La laïcité à la française

laïcité à la française

Près d’une semaine après l’assassinat par décapitation d’un professeur qui a montré les caricatures du prophète Mahomet durant son cours, la France est sous tension.

En effet, la guerre contre l’islam radical est (re)lancé dans l’ordre interne. Avec le spectre d’une augmentation de la stigmatisation des musulmans de France. Alors que sur la scène internationale, le président de la République française Emmanuel Macron fait face également à une série de critiques de dirigeants politiques et religieux d’une partie du monde musulman. Et ce, après ses propos sur le droit au blasphème, y compris lorsqu’il prend la forme de caricatures.

Dans plusieurs pays, manifestations et appels au boycott se diffusent. On ne peut pas dire non plus que le monde occidental se montre très solidaire avec la France; donnant ainsi un sentiment d’isolement.

Du reste, le droit au blasphème n’est pas reconnu dans des pays comme l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie… Le malaise se situe plus largement sur la difficulté à saisir la « laïcité à la française ».

L’Etat et les religions

Le phénomène étatique est au cœur de la dialectique entre le politique et le religieux. Si l’émergence de l’État moderne procède de l’émancipation de la puissance temporelle de la tutelle revendiquée et exercée par la puissance spirituelle, tout État reste confronté à la question de la religion. Celle-ci se pose à la fois en termes:

  • normatifs: le droit religieux est-il une source du droit de l’État ?
  • institutionnels: quels rapports entre l’État-personne et les instances ecclésiales? Entre l’organisation étatique et les organisations confessionnelles?
  • Mais aussi substantiels: quel régime juridique reconnaître aux libertés de conscience et de religion?

En fait, il n’existe pas de modèle étatique (empirique et théorique) unique dans ce domaine particulièrement imprégné de particularismes nationaux. Cependant, trois modes relationnels (comprenant chacun une série de variantes) semblent néanmoins se dégager:

  1. Les « (con)fusions »: forte imbrication du politique et du religieux, à caractère théocratique ou quasi théocratique. Dans lesquels l’ordre juridique étatique est soumis aux prescriptions de normes et/ou institutions religieuses.
  2. Les « unions »: formalisation de liens entre les religions et le pouvoir politique dans le cadre de l’ordre juridique étatique. Ce qui se traduit par une reconnaissance des Églises. Voire d’un statut privilégié ou d’exception pour une religion en particulier. Elle est « érigée en « religion/Église d’État/nationale ». Et ce, sur le plan de l’organisation institutionnelle et dans la production-diffusion des valeurs.
  3. Les modèles de « séparation » du politique et du religieux. Ceux-ci s’articulent autour du principe de neutralité confessionnelle de l’État. Cette dernière catégorie des États laïques ne correspond pas elle-même à un bloc monolithique: il existe diverses laïcités.

La laïcité à la française

« La laïcité c’est la France ! »[1]. L’assertion d’un ancien Premier ministre fait directement écho à une représentation largement répandue, suivant laquelle la France – ou du moins la « République française » – et la laïcité entretiendraient une relation spéciale. La laïcité aurait ainsi un caractère identitaire.

Parmi les États laïques, la France se caractérise autant par l’ancrage et la signification juridiques du principe que par sa portée métajuridique. La laïcité qui imprègne notre conscience collective plonge ses racines dans la Révolution de 1789 et la philosophie républicaine.

Néanmoins, véritable « passion française », la laïcité, cette « pierre angulaire du pacte républicain », est traversée par différents courants philosophiques et doctrinaux, parfois antagonistes. Lesquels la rendent difficilement saisissable.

La laïcité à l’épreuve de l’Islam

Il est vrai que le contexte est marqué par le pluralisme confessionnel accru de la société. Et les tensions socio-politiques suscitées par la pratique/visibilité de l’Islam et l’organisation du culte musulman.

Certes, la laïcité de l’Etat n’est pas un concept figé. Reste que la modification substantielle des termes juridiques dans lesquels elle est gravée dans le marbre législatif et constitutionnel supposerait un nouveau compromis national. Et ce, plus d’un siècle après celui qui s’était noué en vue de l’adoption de la Loi de 1905.

La consécration du principe général de séparation des Églises et de l’État, sous sa forme juridique, ne date en effet que de la loi du 9 décembre 1905. Elle est d’ailleurs l’expression d’un compromis politique. Car, désormais, « L’État n’est ni religieux, ni antireligieux. Il est areligieux », selon la formule d’Aristide Briand.

Sauf que l’interprétation radicale de ce principe laisse croire à penser à l’étranger que la laïcité est « contre les religions ». Un sentiment qui pèse de plus en plus sur l’image internationale de la France. Alors même que le pays est victime d’attentats terroristes commis au nom de Dieu…


[1] Extrait du discours de Manuel Valls à Alfortville, le 26 janvier 2017, en tant que candidat de la primaire du Parti socialiste pour l’élection présidentielle de 2017.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here