Sionisme et antisionisme

antisionisme

Le débat doctrinal et politique sur la relation-confusion entre antisémitisme et antisionisme rattrape le président de la République Kaïs Saïed. En effet, un média israélien l’accuse d’avoir traité « les juifs » de « voleurs ». Et ce, lors de son récent discours à l’attention des jeunes du quartier de Mnihla. Si le chef de l’Etat tunisien revendique appartenir à une tradition de solidarité panarabe nourrie par la cause palestinienne; l’antisionisme idéologique est-il pour autant synonyme du crime que représente l’antisémitisme?

D’un côté, force est de reconnaître qu’en pratique, certains se réfèrent aux « sionistes » pour mieux viser, en réalité, « les Juifs ». L’antisioniste autoproclamé est ici un antisémite à peine voilé. Cet usage instrumentalisé de l’antisionisme ne saurait masquer un discours foncièrement antisémite.

De l’autre, cette instrumentalisation peut être également inversée. Car nombre de pro-israéliens n’hésitent pas à ériger systématiquement toute critique d’Israël en argument ou déclaration antisémite et en délit d’opinion. C’est pourquoi, une série de clarifications méritent d’être établies.

Aux origines du sionisme

A cet égard, le sionisme des origines, très sécularisé, socialisant, en phase avec la modernité occidentale, n’a que peu à voir avec le sionisme contemporain qui s’appuie sur des ressorts religieux. En effet, depuis la naissance de l’Etat d’Israël, le sionisme originel, « laïc » et socialisant, s’est vu progressivement absorbé par une lecture biblique et quasi mystique. De la part des sionistes juifs et chrétiens, pour lesquels la Palestine est le berceau et la « Terre promise » du peuple juif.

D’abord province de l’Empire ottoman depuis le XVIe siècle, c’est le gouvernement britannique qui prend le mandat de la Palestine en 1920. Décision que confirma la Société des Nations en 1922.

Entre temps, la montée de l’antisémitisme et la persécution des juifs en Europe est à l’origine d’un mouvement nationaliste juif: le sionisme. Son père fondateur, Theodor Herzl (écrivain juif austro-hongrois, auteur de L’État juif, publié en 1896) organise en 1897 à Bâle le 1er Congrès sioniste. A l’occasion duquel il proclame que « l’objectif final du sionisme est de créer, pour le peuple juif, un foyer en Palestine ».

La Déclaration Balfour

Mais, il faut d’abord comprendre pourquoi Theodor Herzl aboutit à cette idée d’État juif. Ce sont les pogroms massifs en Russie dans les années 1880 et l’affaire Dreyfus en France qui provoquent une prise de conscience dans l’opinion juive; et notamment parmi les intellectuels juifs occidentaux. Theodor Herzl en tire pour sa part une double conclusion. A savoir que: les juifs ne peuvent pas s’intégrer là où ils vivent et il faut donc les rassembler dans un État.

En écho, le Premier ministre britannique Arthur Balfour s’engage dans sa fameuse déclaration de 1917 à créer un « foyer national juif ». Or, la Palestine n’est pas une « terre sans peuple ». Une majorité d’Arabes y vit et coexiste avec des minorités, notamment juive. Cependant, la « Déclaration Balfour » provoqua un véritable appel d’air pour l’immigration des juifs en Palestine.

Si le sionisme constitue l’ossature idéologique de (la création de) l’État d’Israël, la nature de ce dernier évolue sous l’influence de l’évolution du premier. Depuis la naissance de l’Etat d’Israël, le sionisme originel, « laïc » et socialisant, est progressivement dépassé et absorbé par une lecture biblique et quasi mystique par les sionistes juifs et chrétiens (notamment les fondamentalistes évangélistes). Pour lesquels la Palestine est le berceau et la « Terre promise » du peuple juif.

Annexion de Jérusalem-Est, colonisation et antisionisme

La « Guerre des Six jours » (1967) et la conquête historique de la vieille ville de Jérusalem ouvrent la voie à l’idée d’une reconquête territoriale justifiée par la volonté de Dieu. Ainsi, « le projet sioniste de la libération des juifs devient un projet de libération de la terre » (Z. Sternhell). L’ascension du mouvement « Goush Emounim » (Bloc de la foi) se trouve confortée par l’arrivée au pouvoir de la droite nationaliste incarnée par le parti Likoud (victoire de Menahem Begin en 1977). Laquelle accélère l’accaparement des terres arabes et la colonisation.

En outre, l’annexion de Jérusalem-Est- c’est-à-dire de la partie arabe de la ville sainte- est consacrée par la Knesset. Puisqu’elle déclare- en décembre 1980- Jérusalem « réunifiée » comme « capitale » (« éternelle et indivisible ») de l’État d’Israël. Alors, la dérive religieuse de l’idéologie sioniste est remarquable: non seulement le mythe du « Grand Israël »- qui s’appuie sur des références bibliques- a phagocyté la conscience collective de la société civile israélienne. Mais le poids électoral des colons est devenu crucial dans le système politique du pays.

Ainsi, ce sionisme tendance nationaliste-religieux se traduit par la colonisation et la « judaïsation » des territoires occupés de la Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est. De même que l’idée de « supériorité juive » en Israël même (Z. Sternhell), qui nourrit la naissance d’une forme d’apartheid.

« Une nouvelle catégorie de réfugiés, les Arabes »

Pourtant, avant même cette évolution relieuse, l’idéologie sioniste a fait l’objet de débats et de critiques; et ce, par des intellectuels juifs eux-mêmes. Il convient ici de citer Hannah Arendt, dans Les Origines du totalitarisme, publié en 1951: « Après la guerre, la question juive, que tous considéraient comme la seule véritablement insoluble, s’est bel et bien trouvée résolue– en l’occurrence au moyen d’un territoire colonisé puis conquis– mais cela ne régla ni le problème des minorités ni celui des apatrides. Au contraire, comme pratiquement tous les événements de notre siècle, cette solution de la question juive n’avait réussi qu’à produire une nouvelle catégorie de réfugiés, les Arabes. Accroissant ainsi le nombre des apatrides et des sans-droits de quelque 700 à 800 000 personnes ».

 

 

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