Nul n’est indispensable? Si, excepté Ghannouchi

Ghannouchi

Dans une vidéo qui circule sur les réseaux sociaux, Nabil Karoui nous assure que: « La Tunisie est chanceuse d’avoir un parti comme Ennahdha. Et le monde envie le peuple tunisien d’avoir un dirigeant de la trempe de Cheikh Rached Ghannouchi. »

Mais quelle mouche a piqué M. Karoui pour s’égarer si loin dans la flagornerie? Tout le monde sait qui a sorti Nabil Karoui de prison et qui a arrêté les procédures judiciaires déjà engagées à son encontre… Alors pourquoi tant vanter les mérites de Rached Ghannouchi?

L’épée de Damoclès qui pend sur la tête du chef de Qalb Tounes l’oblige peut-être à obéir au doigt et à l’œil à son « bienfaiteur ». Mais cette épée suspendue sur sa tête ne lui donne nullement le droit de généraliser l’obséquiosité dont il fait preuve à l’égard du parti islamiste et de son dirigeant à la Tunisie et à son peuple.

Les désastres, les catastrophes et les dégâts qui ont jalonné et jalonnent encore la décennie noire sont, dans une très large mesure causés par l’islam politique. Par conséquent, contrairement au baratin obséquieux de Nabil Karoui, la Tunisie est malchanceuse d’avoir un parti comme Ennahdha. Et, loin de nous envier sur quoi que ce soit ni sur qui que ce soit; le monde, compatissant, sait qui sont les responsables de nos malheurs.

Ce qui est sidérant, c’est qu’au sein même d’Ennahdha, les plus fervents partisans de Ghannouchi, comme Noureddine B’hiri et Abdelkrim Harouni, ne sont pas allés aussi loin dans la flagornerie et la flatterie mesquine.

Mission urgentissime

Pourtant, nul n’aurait été étonné que B’hiri et Harouni aillent jusqu’à nous présenter leur chef comme l’un des gros calibres de la politique mondiale. Comme le sauveur de la Tunisie des griffes de la dictature hideuse. Comme le bienfaiteur grâce auquel « les Tunisiens jouissent de l’eau potable et de l’électricité ». Et comme un homme providentiel dont les Tunisiens ignorent la valeur puisqu’ils voient continuellement en lui le dernier des politiciens en qui ils ont confiance…

Certes, B’hri et Harouni n’ont pas l’épée de Damoclès qui pend sur la tête de Nabil Karoui. Mais ils ont la mission urgentissime d’aider leur chef à vaincre la contestation au sein d’Ennahdha. Une contestation sans précédent menée par des cadres du parti islamiste. Des cadres fatigués de voir leur cheikh s’accrocher de toutes ses forces à un poste qu’il occupe depuis… cinquante ans. Des cadres ulcérés par les manœuvres des partisans de Ghannouchi qui cherchent désespérément l’astuce qui leur permettra de faire de lui « le président à vie ».

Depuis le 10ème Congrès tenu en 2016, le hiatus ne cesse de se creuser entre ceux qui œuvrent pour le maintien coûte que coûte de Rached Ghannouchi à la tête d’Ennahdha, et ceux qui désirent ardemment le voir partir.

Au sage dicton que « nul n’est indispensable », B’hiri, Harouni et leurs amis répondent: Si, effectivement, excepté Ghannouchi! Lui, il est indispensable au mouvement islamiste parce qu’il est tout à la fois le fondateur, le guide, l’inspirateur, le conducteur, le mentor, le leader, le meneur, le stratège et la tête pensante. Par conséquent, tant qu’il est capable de marcher et de parler, il n’y a aucune raison de chercher à le remplacer. D’autant que, selon certaines rumeurs, il se prépare pour la présidentielle de 2024.

La règle et l’exception

L’attachement pathétique au pouvoir dans le monde arabe est la règle. L’exception est quand le guide, le président ou le roi quittent le pouvoir sans l’intervention de la mort ou d’une révolution. Ghannouchi s’inscrit dans cette pure tradition arabe qui est l’un des facteurs du sous-développement multiforme qui ravage cette partie du monde.

Alors, la question qui se pose est la suivante: de quel bilan le chef islamiste se prévaut-il pour s’accrocher si obstinément au poste qu’il occupe depuis si longtemps? Qu’a-t-il fait en un demi-siècle de si grand pour le pays et pour le peuple pour mériter tous les lauriers que lui tressent ses inconditionnels? Tous les superlatifs dont il est gratifié?

Sous les règnes de Bourguiba et de Ben Ali, le pays s’était mobilisé pour sortir de la pauvreté et du sous-développement. Après des décennies d’effort et de travail, la Tunisie a réussi à rejoindre le peloton des pays émergents.

Arrivé au pouvoir à la faveur d’une révolution à laquelle il n’a participé ni de près ni de loin, Ghannouchi et son parti ont vite fait de mettre le pays en mode « marche-arrière ». Une décennie plus tard, et grâce à un travail de sape méthodique, la Tunisie est aujourd’hui plus proche de la Somalie et de l’Afghanistan que des pays émergents.

Depuis son retour de Londres, on savait qu’il était dangereux pour la stabilité, la pérennité et le développement du pays. Nos craintes n’étaient nullement infondées. Aujourd’hui, ce sont ses compagnons qui, par centaines, pensent qu’il est devenu dangereux pour la stabilité et la pérennité de leur Mouvement. Leurs craintes ne sont nullement infondées.

De plus en plus contesté dans son parti, de moins en moins populaire dans le pays, Ghannouchi sera-t-il sur la ligne de départ jusqu’à la prochaine échéance électorale vers laquelle il lorgne intensément?

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