La géopolitique régionale à l’épreuve de la crise de la Libye

Libye
Photo : https://www.setav.org

Les événements se précipitent en Libye. De multiples interventions étrangères semblent remettre le statut quo néfaste qu’elle subit. Elles traduisent la mise à l’épreuve régionale, par la crise de Libye, les risques de partition ou l’établissement de protectorat ou du moins la mise en dépendance effective.

L’Intervention française : Condamnant les velléités d’établissement de la Turquie, en Libye, la France réagit et dénonça, le 14 juin les actions du régime de Recep Tayyip Erdogan dans la région. Paris multiplie depuis des mois, les charges contre les ambitions régionales turques. Elle s’est irritée d’une « politique de plus en plus agressive ».

Les Turcs violent l’embargo sur les armes. Ils « se comportent de manière inacceptable en instrumentalisant l’Otan. La France ne peut pas laisser faire », ajoute la Présidence française.

Emmanuel Macron s’est déjà entretenu sur ce point avec le président américain Donald Trump. « Des échanges auront lieu dans les semaines à venir sur ce sujet avec les partenaires de l’Otan engagés sur place ». Ajoute l’Élysée.

Pour rappel, le président français avait déjà regretté le silence de l’Otan, dont la Turquie est membre. Il avait alors affirmé, en novembre, que l’Otan était en état de « mort cérébrale ». La France annonce qu’elle portera la question à une prochaine réunion de l’Otan. La France estime que l’intervention turque menace la sécurité de l’Algérie, de la Tunisie, de l’Egypte, de Chypre et des pays nord-méditerranées (conférence de presse, le 22 juin, à l’occasion de la visite du président tunisien).

Fait non-dit et suscitant vraisemblablement son inquiétude, la France craindrait un marchandage entre la Turquie et la Russie qui leurs permettraient de s’établir sur les territoires de leurs alliés.

Déclaration militaire du Caire

La déclaration du Caire : Le président égyptien Abdel Fattah al Sissi a présenté, samedi 6 juin, une nouvelle initiative de paix pour la Libye en proposant, la création d’un conseil élu et l’instauration d’un cessez-le-feu à partir du lundi 8 juin. Cette proposition approuvée par le maréchal Haftar, fut rejetée par le gouvernement Serraje.

Les Emirats, l’Arabie, la Russie, la France et les USA ont soutenus la déclaration du Caire. La Turquie, hostile à l’accord pose deux conditions préliminaires :

  1. L’exclusion de Haftar des négociations puisqu’il a “perdu la guerre’’;
  2. La poursuite de l’accord avec Serraje.

Peut-on envisager, dans ce cas, des négociations libyennes, en écartant un grand acteur, dominant 80% du territoire ?

La déclaration militaire du Caire : aggravation de la situation, vu l’intervention turque au profit de gouvernement Serraje, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a prévenu samedi 20 juin 2020 que toute avancée des forces du « gouvernement d’union nationale » (GNA), soutenues par Ankara, vers la ville stratégique de Syrte, en Libye, pourrait mener à une intervention «directe» du Caire.

« Toute intervention directe de l’Égypte est devenue légitime au niveau international. Que ce soit au regard de la charte de l’ONU sur la légitime défense ou qu’elle se base sur la seule autorité légitime élue par le peuple libyen: le Parlement libyen’ ». A affirmé M. Sissi.

En effet, le président égyptien évoque ici le parlement basé à Tobrouk puis depuis 2019 à Benghazi, en Cyrénaïque. Message-avertissement l’Egypte défend le territoire de Haftar. Elle annonce qu’elle est décidée à annihiler la stratégie d’expansion du gouvernement Serrage, en dépit du soutien de son allié. L’Egypte fait aussi valoir  son exigence sécuritaire. Mais les deux protagonistes l’Egypte et la Turquie  éviteraient tout affrontement, favorisant des guérillas par procuration.

Les Maghrébins souhaitent une solution politique

L’intervention d’Alger et de Tunis : Les pays du Maghreb souhaitent une solution politique libyo-libyenne. Celle-ci empêcherait la partition et l’établissement des forces étrangères.

L’invitation de Serraje, par le président algérien, le 20 juin, semble destiner à réactiver la médiation des pays du voisinage et d’empêcher toute dérive, mettant en dépendance la Libye.

La Tunisie, vu sa bipolarisation géopolitique, l’alliance de fait d’Ennahdha avec Erdogan et Serraje, explicitée dans le cadre de la soi-disant diplomatie parlementaire et l’opposition des forces progressistes à l’intervention turque, a continué à adopter, une « attitude attentiste face à la crise libyenne », partagée entre « angoisse sécuritaire et errements diplomatiques » (Jeune Afrique, Mathieu Galtier, 17 avril 2020).

Notons cependant que le président de la république Kais Saied, fait valoir désormais le partage des positions avec l’Algérie. Cette égale de distance entre les deux protagonistes est confortée désormais par son affirmation que la légitimité du gouvernement de Serraje est « provisoire », car elle doit être l’émanation des citoyens (conférence de presse, du président tunisien, le 22 juin, à l’occasion de sa visite en France).

Est-ce à dire que les différents acteurs du voisinage peuvent se mobiliser pour assurer la transgression du statu quo qui les soumet à de dures épreuves.


(Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et n’engagent pas leconomistemagrebin.com)
 

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here