De quoi sera fait demain ?

Covid Tunisie économie

La trêve aura été de courte durée. La 2ème vague de la pandémie fait déjà l’effet d’un tsunami. La lame de fond n’en finit pas d’endeuiller le pays. Le nombre croissant des décès fait craindre une réelle tragédie nationale.

Nous payons le prix d’un relâchement, d’une insouciance, d’errements, d’indiscipline, d’aventurisme inqualifiables. Et plus encore de la faillite d’un système politique de tous les dangers. Un système conçu à l’effet de consacrer l’hégémonie des plus forts, d’entretenir la division, la discorde, d’instituer une sorte de balkanisation du pouvoir.

Qu’avons-nous produit de si précieux en dix ans si ce n’est une véritable machine à perdre pour le pays ? L’armistice post-confinement n’aura servi qu’à désarmer le pays. Nous avons jeté bas les masques et fait fi des gestes-barrières et des mesures de précaution contre l’avis des scientifiques et des professionnels de la santé qui craignaient de ce fait l’arrivée d’une 2ème vague bien plus dangereuse que la première.

À croire qu’ils prêchaient dans le désert face au vide sidéral provoqué par la vacance du pouvoir à l’issue de la démission de l’ancien gouvernement. Pendant plus d’un mois, le pays était à la dérive.

« La 2ème vague de la pandémie fait déjà l’effet d’un tsunami. La lame de fond n’en finit pas d’endeuiller le pays »

Elyès Fakhfakh a déposé les armes et s’est retiré de la ligne de front ouvrant la voie à une démobilisation totale. Son successeur, qui a pris tout son temps pour former son gouvernement, n’a pas fait mieux, empêtré qu’il était, dès sa prise de fonctions, dans des conflits de pouvoir.

Au final, nous avons perdu la guerre pourtant bien engagée au départ. On n’a pas su capitaliser sur les deux mois de confinement général qui ont saigné à blanc l’économie nationale.

Au lieu de quoi, on subit un second choc bien plus grave et plus meurtrier. Il met en émoi le pays. Il sème le trouble chez les dirigeants qui courent derrière les foyers de contamination et s’emploient sans grands moyens à éteindre le feu là où il se déclare, incapables de l’anticiper.

On agit sans la précipitation pour briser les chaînes de transmission du virus, aplatir la courbe et le pic de la pandémie de crainte de voir exploser notre maigre capacité hospitalière.

Dans ce registre, le Chef du Gouvernement est monté en première ligne. Avec la ferme intention de ne plus recourir au confinement total pour ne pas enfoncer de nouveau le pays dans la dépression au risque d’aggraver la crise économique et de provoquer une explosion sociale.

« Nous avons perdu la guerre pourtant bien engagée au départ. On n’a pas su capitaliser sur les deux mois de confinement général »

Le moindre choc d’offre et/ou de demande sonnera le glas de notre tissu productif dépourvu désormais de la moindre immunité financière. Choix difficile, cornélien même, mais sans doute le plus indiqué.

Il faut tout à la fois protéger les individus et préserver les entreprises qui portent encore les stigmates du confinement total et du ralentissement de l’activité mondiale.

Il n’empêche ! cette deuxième vague a provoqué à ce jour huit fois plus de décès que la première. Elle a de surcroît fait des victimes parmi les hôteliers, les professionnels de la restauration, les cafés-bars, les artisans, les gens de spectacle et de l’événementiel. Ils sont lourdement impactés par le couvre- feu nocturne et les restrictions de mobilité dans les zones à haut risque. On craint pour beaucoup d’entre eux qu’ils ne soient décimés à jamais.

Ces restrictions – même limitées dans le temps et l’espace – risquent de porter le coup de grâce à ce qui reste de nos PME-PMI, victimes expiatoires des banques, de l’Institut d’émission qui s’obstine à maintenir élevé le loyer de l’argent et de l’État qui n’a pas honoré tous ses engagements financiers à leur endroit.

Il a fallu que les victimes de ces restrictions se mobilisent, crient leur refus, leur indignation et leur colère avant que le gouvernement ne réagisse et n’annonce des mesures compensatoires. Sauf que réagir est moins bien qu’agir, synonyme d’initiative, de choc psychologique, d’audace, d’anticipation, de crédibilité et d’efficacité.

« Qu’est devenu, à cet effet, le plan de protection sociale et d’aide aux entreprises élaboré par le précédent gouvernement ? »

Qu’est devenu, à cet effet, le plan de protection sociale et d’aide aux entreprises élaboré par le précédent gouvernement ? À peine a-t-il fait illusion au plus fort du confinement avant de tomber dans l’oubli, comme il est d’usage chez nous.

Pour autant, les entreprises ne sont pas encore remises d’une paralysie de leur activité imposée par l’Etat. La vérité est que l’Exécutif, si tant est qu’il n’y ait qu’un seul, est entraîné dans un débat politique qui n’en est pas un, aux dépens de l’impératif économique et d’un plan de relance autrement plus ambitieux que le premier. Il s’est laissé enfermer dans une bulle, une sorte d’arène pour gladiateurs des temps troubles. Où l’on s’épuise à vouloir déminer le terrain, à éviter les coups et les pièges en tout genre et neutraliser les adversaires réels ou potentiels.

La politique qui n’est pas une fin en soi l’est devenue chez nous à cause d’un système politique hybride et d’un mode de scrutin défaillant. Elle a peu de sens quand elle se met au travers de l’économie et de l’intérêt général. Quand la politique dévie de sa trajectoire pour ne devenir qu’un instrument de survie, on ne s’étonne plus de ce qui nous arrive aujourd’hui.

Quand elle est dévoyée, détournée de sa vraie mission par ceux-là mêmes qui doivent l’incarner, quand elle ne porte plus de vision, un grand dessein et une ambition nationale, quand elle ne se décline pas en plan d’action et en programme de développement, il y a peu à attendre et à espérer. Hier c’était l’effondrement de l’économie, aujourd’hui ce sont les ravages de la Covid-19. De quoi sera fait demain ?

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