Croissance post-Covid 19 : devoir d’exemplarité

croissance Devoir d’exemplarité

L’après-Covid 19 s’annonce à tout égard plus dur que la crise sanitaire elle-même. Paradoxalement, il s’avère plus facile de décréter l’arrêt total de l’activité suite à la décision de confinement général que de faire redémarrer l’appareil productif frappé pendant près de deux mois d’euthanasie précoce.

Le choc d’offre d’une brutalité extrême est terrible et terrifiant. Le choc de la demande ne l’est pas moins. Cette double hécatombe est aggravée par un troisième choc de confiance qui consacre une véritable défiance collective dont il sera difficile de se défaire.

Le cumul des frustrations qui s’enflent sans arrêt, les promesses non tenues et les mensonges que rien ne distingue des scandales d’Etat ont fini par ôter aux acteurs politiques le peu de crédit dont ils pouvaient se prévaloir.

Dans ce registre, les nouveaux maîtres se sont inscrits – quoi qu’ils aient pu dire – dans la continuité d’une tradition politique vieille de plus de 60 ans. La conquête du pouvoir, fût-ce au prix de transgression de la loi, en est l’ultime objectif.  La fin justifiant des moyens, souvent détournés, mais non moins réels  et peu recommandables.

Logique de guerre, plutôt que celle d’une compétition politique en règle au nom de valeurs et d’idéaux de justice, de liberté et de démocratie. Avec pour effroyable dérive une logique de butin.

L’économie est exsangue et vit d’expédients, au jour le jour. La croissance couvre à peine le croît démographique et les finances publiques sont pour le moins inquiétantes. Le pays n’en finit pas de payer un lourd tribut.

L’intérêt général ? Vieux cliché tombé en désuétude, devenu caduc, qu’on exhume pour la circonstance des placards de l’oubli avant de l’y ranger aussitôt. De nouvelles castes fortunées émergent à la lisière et au sein même de la sphère politique. Image autant plus insupportable que la cohorte des nouveaux pauvres et des plus pauvres parmi les pauvres ne cesse de s’allonger et de gangrener le pays.

Faire redémarrer la machine économique dans ces conditions extrêmes est loin d’une sinécure. Tous les moteurs de la croissance, en manque de carburant, peinent à fonctionner quand ils ne sont pas en panne ou à l’arrêt. La demande globale est en berne. L’investissement qui n’arrête pas de chuter n’est plus à même de régénérer le tissu productif.

Pour preuve, l’indéniable déclin industriel et le recul ininterrompu des exportations de produits manufacturés. Le pays décroche en dépit de son énorme potentiel et se fait distancer par ceux-là mêmes qu’il dépassait de beaucoup il y a si peu d’années encore.

La consommation – au même titre que l’investissement- est sous pression par l’érosion du pouvoir d’achat sous l’effet décapant de l’explosion des prix ; elle donne de moins en moins des signes de vie. Elle nourrit la crainte et le pessimisme des producteurs locaux contraints, par effet d’accélération, de réduire la voilure et les postes de travail. L’emploi recule. Le chômage se propage comme une traînée de poudre.

Last but not least, le moteur des exportations, déjà très poussif ces dix dernières années, subit le même sort. On voit partout, sans qu’aucun secteur industriel n’en soit épargné, se multiplier les ratés et les pannes prolongées.

« Comment allumer dans ces conditions les feux de la croissance et d’une reprise rapide et coordonnée alors que nos principaux partenaires économiques et commerciaux vivent la pire des récessions que le monde ait jamais connues ? Comment et jusqu’à quel point, si tant est que cela reste encore possible, peut-on envisager une relance d’inspiration néokeynésienne ou néo-libérale ? »

La réponse est moins évidente qu’il n’y paraît, au regard de la gravité de la crise économique mondiale et du poids exorbitant des contraintes budgétaires et financières qui privent, dans une large mesure, l’Etat des principaux instruments de relance.

L’arme budgétaire est pour l’heure quasiment hors d’usage en l’absence de dépenses d’équipements de grande envergure. Les finances publiques suffisent à peine à rétribuer les fonctionnaires, à neutraliser l’inflation et à financer le train de vie débridé de l’Etat hors de toute considération d’investissement d’avenir.

Comble des difficultés : les emprunt contractés annuellement à grands frais et à grand renfort d’ingéniosité servent à rembourser le service de la dette, devenu par son ampleur le principal obstacle à la reprise de l’investissement et de la croissance.

Comment faire face au choc d’offre quand le taux directeur de la BCT jette un froid sur les velléités d’investissement des entreprises ? Le loyer de l’argent est bien au-delà des taux de croissance et des marges de profitabilité des entreprises exposées aux vents de la contestation sociale, de la concurrence internationale et de la déferlante de l’économie informelle. Et comme si cette massue ne suffisait pas, les conditions d’accès au crédit relèvent du parcours du combattant et sont on ne peut plus dissuasives.

La fiscalité ne l’est pas moins. L’idée même de réduire la pression fiscale alors que les finances publiques sont au plus bas relève d’une simple vue de l’esprit tant elle paraît décalée, saugrenue même. L’Etat est plus enclin à accélérer les prélèvements qu’à vouloir redistribuer ce qu’il n’a pas.

Comment relancer l’économie quand la politique budgétaire révèle ses propres limites faute de moyens financiers en raison de l’ampleur du déficit public et du poids insoutenable de la dette ? Peut-on de surcroît provoquer un rebond de l’investissement et de la croissance au moyen d’une politique d’offre quand celle-ci se fracasse contre l’obstacle du loyer de l’argent, du déficit de liquidité et d’une fiscalité contre-productive à force d’être confiscatoire ? Elle frappe les plus vertueux et ménage ceux qui occupent et contrôlent les zones de non-droit.

Il n’y a pas beaucoup à attendre du plan de protection sociale et de soutien aux entreprises élaboré par l’Etat dans la limite de ses moyens limités. Il en faut beaucoup plus que cela pour sortir l’économie de la zone rouge. L’ennui est que les pouvoirs publics ne peuvent donner, prêter ou garantir au-delà de nos capacités financières. Encore qu’ils ne semblent pas avoir épuisé toutes les possibilités de financement.

« Les emprunt contractés annuellement à grands frais et à grand renfort d’ingéniosité servent à rembourser le service de la dette… »

Il n’empêche, la réalité est beaucoup plus nuancée. La relance de la croissance post-Covid 19 n’est pas qu’affaire de moyens financiers aussi importants soient-ils. Le réveil d’une économie déjà abîmée, dégradée par près d’une décennie de croissance atone, ballottée par les vents, sans cap précis et de surcroît plongée dans un coma provoqué par la crise sanitaire, relève d’autre thérapie. L’argent est certes le nerf de la guerre, mais il ne pourrait produire son plein effet qu’à la condition que l’écosystème s’y prête.

Le redressement de l’économie est d’abord dans les esprits. C’est un acte de foi et un engagement de tous et de tous les instants. Le redressement procède d’une ambition et d’une bataille collectives. Il faut serrer les rangs pour ne pas s’exposer à une chronique d’un échec annoncé. Il en fut et il en sera toujours ainsi.

L’économie n’est pas faite que d’hypothèses, de modèles abstraits et de projections aléatoires. Toutes ces données, indications et ratios sont certes nécessaires pour en assurer le pilotage, mais c’est loin d’être suffisant. La moindre défaillance institutionnelle impacte à coup sûr la perception, les choix et les décisions des acteurs économiques et sociaux.

La dynamique de l’investissement et de la croissance est le reflet des capacités d’anticipation des chefs d’entreprise. Si le moral est au beau fixe tout devient possible. Si, en revanche, le ciel venait à s’assombrir, la crainte, l’expectative et la morosité s’installent.

C’est toujours la même antienne : difficile d’espérer un quelconque succès si l’état-major gouvernemental a du mal à s’entendre. Si les généraux n’avancent pas au même rythme, dans la même direction, animés des mêmes intentions, et sont de surcroît coupés de leur base, inutile de s’interroger sur l’issue de la bataille. L’échec et rien d’autre qu’une totale déroute. Cela voudrait dire que la confiance, si nécessaire, fait défaut.

Le sentiment de confiance est de toute évidence l’élément clé, autant dire le facteur déterminant de la fonction de production qui ne dépend pas que du capital et de la disponibilité des compétences humaines. Le redressement de l’économie ne peut s’enclencher et se poursuivre en l’absence d’un climat d’investissement et d’un environnement de l’entreprise apaisé, assaini, quasi consensuel.

Image rêvée et hélas décalée des tensions qui agitent le pays. La multiplication des ratés, des couacs, des affaires et jusqu’aux transgressions de la loi par mégarde ou insouciance, les lignes de fracture qui traversent l’ARP et jusqu’au gouvernement ne sont pas du genre à galvaniser le moral des troupes, et moins encore à retrouver au plus vite les chemins escarpés de la croissance dans un contexte de grave crise économique mondiale.

Il y a aujourd’hui comme une atmosphère lourde et malsaine qui grippe les rouages de l’économie, vide de sa substance le nécessaire dialogue social qui prend des allures d’affrontement. Il y a comme un climat délétère, chargé de tensions, de malentendus et de suspicion qui brouille la visibilité des entreprises jusqu’à obscurcir leur horizon.

« L’économie n’est pas faite que d’hypothèses, de modèles abstraits et de projections aléatoires »

Il faut au plus vite s’extraire de ce bourbier, quitter ces eaux marécageuses sous peine de nous enliser pour toujours. A charge pour les responsables politiques, à quelque niveau de responsabilité où ils se trouvent, de ne jamais tourner le dos à leur devoir d’exemplarité, ultime règle d’or d’un mode de gouvernance qui se respecte. L’exemple vient d’en haut sous peine de voir partir en vrille les fondements mêmes de tout projet gouvernemental.

Les salariés, les retraités, les chefs d’entreprise et les sans-emploi attendent des dirigeants d’autres types de réponse à leurs inquiétudes et interrogations, plus éthiques, plus claires, précises et plus responsables. Le moindre écart de quelque nature qu’il soit vaut perte de crédibilité, déficit de confiance et manifestation de sentiments de défiance.

Signe des temps : tolérance zéro et sanction immédiate non sans risque d’explosion sociale. Celle qui pointe à l’horizon est porteuse de tous les dangers.

A l’heure où de partout l’on s’interroge sur les chances de la relance, la question de la sauvegarde de l’économie et de la survie du pays n’a jamais été posée avec autant d’acuité.

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