Rupture

rupture Plan quinquennal 2021/2025 Tunisie

Qu’est-ce qui symbolise le plus un pays si ce n’est, non sans raison, le drapeau national, le timbre-poste et sa monnaie aujourd’hui comme hier sa principale force de frappe. À l’aune de ces trois symboles, la Tunisie ne semble pas mal lotie.

Dans ses moments fastes comme dans l’adversité, le pays affiche sa force de caractère et sa fierté, son désir d’ouverture sur le monde et ne se fait jamais à l’idée de voir se déprécier sa propre monnaie. D’ailleurs, l’Institut d’émission n’a aucun penchant pour les dévaluations compétitives. Il est en permanence en croisade contre l’inflation au seul motif de préserver la stabilité des prix et donc du dinar. Sauver le dinar pour ne pas égratigner l’image et le prestige du pays. Y aurait-il meilleur cri de ralliement en ces temps difficiles ?

Il y va de la contribution de tous. Mais dans cette œuvre collective, le rôle des banques est déterminant. L’argent est le nerf de la guerre. Il ne peut y avoir d’économie en croissance et un dinar stable sans des finances saines. On vient d’en avoir quelques assurances.

Notre galaxie financière n’a pas sombré. Elle a su et pu résister au tsunami de la pandémie du Covid-19.

Les entreprises étaient quasiment à l’arrêt. Les établissements financiers ont assuré le service et évité une paralysie totale de l’activité. Les banques étaient en première ligne en soutien aux entreprises et aux particuliers. Elles ont soulagé les uns et les autres en différant le remboursement des crédits. Elles avaient sorti par mauvais temps le parapluie, ce qui n’est pas dans leurs habitudes. Et donné du sens à leur conception de la responsabilité sociale. À elles seules, elles ont contribué pour plus de 100 MD, soit plus de la moitié du fonds d’aide 18-18. Inédit, historique. On ne les imaginait pas capables d’un tel engagement citoyen, d’une telle solidarité. Les banques ne sont pas attirées que par les gains, elles ont du cœur. Quel soulagement qu’il ait pu battre pour les victimes de la pandémie.

« Dans ses moments fastes comme dans l’adversité, le pays affiche sa force de caractère et sa fierté, son désir d’ouverture sur le monde et ne se fait jamais à l’idée de voir se déprécier sa propre monnaie »

Le confinement leur a donné des ailes pour accélérer leur transformation digitale et s’initier au mode de travail à distance, renforçant ainsi leur lien de proximité.

Le bilan de ce semestre ne dit pas tout sur les avancées technologiques et managériales au crédit des banques et des établissements financiers. Les choses seront plus visibles à la reprise qui sonne pour les secteurs comme un nouveau départ boosté par les progrès en termes de transformation digitale. En moins de 6 mois, il a rattrapé un gap de plusieurs années. Sa modernisation ira en s’accélérant avec la réforme. Sa mise aux normes des standards mondiaux est d’une nécessité impérieuse.

Pour prétendre jouer dans la cour des grands et s’ériger en tant que place financière régionale. Le site Tunisie a tous les attributs : positionnement géographique, compétences humaines, logistiques, Fintech…Il ne lui a manqué jusque-là que la volonté politique et l’audace des dirigeants.

Les compagnies d’assurance, second pilier de notre système financier, ont moins souffert du confinement que de l’augmentation de la taxation sur les placements qui leur procurent l’essentiel de leurs bénéfices. Rien ne justifiait une telle décision qui fait le lit de l’économie informelle qu’on disait vouloir combattre. Mais crise ou pas, c’est le même constat qui revient chaque année : nombre élevé de compagnies trop souvent de petite taille, un taux de pénétration dans l’économie des plus faibles et une offre de produits réduite à sa plus simple expression. On pourra en dire autant des banques que rien ne différencie ou presque.

« Le bilan de ce semestre ne dit pas tout sur les avancées technologiques et managériales au crédit des banques et des établissements financiers »

Le confinement de l’économie, s’il a relativement épargné les banques et les compagnies d’assurance, il a jeté un froid sur les sociétés de leasing. La crise a démultiplié le nombre des défections de la clientèle sans qu’aucune aide ne vienne soulager leurs charges. 2020, annus horribilis à marquer d’une pierre noire pour les sociétés de leasing qui doivent leur essor aux difficultés d’accès au crédit et aux restrictions bancaires.

Restrictions bancaires qui font basculer dans la microfinance de larges pans de TPE et de PME, victimes de la mondialisation et d’une certaine forme de paupérisation de la classe moyenne.

La microfinance s’invite dans le système financier non sans afficher sa volonté d’expansion. Elle affûte ses armes, ses outils de gestion et fait monter de plusieurs crans son plafond de financement. Elle se développe sur les débris des laissés-pour-compte du secteur bancaire.

À croire qu’elle a un immense espace à conquérir laissé vacant par les banques conventionnelles. Elle offre une perspective pour les jeunes et moins jeunes qui ont des idées mais pas les garanties qu’exigent les banques. La nature de leur clientèle et la structure des activités qu’elle finance lui confère une certaine forme d’immunité contre la crise. La microfinance représente pour beaucoup l’espoir d’une vie meilleure et la concrétisation du rêve tunisien.

« Le confinement de l’économie, s’il a relativement épargné les banques et les compagnies d’assurance, il a jeté un froid sur les sociétés de leasing »

Et la Bourse dans ce meccano financier ? Elle a un immense rôle à jouer. Elle le revendique à cor et à cri. En vain. Pourtant les banques rechignent à ouvrir la vanne des crédits. Les sociétés de leasing vivent des moments difficiles. Les entreprises sont en quête de liquidité et l’État n’a jamais été confronté à un si grand besoin de financement. La Bourse est la voie royale pour tous pour se tirer d’affaire via emprunts obligataires ou l’introduction à la cote. Banques, assurances, leasing, Bourse…

C’est maintenant ou jamais pour briser carcans et tabous, pour innover et s’inventer un meilleur avenir. À l’heure des ruptures à l’échelle planétaire, il devient anachronique de s’accrocher aux basques du passé.

Marouane Abassi et Ali Kooli sont, de par leur formation et leur parcours professionnel, dans cet état d’esprit. Une chance. Ils sont les mieux à même pour incarner cette rupture.

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