Vision, courage et détermination

Vision, courage et détermination Radhi Meddeb crise sanitaire

La crise sanitaire est derrière nous. Le virus n’est pas pour autant vaincu. Il se terre. Nous allons devoir apprendre à cohabiter avec. Il est temps, après le confinement, que l’exigence de la vie reprenne ses droits après la lutte pour la survie.

La Tunisie a maîtrisé la pandémie. Le bilan de la gestion de la crise sanitaire est plus qu’honorable, malgré la modicité des moyens. Par contre, les effets économiques et sociaux induits risquent d’être lourds si les modalités d’un soutien effectif aux secteurs et opérateurs concernés ne sont pas identifiées et mises en œuvre de toute urgence.

La situation économique et financière du pays était déjà mauvaise avant que Covid-19 ne s’invite parmi nous. La croissance était poussive, le chômage élevé. L’inflation faisait de la résistance autour de 6%, érodant le pouvoir d’achat et entretenant la spirale des revendications sociales.

La masse salariale culminait, malgré les promesses du gouvernement de la contenir et le courroux du FMI. Les déficits : commercial, de la balance des paiements, des caisses sociales, des entreprises publiques s’approfondissaient de trimestre en trimestre, pendant que le service de la dette explosait.

« La situation économique et financière du pays était déjà mauvaise avant que Covid-19 ne s’invite parmi nous »

C’est dire que le gouvernement, fraîchement investi, était sans marge de manœuvre. Si on rajoute à cela les révélations susurrées sur le poids de l’héritage, les engagements non comptabilisés ou les traitements cosmétiques de certains postes des finances publiques, le navire ne serait pas loin de chavirer.

Pour sauvegarder son tissu économique et éviter l’hécatombe sociale, la Tunisie n’a pas les moyens d’injecter 10 à 20% de son PIB. A l’instar de plusieurs grands pays. Ses autorités financières et monétaires ont fait le choix de se conformer à l’orthodoxie du consensus de Washington. Encore une fois, la culture de la prudence et des petits pas a prévalu.

Des secteurs majeurs de l’économie nationale ont été frappés de plein fouet : tourisme, transport, loisirs, restauration, artisanat. Les petits métiers et les travailleurs journaliers souffrent, totalement privés durant six semaines d’activité et de revenus. Le secteur financier : banques, assurances, sociétés de leasing, institutions de microfinance, a été fragilisé par des décisions administratives et politiques, sans discernement ni rapport avec la réalité économique.

Le retour à la normale tarde à s’opérer. La machine toussote, comme si elle s’était mise, avant l’heure, au rythme de la séance unique et des siestes léthargiques.

Aujourd’hui, nous n’avons pas d’autre choix que de remettre le pays au plus vite au travail, d’apporter un soutien massif et différencié à chacun des secteurs frappés par la pandémie mais aussi à ceux déjà à genoux, avant. L’économie a besoin d’un choc de confiance.

Les opérateurs économiques manquent de trésorerie. Seules, les institutions financières peuvent leur apporter leur concours. Et ce, avec l’appui en ressources de la Banque Centrale et la garantie d’une partie des risques par l’État. Ce schéma est faisable. Il est le plus efficace et le moins coûteux pour les finances publiques, en période de vaches maigres. Il traduit le principe de subsidiarité. À chacun de faire ce qu’il sait faire de mieux.

« La machine toussote, comme si elle s’était mise, avant l’heure, au rythme de la séance unique et des siestes léthargiques »

L’industrie, dans sa diversité sectorielle, manque de stratégie. Son redressement exige de la visibilité et de l’accompagnement. Le tourisme a besoin de déclarations précises et réalistes sur les conditions d’accueil et de confinement ou non des touristes tant espérés pour cet été.

Le secteur de la microfinance, qui apporte déjà un soutien précieux à quelque 450.000 bénéficiaires, est amené à renforcer ses capacités d’intervention. Pour ce faire, il est du devoir des autorités financières et monétaires de lui apporter un soutien significatif. Ces dernières doivent cesser de le percevoir comme un secteur pourvoyeur de secours charitable, alors qu’il est un acteur majeur de l’inclusion financière.

La promotion immobilière privée est en crise depuis l’instauration brutale d’une TVA de 13% sur les ventes. Censée apporter des recettes supplémentaires à l’État, cette mesure avait tout simplement cassé le secteur, arrêté les ventes, surenchéri les produits et tari les revenus de l’État. Il serait temps aujourd’hui de relancer ce secteur locomotive.

La crise était porteuse de certaines opportunités. L’effondrement du prix du pétrole en était une. Nous n’avons pas voulu la saisir. De nombreuses opportunités pointent à l’horizon. Nous n’aurons pas le droit de les laisser passer, que cela relève de la régionalisation annoncée d’une mondialisation débridée, de la décarbonation de l’économie, de la digitalisation de la société, du repositionnement du secteur du tourisme, de la réforme de l’éducation à l’abri de tout dogmatisme, de la relance du secteur de la santé et des multiples opportunités qu’il recèle, du démantèlement des rentes ou du refus de toutes les formes d’exclusion.

Toute la difficulté, sur la période à venir, sera de gérer les contradictions entre la réflexion et l’action. Entre la gestion du court terme et celle du moyen et long terme. Entre l’exigence de soutien à toutes les activités et tous les opérateurs économiques, sans distinction aucune. Et la nécessaire réorientation de l’appareil productif vers plus d’efficience, de compétitivité, de durabilité et de valeur ajoutée.

« La crise était porteuse de certaines opportunités. L’effondrement du prix du pétrole en était une. Nous n’avons pas voulu la saisir. De nombreuses opportunités pointent à l’horizon »

Face à la difficulté de l’exercice, aujourd’hui, la tentation est grande de mobiliser, encore une fois, la fiscalité. Les fausses bonnes idées sont légion, allant de l’impôt sur la fortune, à une imposition forfaitaire des sociétés, assise sur leur chiffre d’affaires. Les vraies solutions de fiscalisation des activités informelles et illégales. D’abandon du régime forfaitaire ou de lutte contre la contrebande sont écartées sous couvert qu’il y a urgence et qu’il faut des « Quick wins », le mot magique.

Des marges de manoeuvre doivent être dégagées pour permettre à l’État de relancer l’économie par une politique macroéconomique non récessive. Les pistes existent. Elles vont d’une optimisation de la gestion de la dette extérieure, à la réforme du système de compensation afin d’en réserver les interventions aux seules familles qui en ont besoin, à l’arrêt de l’hémorragie des entreprises publiques et des caisses sociales et leur véritable restructuration, au-delà des fausses solutions palliatives de court terme.

La crise est violente. Nous ne la percevons pas encore dans toute son ampleur. Il est urgent de la prendre à bras-le-corps. Pour cela, une triple exigence s’impose à tous : vision, courage et détermination.

Par Radhi Meddeb

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