Hommage : Bouali Mbarki, un grand syndicaliste nous quitte

Bouali Mbarki

Une grande figure nationale vient de nous quitter pour toujours. Une voix sans pareille vient de s’éteindre. Elle va nous manquer terriblement à l’heure où le pays en a tant besoin plongé qu’il est comme jamais par le passé dans l’adversité. Au-delà de ses proches et de sa propre famille syndicale, c’est tout le pays qui se réveille ce matin orphelin de Bouali Mbarki.

Une voix dont l’écho résonne et se fait entendre partout dans les milieux syndicaux, ici et ailleurs, dans les officines gouvernementales, les bureaux feutrés de l’Organisation patronale et chez les sans voix qui peuplent nos villes et nos campagnes. Bouali Mbarki fut et reste même dans la maladie cette personnalité imposante par sa taille, sa disponibilité, son aura personnelle et sa crédibilité. Il a une vision moderne, rénovée du syndicalisme ouvrier qui ne s’inscrit pas en rupture de l’impératif de compétitivité des entreprises. Un syndicalisme de son temps qui privilégie le dialogue social -fut-il difficile- à toute forme d’affrontement et de combat aux issues incertaines sinon qu’ils mettent en péril la stabilité et la sécurité du pays.

Bouali Mbarki fut et restera le symbole d’une voix forte, juste et souveraine parce qu’il n’hésite pas à donner de la voix chaque fois que des voix s’élèvent et s’obstinent à nier l’évidence, à s’installer dans le déni et dans le refus d’une quelconque concession. L’avertissement vaut pour tout le monde, pour les siens, les nostalgiques du tout ou rien, des va-t-on guerre. Il vaut aussi pour les patrons peu perméables à l’idée qu’ils ont des obligations légitimes à l’égard des salariés. Il s’adresse aussi aux autorités publiques qui ignorent le plus souvent ce que négociation veut dire.

« Au-delà de ses proches et de sa propre famille syndicale, c’est tout le pays qui se réveille ce matin orphelin de Bouali Mbarki. »

Bouali Mbarki occupe dans la hiérarchie syndicale une place à part sans que jamais il ait marqué sa désapprobation avec la direction syndicale. Il incarne une sorte de troisième voix, celle d’un syndicalisme constructif et éminemment patriotique. Il s’inscrit dans la lignée de l’héritage des pères fondateurs de l’UGTT, Hached, Tlili, Achour…

Feu Bouali Mbarki aura été jusqu’au bout, fidèle à ses convictions syndicales, aux valeurs d’une centrale ouvrière qui a traversé le siècle sans sombrer avec la fin de l’ère des concentrations industrielles et la montée de service. Il fait corps avec l’idée que l’UGTT doit être, ce qu’elle a toujours été, l’épicentre de la vie politique, économique, sociale et sociétale. Feu Bouali Mbarki portait au plus profond de lui-même cet idéal et véritable ADN de l’UGTT. Il n’imaginait pas le syndicalisme autrement que comme l’ultime revendication d’équité, de justice sociale et d’égalité des chances de tout un chacun. Un éternel combat pour le développement, l’émancipation et la prospérité nationale. Un combat qu’il entend mener de concert avec les entreprises dont il se soucie de leur impératif de compétitivité.

Mais qui ne doivent en aucun cas s’exonérer de leur responsabilité sociale, sociétale et politique.

Bouali Mbarki faisait de la paix sociale son principal credo. Une paix construite sur la durée, une sorte de paix des braves fondée sur un contrat social, un pacte de croissance et de confiance. Qui s’il s’interdit d’altérer la marche des entreprises vertueuses doit élever les salariés au rang de dignité qui doit être le leur. Sans qu’il ne laisse personne sur le bord de la route. Ce combat, il l’a mené jusqu’au bout avant que la mort ne l’emporte. Il laisse un immense vide derrière lui. Comment nous consoler de sa disparition ? Comment consoler ses proches, sa famille syndicale, le patronat qui perd un partenaire résolu et déterminé qui sait raison garder ? Paix à son âme.

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