Entre Kaïs Saïed et son chef du gouvernement, la rupture est définitivement consommée

remaniement ministériel

C’est une nouvelle humiliation publique  qu’a subie Hichem Mechichi. Et ce, lors du Conseil de la sécurité nationale présidé par le président de la République, Kaïs Saïed. Désormais, la rupture entre les deux hommes semble totale et irréversible. Et c’est forcément le fonctionnement de l’Etat qui va en pâtir.

C’est un air de déjà vu. Kaïs Saïed, le visage livide, l’œil scintillant de colère, le ton saccadé, qui passe un savon au chef du gouvernement. Alors qu’Hichem Mechichi bouille visiblement de l’intérieur sous son masque, en faisant semblant de prendre des notes. De toute évidence, les deux têtes de l’Exécutif sont arrivées au point de non retour et la rupture semble totale et irréversible.

Savonnade en règle

En effet, il s’agit d’une énième réprimande publique, sous l’œil de la camera implacable. Et ce, sans que Hichem Mechichi n’ait le droit de placer un mot. Encore une scène grotesque que les Tunisiens ont suivie médusés. Elle se déroulait durant la réunion du Conseil de sécurité nationale, présidé hier lundi 25 janvier 2021 par le président de la République. En présence, inédite, de la députée du bloc démocrate Samia Abbou, invitée par la présidence pour représenter le Parlement. Alors que Rached Ghannouchi lui-même était déjà présent.

Un remaniement « inconstitutionnel »

Ainsi, lors de cette réunion houleuse et très tendue, Kaïs Saïed estimait que le remaniement ministériel décidé par Hichem Mechichi la semaine dernière était « inconstitutionnel ». Alors qu’il passe au vote du Parlement ce mardi.

Car, aux yeux du Président, ce remaniement « n’a pas respecté les procédures prévues par la Constitution; et précisément l’article 92 ». Lequel stipule la nécessité de délibération préalable en Conseil des ministres pour toute restructuration gouvernementale ».

D’ailleurs, il déplore: « Le chef du gouvernement avait procédé à un remaniement sans toutefois m’avertir; se contentant de m’adresser une simple correspondance. Or, une telle opération nécessite une concertation préalable, chose qui n’a pas été faite. »

Alors, pointant du doigt le chef du gouvernement qu’il avait lui-même désigné, Kaïs Saïed poursuit: « C’est une première en Tunisie. Un chef du gouvernement qui assure l’intérim du ministre de l’Intérieur qu’il a, lui-même limogé! La présidence de la République n’est pas un bureau de poste qui réceptionne le courrier ou un organisateur de cérémonies de prestation de serments », ironisait-il encore.

D’autre part, le Chef de l’Etat laisse entendre que parmi les personnalités proposées à des fonctions ministérielles figurent des cas de corruption et des dossiers de conflits d’intérêt.

Or, « toute personne qui fait l’objet d’une affaire en justice ne peut prêter serment. Car la prestation de serment n’est pas une formalité, mais une action fondamentale », avertit le Président.

Ambigüité

Mais le plus grave selon le Président c’est qu’« un gouvernement a été formé et aussitôt remanié à la suite du changement des alliances stratégiques. Lésées et leurs intérêts touchés, des parties ont profité des brèches de la Constitution, elle-même sujette à de multiples interprétations », soutient le chef de l’Etat.

Et d’insister: « Ces parties ne se préoccupent que de leurs intérêts étroits. Tout ce que j’ai entrepris a été au service des intérêts du peuple tunisien. Mais ces parties ont essayé d’avorter mes initiatives par tous les moyens. Je cite à titre d’exemple, leurs tentatives de faire avorter mon initiative au Conseil de sécurité de l’ONU. Si je n’étais pas tenu par le devoir de réserve, j’aurais révélé plus que cela. »

Et nous voila encore une fois frustrés par l’ambigüité du discours présidentiel: de quelles parties s’agit-il? Et pourquoi s’obstine-t-il à nous cacher la vérité face à des accusations gravissimes pouvant être qualifiées de haute trahison?

« Cela suffit » s’exclame Kaïs Saïed

Pour conclure, le locataire du palais de Carthage n’a pas pu s’empêcher de régler ses comptes avec le parti islamiste de Rached Ghannouchi.

Et ce, en réponse aux déclarations de certains dirigeants du Mouvement Ennahdha appelant les « jeunes du parti » à prêter main forte aux forces de l’ordre, lors des émeutes nocturnes. Par conséquent, le président de la République a réaffirmé que seul l’Etat détient le monopole de la violence légitime.

Ironisant sur l’initiative de « certaines parties » de créer « un système sécuritaire parallèle », à l’instar de ce qui s’est passé au lendemain de la Révolution dans le cadre de l’Assemblée nationale constituante, le Président s’est écrié: « Cela suffit, cela suffit, cela suffit! J’en ai assez de ceux qui travaillent dans l’ombre. Aujourd’hui, je vais agir pour protéger l’Etat et les intérêts des Tunisiens ».

Il était temps M. le Président!

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