Us et coutumes politiques : la déconfiture

coutumes politiques

Des faits de nature différente, se déroulant de surcroît à des centaines de kilomètres l’un de l’autre, peuvent apparaître à nos yeux sans aucun rapport. Faux! Car ils relèvent des politiques appliquées; et en l’occurrence non appliquées! Ainsi en est-il du décès d’une jeune fille à Bhar Lazreg et la mort d’un homme à Sbeïtla, lors de la destruction d’un kiosque.

En effet, une petite fille âgée de 10 ans décède, le 6 octobre 2020, à Bhar Lazrag (commune de La Marsa). Et ce, à la suite d’une chute mortelle dans une bouche d’égout, couverte par une plaque en contreplaqué. Où sont les réponses politiques?

Puis, un homme meurt, dans la nuit du 12 au 13 octobre 2020, à Sbeïtla (gouvernorat de Kasserine). Et ce, lors de la destruction par la municipalité du kiosque à journaux dans lequel il dormait.

Deux événements qui ont fait couler beaucoup d’encre. Ils se sont déroulés à quelque 290 kilomètres, à des jours d’intervalle. Ces deux événements n’ont, selon les apparences, rien à voir l’un avec l’autre.

Et pourtant, ils se ressemblent beaucoup, tant ils expriment, l’un et l’autre, et d’une manière on ne peut plus concrète, la faillite de tout un système. Avec ce qu’il comporte comme défaillances et dysfonctionnements graves des politiques nationales.

Evidemment leur donner une seule et unique explication constitue une erreur. On ne le dira, à ce propos, jamais assez, un fait ne peut être détaché d’un contexte souvent multiple et complexe par essence. Il est social total, pour reprendre l’expression de l’anthropologue français Marcel Mauss.

Impunité

Alors, osons, dans ce cadre, évoquer trois hypothèses pour donner du sens à ces deux événements. D’abord, ces événements montrent combien le Tunisien a bien changé depuis quelque temps. Insouciance, indiscipline, laisser-aller sont les maîtres-mots d’un comportement qui est désormais inscrit dans son ADN. Il constitue une pierre angulaire de sa personnalité de base.

Raison, sans doute, de cette réalité que l’on observe un peu partout: l’impunité. Faut-il croire encore, à ce niveau de la réflexion, que le Tunisien ne marche qu’au bâton? Une manière de dire qu’il n’obéit et ne se conforme à la loi et aux règlements en vigueur comme aux règles de bienséance que lorsqu’il est gouverné par la peur et la force?

Effectivement, certains le disent même. Mettant souvent en évidence le fait que les choses allaient mieux sous l’ancien régime. Lorsque, avant l’avènement de la révolution, lorsque, nous répète-t-on, l’ordre régnait, pour ainsi dire! Du moins plus qu’aujourd’hui!

Ensuite, la mise en place de ce pouvoir régional (tout un chapitre de la constitution) pour asseoir la décentralisation. La mort de la jeune fille à Bhar Lazrag et d’un adulte à Sbeïtla ont donné lieu à des chamailles entre les élus et les représentants du pouvoir central.

« Ce n’est pas moi, c’est lui »

Un savoir-faire du reste bien tunisien que celui qui consiste à se rejeter la responsabilité. Reste que cette fois-ci cette décentralisation est entrée en jeu. Pour montrer qu’il y a certainement nécessité à clarifier, ici comme ailleurs, les responsabilités des uns et des autres.

Ainsi, n’a-t-on pas vu, il y a quelques mois, et alors que le pays se mobilisait pour venir à bout de la pandémie, un maire dire « ce n’est pas moi, c’est lui ». Et ce, pour fournir des exercices auprès de ses administrées, quant à une décision qui n’était pas pour plaire? Comme si chacun devait prêcher pour sa paroisse.

Enfin, et c’est sans doute, le plus important: on oublie souvent –très souvent- qu’il ne s’agit pas là d’une histoire liée à la gestion d’un quelconque responsable. Mais que c’est un problème réellement structurel. Autant dire que remercier tel ou tel gouverneur ou délégué ne permettra pas aux administrés de voir le bout du tunnel.

Par conséquent, la vraie solution est dans la manière dont le pays est géré. Autant dire que la mise en place d’un dispositif qui assure une bonne gouvernance et une qualité des prestations est au cœur de nos problèmes. Ce qui inclut une définition des tâches et leur contrôle.

Car, cela fait des années que l’on parle d’un dispositif qui exige assurément une implication des administrateurs aussi bien que des administrés. Or, les nations qui sont réglées comme une horloge n’ont pas connu le succès comme cela par hasard. En somme, le succès et la performance n’ont pas de nationalité.

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