Kaïs Saied à Paris

Kais Saied

Depuis son élection en octobre 2019, Kaïs Saied ne fait pas montre d’une appétence particulière pour les voyages internationaux.

C’est à l’invitation du président français Emmanuel Macron, que le chef de l’État tunisien Kaïs Saied est en visite (expresse) à Paris. Il s’agit de son premier voyage officiel en Europe pour ce néo-panarabiste.

Il faut dire qu’Emmanuel Macron entretenait d’excellentes relations avec l’ancien président feu Béji Caïd Essebsi. Une relation personnelle privilégiée non garantie avec le nouvel hôte du palais de Carthage. Et ce, dans un contexte de tension interne et régionale.

Des relations bilatérales ancrées dans l’histoire

Si les relations entre la France et la Tunisie plongent leurs racines dans l’histoire de la colonisation née au XIXe siècle. Elles se posent aujourd’hui en des termes rénovés.

En effet, malgré le passé colonial et ses épisodes tragiques, les relations entre la France et la Tunisie sont restées particulièrement étroites, après l’indépendance nationale. Sorte de « despote éclairé », attaché à la culture française, le président Bourguiba entretiendra une relation ambivalente avec la France.

Sur le plan économique, depuis 1959, date de la première convention commerciale et tarifaire conclue entre la Tunisie et la France, les relations commerciales sont étroites. L’instabilité et les incertitudes liées à la transition démocratique ne remettent pas en cause la densité et la diversité des liens économiques et commerciaux bilatéraux.

Mieux, la fin du système de concurrence déloyale instauré par l’ancien régime ouvre de nouvelles perspectives pour les opérateurs économiques et investisseurs français.

« Malgré le passé colonial et ses épisodes tragiques, les relations entre la France et la Tunisie sont restées particulièrement étroites après l’indépendance nationale »

En outre, la France demeure le premier partenaire commercial de la Tunisie. De même que son principal exportateur (malgré un léger recul) et son premier importateur également. La France compte aussi le plus grand nombre d’entreprises (essentiellement des PME) établies en Tunisie, dans l’industrie manufacturière exportatrice, mais aussi dans le secteur des services: banques, assurances, grande distribution, distribution pétrolière, tourisme. Et plus récemment dans les activités liées aux centres d’appels et à l’ingénierie informatique.

La France est aussi le premier bailleur d’aide publique au développement et d’assistance technique en Tunisie. L’ouverture politique et économique prônée au départ par le nouveau régime a facilité le soutien officiel de la France. Mieux, sa dérive dictatoriale – caractérisée par une double captation du pouvoir politique et économique par le couple présidentiel et son entourage – n’a suscité nulle réaction critique de la part de la France, dont le soutien inconditionnel (ou presque) était justifié officiellement par deux idées-fictions: soutenir le « miracle économique tunisien » et faire barrage à la contagion islamiste. Une ligne suivie sans discontinuité par les présidents français successifs, jusqu’à la révolution…

Des relations avec de nouvelles perspectives

Après avoir raté le train de la révolution tunisienne, la France tente de s’affirmer comme le partenaire privilégié durant le processus de transition démocratique. Une volonté attestée par la multiplication des visites officielles bilatérales aux niveaux présidentiel et ministériel.

Au-delà des signes diplomatiques et symboliques (telle la présence et l’intervention du président Hollande lors de la cérémonie officielle d’adoption de la nouvelle Constitution, le 5 février 2014, puis sa présence au Musée du Bardo (le 26 mars 2015) suite à l’attaque terroriste qui a ciblé des touristes en visite), les deux pays vivent désormais une nouvelle page de leurs relations.

Si la promotion de la langue française (reconnue comme « langue étrangère à statut privilégié ») est au cœur de la coopération bilatérale, le contexte post-révolutionnaire a réorienté cette coopération vers l’aide à la société civile tunisienne, le soutien au processus démocratique et le développement de la formation professionnelle (initiale et continue) des Tunisiens.

Une dimension humaine

Si la question de la pression migratoire et de l’immigration clandestine demeure un sujet sensible, elle fait l’objet d’une coopération entre les autorités nationales. La circulation des personnes n’est pas seulement question de sécurité et d’immigration: elle humanise la relation bilatérale.

La double présence d’une importante communauté franco-tunisienne en France et d’une communauté française non négligeable en Tunisie donne une dimension humaine à la relation des deux pays.

L’ordre du jour de l’actuelle visite est marqué par la relation bilatérale entre les deux pays. Et les difficultés économiques de la Tunisie et de la crise libyenne.

La visite officielle de Kaïs Saied en France devrait mettre en perspective le partenariat stratégique d’exception longtemps promis, mais jamais réalisé depuis la révolution de 2011. Celui-ci devrait d’ailleurs s’inscrire à l’échelle régionale, celle de la Méditerranée.

Afin de renforcer les liens entre les pays riverains et de faire de cette aire géographique et culturelle un espace de coopération et de solidarité réelle, les discours ne suffisent plus. Des actes s’imposent, à commencer par la décision de convertir la dette tunisienne sous forme de don par la communauté internationale…

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