Interview du Chef du gouvernement : rassurante ou inquiétante?

Chef du gouvernement

Dans son interview de dimanche soir sur la chaîne nationale, le chef du gouvernement a-t-il rassuré ou inquiété? Quel sentiment a-t-il laissé au téléspectateur? A-t-il convaincu le citoyen, en ces temps particulièrement difficiles?

Il faut dire qu’après avoir écouté attentivement le Chef du gouvernement M. Hichem Mechichi, c’est l’appréhension, le malaise même qui dominent. Arrêtons-nous ici à trois de ses réponses.

D’abord, le chef du gouvernement s’est voulu rassurant. Et ce, quand il a affirmé que l’Etat prendra en charge tout citoyen nécessitant un lit de réanimation. Et s’il n’y a plus de places dans les hôpitaux publics, le citoyen n’a qu’à prendre le chemin d’une clinique privée, et c’est l’Etat qui paie… En d’autres termes, les proches d’un patient en grande difficulté respiratoire, en l’absence d’un lit de réanimation dans un hôpital public, s’adresseront directement à la clinique privée la plus proche. Et à la place du classique chèque en blanc exigé, on dira « non, le chef du gouvernement a dit l’autre soir dans son interview que… ». Les grandes crises, comme celles que nous vivons en cette année de disgrâce ne se gèrent pas par des réponses à des questions de journalistes. Mais par des règlements, des décrets, et des lois et par le suivi de leur application sur le terrain.

Ensuite, le chef du gouvernement s’est voulu rassurant aussi. Et ce, quand il a affirmé que les 200 millions de dinars de dons faits par les Tunisiens sont intacts. Et s’ils n’ont pas été dépensés, c’est pour des raisons bureaucratiques. Car notre bureaucratie ne fait pas de différence entre: la gestion des urgences imposées par une pandémie virulente d’une ampleur mondiale; et la gestion des affaires courantes en temps normal. Seulement, et quelque temps avant cette interview, des responsables du ministère de la Santé  affirmaient le contraire. En déclarant que 51 millions de dinars de ces dons avaient déjà été dépensés. Des commandes de 100 millions de dinars ayant déjà été effectués… Le citoyen est déjà suffisamment désorienté et n’a nul besoin d’être désorienté davantage par ce genre de confusion.

Un gouvernement indépendant?

Enfin, le chef du gouvernement s’est voulu rassurant; en répondant à la question sur l’initiative de la Coalition al-Karama. Et ce, concernant le décret-loi n°116 relatif à la régulation de la liberté de la communication audiovisuelle. Bien qu’il y ait un projet de loi gouvernemental sur le sujet qui bénéficie constitutionnellement de la priorité. Et alors que l’initiative en question est incompatible avec l’article 148 de la Constitution. Cependant, le Chef du gouvernement n’a pas pu cacher son embarras. En faisant cette réponse d’une banalité qui tranche avec la haute importance du sujet: « Le gouvernement soutient toute initiative qui renforce la liberté de communication »…

Alors, le Chef du gouvernement croit-il sérieusement que l’initiative de la Coalition al-Karama, soutenue avec force par les partis de Rached Ghannouchi et de Nabil Karoui, va dans le sens du renforcement de la liberté de communication dans le pays? C’est à lui de répondre à cette question. Mais ce qui est certain, c’est que nous sommes loin, très loin du « gouvernement totalement indépendant ». Tel que promis aux Tunisiens un certain soir par M. Hichem Mechichi. Encore une fois, on a la preuve, si besoin est, que les promesses politiques n’engagent que ceux qui y croient.

Ainsi, s’étant trouvé concrètement confronté à la réalité minée, piégée et compliquée du paysage politique tunisien, M. Mechichi n’avait que deux choix à faire. A savoir: soit la démission pour impossibilité de tenir ses promesses; soit la composition avec les trois partis (Al-Karama, Ennahdha et Qalb Tounes) qui forment la majorité au parlement. Visiblement, il a fait le deuxième choix.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here