lequel bénéficie de la forte adhésion de la société tunisienne et des partenaires internationaux au développement.

En parallèle, il faut œuvrer à encourager davantage l’initiative et à ouvrir l’économie à la concurrence. Et notamment en supprimant les monopoles et autres distorsions.

Tout cela doit s’accompagner de réformes transversales, visant à promouvoir la lutte contre la corruption, la bonne gouvernance et la transparence.

L’impossible consensus avec le FMI

Alors, ce que nous pouvons comprendre aujourd’hui se résume en trois points essentiels.

Tout d’abord, le premier est qu’un accord avec le FMI n’est pas pour demain. Et parvenir à signer un nouveau programme au cours du dernier quart de 2021 serait un succès. En effet, le Fonds exige le nettoyage de la cuisine interne par le Gouvernement, avant d’aller emprunter de l’argent. D’ailleurs, les deux premiers programmes se sont soldés par un échec cuisant en matière de réformes. Et l’expérience a montré que les parties prenantes à toute décision cruciale ont souvent le dernier mot. D’où l’idée de ce pacte social qui sera le garant de la capacité du pays à avancer dans des réformes qui n’ont jamais fait l’objet d’un consensus national.

Le deuxième point concerne les verrous de l’économie tunisienne, identifiés du doigt. Il s’agit des entreprises publiques et du contrôle de certains secteurs stratégiques par peu d’opérateurs. Ces deux thèmes seront la colonne vertébrale de tout programme futur. Ce qui compromet, de facto, toute chance d’atteindre ce pacte social. Si l’UGTT se montre de plus en plus flexible quant au traitement de ce sujet épineux, elle n’acceptera pas une purge sociale résultant en une réduction massive du nombre d’employés de ces entités. Le traitement financier se complique davantage chaque jour et la dernière décision de la BCT d’appliquer des provisions collectives sur leur dette, en dépit de la garantie de l’Etat, montre à quel point ce dossier est devenu explosif.

Le troisième point concerne le soutien aux mesures prises par la BCT. Effectivement, le FMI a insisté sur l’objectif de la politique monétaire, qui doit se concentrer sur l’inflation. Et ce, en orientant le Taux Directeur, tout en préservant une flexibilité bilatérale du taux de change. Le régulateur doit surveiller de près le secteur financier, car le plein impact de la pandémie n’a pas encore été observé. Il ne faut donc pas espérer voir une baisse importante du Taux Directeur à court terme. Car un tel mouvement risque de fragiliser la santé des banques.

Cependant, toutes ces questions ne semblent pas être la priorité d’une classe politique. Laquelle est focalisée sur un remaniement qui risque d’être une balle à blanc. Si nous sommes incapables de produire un Gouvernement, serions-nous prêts à signer un pacte social?

La réponse ne demande pas beaucoup de réflexion!

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