Attentat de Nice : la bulle médiatique a sans doute fait son effet

Nice Médias

Le propos ne consiste pas à dire qu’il n’existe pas de Tunisiens parmi les terroristes et que certains d’entre-eux ne peuvent occuper même des “rangs élevés” dans la planète djihadiste.

Dans la même lignée, il ne s’agit pas de défendre des criminels qui ne ressemblent en rien, et en aucun cas, à la Tunisie. Mais aller jusqu’à asséner certaines informations pour les prendre pour des vérités toutes absolues, c’est sans douter aller vite en besogne.

La bulle médiatique a fonctionné le 29 octobre 2020 à plein rendement. Clic après clic, le crime commis par un compatriote à Nice, Brahim Aouissia, tuant trois personnes, a fait le tour de la toile. Un tour de la toile qui n’a pas manqué à certains de donner libre court, à partir d’une incessante visite des médias français, à leurs sentiments, angoisses et quelquefois à leur lecture de l’événement.

Beaucoup ont mis en évidence la place de choix occupée par les Tunisiens dans la galaxie du terrorisme mondial. Il faut dire qu’il y a bien longtemps que des médias relayant le résultat d’estimations et de prédictions émanant de centres dits de recherche et de services de renseignements nous disent que les Tunisiens constituent l’essentiel de la horde djihadiste mondiale.

Arrêtons-nous, ici, un instant pour signifier que le propos ne consiste pas à dire qu’il n’existe pas de Tunisiens parmi les terroristes et que certains d’entre-eux ne peuvent occuper même des “rangs élevés” dans la planète terroriste. Les faits sont du reste là. Têtus. Dans la même lignée, il ne s’agit pas de défendre des criminels qui ne ressemblent en rien, et en aucun cas, à la Tunisie. Mais aller jusqu’à asséner certaines informations pour les prendre pour des vérités absolues, c’est sans douter aller vite en besogne.

Mouvants

Qui a pu, à ce propos, recenser avec exactitude les nationalités des terroristes dans le monde ? A-t-on listé ces criminels à travers les cinq continents ? La chose est impossible pour des mouvances djihadistes dont le propre est le secret et l’opacité ! Dont le propre est également que les flots sont, pour ainsi dire, mouvants.

La bulle médiatique est donc pour beaucoup dans l’accréditation de la thèse concernant les Tunisiens dans les mouvances terroristes. Celle qui consiste à enfler sans cesse l’information notamment par la répétition –le clou que l’on ne cesse d’enfoncer- jusqu’à introduire des idées qui deviendront très vite des vérités. Mais qui ne sont pas toujours automatiquement conformes à la réalité du terrain.

L’ « agenda setting », fruit d’une théorie initiée par deux chercheurs américains, Max McCombs et Donald Shaw qui nous dit que « les médias mettent un certain nombre d’informations « à l’agenda », soit à l’ordre du jour du consommateur. Ces médias lui indiquent, par le choix de certains faits par rapport à d’autres, ce à quoi il faut penser », fait sans doute le reste.

L’irréparable

En voici un exemple parmi d’autres. Il concerne précisément l’attentat de la Basilique Notre-Dame de Nice. Le même jour où le Tunisien Brahim Aouissaoui a commis l’irréparable, deux autres terroristes ont tenté, en France, armes à la main, de tuer des gens. L’un à Avignon, l’autre à Lyon. Deux villes situées au nord de Nice.

Connaissez-vous l’identité du criminel d’Avignon, du reste tué par la police. L’auteur n’est ni un Tunisien, ni encore un Tchéchène, comme pour l’assassinat de l’enseignant, Samuel Paty. Mais un Français de pure souche appartenant, selon les médias, à un mouvement d’extrême droite : il portait au moment de son acte un blouson aux couleurs du mouvement « Defend Europe ».

Ce dernier avait pris pour cible avec un couteau, comme à Nice, un commerçant maghrébin. Le terroriste de Lyon est un Afghan.

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