Valeur travail dites-vous ?

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Cinq heures de travail par jour et vingt-cinq heures par semaine. Avec deux équipes qui se relayent dans la journée tout en se croisant l’espace d’une heure.

La première ouvrira le ballet administratif à 8h30 ; sur le papier tout au moins, après avoir déposé les petits à l’école, au lycée ou à la maternelle. Elle quittera le travail quand sonne l’heure du repas laissant en attente ou en jachère, dossiers, autorisations et signatures qu’il aurait fallu traiter plus tôt et plus vite.

La 2ème équipe est annoncée à l’heure où la première se prépare à évacuer les lieux, gestes-barrières et distanciation sociale obligent. Elle prend possession des bureaux – si l’on en croit la notice – à 12h30 pour les quitter à 17h30 sans donner des signes d’épuisement.

Une semaine de 25 heures de travail payées comme de bien entendu 40. Et qu’importe si au même moment le déficit budgétaire serait de l’ordre de deux chiffres sans pour autant freiner la chute du PIB qui plonge de plus de 11% au premier semestre 2020.

Les Tunisiens celles et ceux exposés aux aléas de la conjoncture apprécieront. 25 heures, c’est le plafond théorique. Mais il y a loin du texte à la réalité. Retards, absentéisme, congés curieusement baptisés de maladie, appel à la prière sont désormais ancrés dans nos moeurs et laissent peu de temps au travail effectif.

On comprend mal le bien-fondé d’une telle décision. Elle laisse entrevoir une faille dans les mesures de protection sanitaire si tel est l’objectif du gouvernement, puisque l’espace d’une heure, les établissements concernés regroupent la totalité de leur effectif.

Quant à mettre en avant le danger bien réel d’une plus grande promiscuité dans le transport public, il n’est pas sûr qu’on puisse l’éradiquer en amputant le temps de travail qui ne brille pas toujours par son efficacité.

Tout au plus, pourrions-nous atténuer le risque de propagation du virus. Car dans un cas comme dans l’autre, l’intendance ne suivra pas. Nos transports publics en commun sont dans un état de mort cérébrale.

« Retards, absentéisme, congés curieusement baptisés de maladie, appel à la prière sont désormais ancrés dans nos moeurs… »

L’Administration tunisienne serait-elle à ce point incapable de s’organiser moyennant des aménagements d’horaires et d’espaces, qui lui permettront de gérer ce genre de situation sans recourir à des réductions drastiques de temps de travail ?

Qu’il faille qu’elle protège les effectifs contre tout danger de contamination ou autre, oui et mille fois oui mais pas en mutilant le travail. On en mesure aujourd’hui l’impérieuse nécessité pour ne pas sombrer pour toujours dans les affres de la récession.

Trois jours de travail par semaine. Il est de bonne stratégie de limiter les déplacements des employés de quelque horizon et de quelque secteur d’activité qu’ils soient. Il faut simplement veiller au respect du quantum horaire et de la qualité du travail dont dépendent le dynamisme, la richesse, la pauvreté et la régression des nations.

Le travail en continu à temps plein est adopté chez les puissances industrielles et les émergents. Sans déroger à la règle d’aller jusqu’au bout de l’effort. Le pays, en mal de croissance, mis à l’index par les agences de notation, devenu l’otage de ses bailleurs de fonds étrangers ne peut pas s’exonérer d’une telle obligation.

Une semaine de 25 heures de travail sans que cela ne dissipe nos craintes de propagation du virus est une mauvaise réponse à une bonne question. Cela signifie qu’on privilégie comme toujours les solutions en trompe-l’œil plutôt que de traiter le problème à la racine.

On ne peut invoquer à satiété le retour de la flamme du travail, vouloir réhabiliter la valeur travail et prendre ces demi-mesures qui brouillent ces mêmes valeurs. Quel signal veut-on envoyer aux investisseurs locaux et étrangers sachant à quel point les salariés du secteur privé sont attentifs aux modalités de travail dans la fonction publique.

La contagion est tout aussi rapide que la propagation de la pandémie. Plutôt 8 que 5 avec une légère pause conformément aux usages mondiaux. Il n’en faut pas moins pour que tout un chacun puisse manifester sa solidarité et sa contribution à l’effort national en ces temps si difficiles et si incertains.

« Le pays, en mal de croissance, mis à l’index par les agences de notation, devenu l’otage de ses bailleurs de fonds étrangers ne peut pas s’exonérer d’une telle obligation »

Aucun pays ne peut tenir sur ses bases, revendiquer un avenir meilleur pour ses jeunes en s’autorisant de tels écarts. Si peu de travail, alors que les plus exposés au virus, les blouses blanches, s’échinent à l’effort au péril de leur vie.

25 heures c’est à peine trois jours de travail par semaine chez nos concurrents et compétiteurs de par le monde. Qui va payer le surcoût sans qu’on ait la moindre assurance de voir se redresser la courbe de productivité aujourd’hui au plus bas ?

On nous rétorquera que les bureaux et officines administratives resteront ouverts de 8h30 à 17h30. Sans préciser que l’équipe du matin cédera la place à celle de l’après-midi. Cela fera dire aux esprits malveillants et plus encore à nos concurrents asiatiques et même ailleurs qu’à charge horaire normale, qu’il y a chez nous une équipe de trop. Mais ça c’est une autre histoire.

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