L’Etat à l’épreuve d’un virus

Etat Virus

La Tunisie fut souvent citée en exemple lors de la première vague de la pandémie du coronavirus; avec une stratégie qui s’est avérée efficace. Car fondée sur la conjugaison de politiques de surveillance, de suivi, d’isolement puis de confinement généralisé.

Cependant, l’ouverture des frontières le 27 juin a changé la donne. Car, aujourd’hui, le pays fait face à une seconde vague qui se traduit par l’augmentation accélérée des cas de coronavirus. Ainsi, le virus s’est propagé sur l’ensemble du territoire national. Et au-delà de l’appel à la responsabilité individuelle (en matière de respect des gestes barrières); c’est la réalité des défaillances structurelles de l’Etat qui est mise à nu. Y compris en matière de déficit de formation du personnel et de moyens des établissements de santé.

Surtout, c’est le besoin d’Etat que rappelle crument cette pandémie. En effet, si le dépérissement de l’État a été sans cesse annoncé. Pourtant, c’est le constat inverse qui s’impose avec la pandémie. Celle-ci souligne le caractère providentiel de l’État, au-delà de sa puissance coercitive (en fixant un couvre-feu par exemple). La pandémie rappelle aussi le lien étroit entre le corps humain et l’Etat.

Le corps humain et le pouvoir de l’Etat

Alors, le corps humain représente un enjeu de pouvoir, un objet de « domination » et de régulation. La notion foucaldienne de « biopolitique » renvoie précisément à cette forme d’interventionnisme; de contrôle du pouvoir politique étatique sur le vivant, le corps des individus (sur son hygiène, sa santé, son corps, sa reproduction, sa mortalité, etc.). Et l’application de ses procédures aux populations. Et non plus aux individus en tant que tels.

D’ailleurs, c’est un concept de biopolitique qui a prouvé toute sa pertinence durant la crise du coronavirus. L’emprise du savoir/l’expertise technique et de l’appareil bureaucratique de l’État conduit à l’élaboration de normes juridiques. Or, la traditionnelle intervention de l’État dans le rapport de l’individu à son corps est confrontée à la forte demande d’autonomie des individus.

En effet, si dans certains pays dont la Tunisie, un large consensus a amené l’Etat à prendre ses responsabilités. Ainsi il détermine, au nom de la société, les frontières du licite et de l’interdit. Cependant, l’interventionnisme de l’État est confronté à l’affirmation de la liberté-autonomie des individus.

Biopouvoir et biotechnologies

De plus, le biopouvoir caractéristique de l’État est confronté également à la montée en puissance des multinationales des biotechnologies et de la pharmacie. Ainsi, il opère une globalisation de la privatisation du savoir. Lequel érige le vivant en général et la ressource génétique humaine en particulier, en produit sur le marché. En témoigne la course actuelle au vaccin. Si le vivant est devenu un objet d’intérêt des sciences économiques; le développement des biotechnologies et la brevetabilité du vivant engendre ainsi une « bioéconomie ». Celle-ci conduit notamment « à une objectivation accrue du corps. Par la valorisation des données de santé, au risque de sa marchandisation.

Il n’empêche, ce que nous dit la Covid-19 de l’État, c’est que cette crise sanitaire, comme les autres crises (sécuritaire, économique, sociale, etc.), est une source de renforcement de son pouvoir.

Une pandémie contre le discours de la « fin de l’Etat »

Car, le discours sur la « fin de l’État » qui a accompagné la mondialisation est battu en brèche par la crise sanitaire. Celle-ci met en évidence son rôle salutaire et irremplaçable pour faire face à la pandémie.

Assurément, la crise est internationale. Mais en l’absence d’une « gouvernance mondiale » et d’une « Union européenne » dignes ce nom, la fonction de protection exigée par la situation d’urgence sanitaire est assurée essentiellement à l’échelon national. Une responsabilité qui place l’État et ses agents en première ligne.

Toutefois, elle révèle aussi ses faiblesses structurelles. Si le besoin d’État s’exprime encore et toujours chez nos concitoyens; il a de plus en plus de difficultés à répondre à cette demande démocratique et à incarner l’intérêt général. Une forme d’impuissance qui entame la confiance citoyenne.

De ce fait, la communication gouvernementale, animée par un sens aigu de la contradiction et du contretemps, pourrait paraître anecdotique. Si elle ne nourrissait pas la défiance citoyenne déjà prégnante à l’égard de la parole/décision publique. Alors, le sentiment d’impuissance de la puissance étatique nourrit le malaise existentiel contemporain. Dès lors, comment transformer la crise sanitaire en opportunité politique pour redéfinir et consolider un État-providence moderne?

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