Quand le sage désigne la lune ….

La Nation

C’est à n’y rien comprendre. À croire que le pays marche sur la tête. On nous annonce des chiffres, des indicateurs de déchéance des plus alarmants. Signe d’un échec cuisant sinon coupable. Et plutôt que de paniquer, de s’indigner, d’interpeller, de dénoncer et au besoin de confondre les auteurs d’un tel désastre, on passe sous silence l’essentiel. On se focalise sur l’accessoire si utile et si nécessaire soit-il.

Curieusement, on voit même monter les clameurs et entonner l’hymne à la gloire de la transparence ressuscitée et de la résurrection de la vérité des comptes de la nation longtemps voilés. Qu’importe, si tout calcul fait, on clôturera l’année avec un déficit budgétaire de l’ordre de 14% sans que l’on sache les conséquences d’une éventuelle et inévitable décrue.

Difficile dans ces conditions d’éteindre les foyers d’incendie de la dette qui ravagent des pans entiers de ce qui reste de la maison Tunisie. Et pour cause. Nous avons pris l’habitude -sans qu’aucun responsable politique ne nous mette en garde – de vivre au-dessus de nos moyens. En dix ans de laisser-faire, laisser-aller, nous avons perdu le goût du travail et le sens de l’effort. Ils n’étaient pas déjà très marqués.

“Difficile dans ces conditions d’éteindre les foyers d’incendie de la dette qui ravagent des pans entiers de ce qui reste de la maison Tunisie”

Notre réputation est ainsi faite : vivre à crédit aux crochets de la communauté internationale. En s’inventant d’année en année de nouvelles formes d’assistanat. Et ce sous couvert de prêts et d’aides au coût exorbitant au seul motif de subvenir au train de vie de l’État et de ses fonctionnaires, sans contrepartie productive. Il y a longtemps que les dépenses d’équipement – les investissements d’avenir – sont passées à la trappe. Emprunter pour consommer jusqu’à en mourir de plaisir. Nous avons bu la coupe jusqu’à la lie.

Les arbres ne montent jamais au ciel, pas le service de la dette chez nous qui crève tous les plafonds à plus de 16 Milliards de dinars en 2020 et davantage encore en 2021. Il inhibera des années durant toute velléité de reprise et de croissance. La dette explose parce qu’elle se nourrit d’elle-même quand elle n’est pas destinée à renforcer le potentiel productif du pays. Il faut chaque année davantage d’emprunts pour rembourser les intérêts en folie et une partie sinon depuis peu la totalité du principal. Jusqu’où et jusqu’à quand ?

Le pourrions-nous à l’avenir sans être contraints de céder bijoux de famille ou parcelles du territoire ? Quand le sage désigne la lune, l’idiot regarde le doigt. En plus de saluer l’exigence de transparence du ministre de l’Économie, des Finances et de l’Investissement, il faut traquer le mal et s’interroger sur les raisons qui ont à ce point abîmé l’ensemble des indicateurs macro-économiques et fait basculer le pays dans les zones à risque.

Tunisiens si vous saviez…

On ne peut en vouloir à notre argentier national- comme du reste à son prédécesseur, Nizar Yaïche, qui a soulevé en premier le couvercle – de pousser la décence jusqu’à ne pas chercher à accabler les gouvernements qui ont fait le lit de la dette et pris part active à la désindustrialisation du pays. Ils ont pêché par ignorance, incompétence, par manque de courage pour n’avoir pas su ni voulu contenir les revendications excessives et défendre l’intérêt supérieur de la nation. Ils ont failli à leur responsabilité et du coup, ils ont déresponsabilisé le pays sous l’effet de la drogue de l’endettement alors qu’il se devait de prendre son destin en main en s’appuyant sur sa seule force de travail et d’effort, autant dire son instinct de survie. Pourquoi se donner tant de peine quand l’argent coulait à flots ?

Et qu’importe si, au demeurant, on sacrifie ainsi les générations futures à l’autel du pouvoir devenu la seule finalité des dirigeants politiques.

Nul besoin de longs commentaires pour signifier cette déchéance. Deux à trois chiffres y suffiront. Et en premier, celui du montant des salaires de la fonction publique qui dépasse de loin en 2020 le budget de l’État de 2010.

“Pourquoi se donner tant de peine quand l’argent coulait à flots ?”

Sans réel effet sur le PIB qui a à peine bougé dans l’intervalle (15% sur les 10 ans). Et pour compléter le tableau, la décrue du revenu national par habitant en termes de parité de pouvoir d’achat est du même ordre de grandeur.

Moralité : l’argent ne produit pas à lui tout seul la croissance. C’est cette dernière qui fait des petits et génère de l’argent. Encore faut-il aller la chercher avec les dents et en y mettant le prix, en termes d’effort, d’énergie, de travail et d’innovation.

Le développement c’est l’affirmation d’une volonté et d’une ambition nationale. Et c’est aussi et surtout la démonstration d’une capacité nationale d’épargne – tombée aujourd’hui au plus bas – d’abstinence et de sacrifice.

Un combat de tous les instants en se servant de principale arme qui compte : l’investissement. Tunisiens si vous saviez… Le bon côté des choses, c’est que plus personne désormais ne peut prétendre ignorer, sous l’avalanche de chiffres apocalyptiques, la gravité de la situation.

C’est de notre avenir dont il s’agit. Il sera ce que nous voulons qu’il soit : hypothéqué et compromis par l’enfer de la dette et l’oisiveté ou réinventé par les seules vertus du travail et de l’effort.

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