Culture des barbelés et libertés bafouées

tourisme Place de Bardo ARP
Place de Bardo le 14 juin

« La liberté est un chiendent, cette plante qui développe sous terre des rhizomes que l’on dit aériens. Dont ne vient à bout ni la roche la plus dure, ni les barbelés des ronces. A la première fissure, au premier rayon de soleil, elle refleurit ». (Janine Boissard – Malek – Fayard, 2008)

Ainsi, dans la nuit du 13 au 14 juin 2020, des bobines de fils barbelés et des rambardes métalliques ont été érigées autour de l’ARP. Comme pour répondre à « une urgence nationale » ou contrer « une invasion ».

Au point de se demander, sidéré, si on n’était pas devant la vision invraisemblable d’un camp du goulag soviétique, ou du laogai chinois, ou encore un stalag nazi… Pour mieux boucler les lieux, on disposait un rempart métallique de part et d’autre destiné à enclore les lieux. Et ce, en ceinturant la moindre artère de manière à se protéger contre toute incursion.

Un vaste réseau protecteur, redoutablement efficace est disposé. De façon à ce que les balustrades métalliques s’érigent en une sorte de bastingage infranchissable par d’éventuels frondeurs déplaisants.

Quand l’hypocrisie rime avec l’insulte

Le zèle des commanditaires de cette bévue est allé jusqu’à disposer des barrages au niveau des accès vers le Bardo, dont la route X. Pour prévenir l’accès à la place si convoitée des bus suspectés de transporter les éventuels manifestants.

Ne parlons pas du déploiement sécuritaire exceptionnel mis en place. A ce sujet, il est équitable de noter le comportement globalement irréprochable des forces de l’ordre. Mais la fourberie la plus désopilante, qui ferait rire aux éclats, si le sujet n’était pas aussi grave. C’est le communiqué mitonné par le Conseil municipal de la ville.

Un modèle d’hypocrisie et de ridicule. Tout ce branle-bas ahurissant est mis en mouvement tout simplement. Et ce, pour protéger les citoyens de la Covid 19, selon le communiqué. Ce genre de feinte grossière ne fait que rabaisser l’intelligence humaine. Et représente une insulte à l’intelligence collective.

Lorsqu’on sait comment ces menées mesquines se sont combinées et les visées de leurs commanditaires; on comprend que cet épisode fait partie d’un plan d’ensemble. Ce plan est destiné à verrouiller l’espace de liberté en Tunisie, engagé par les représentants locaux de la confrérie depuis un bon moment.

Dénoncer ces pratiques déloyales est une question de principe. On ne peux pas faire comme si tout allait bien lorsque ce n’est pas le cas. Lorsqu’on a l’impression d’aller à l’encontre de positions éthiques ou contre l’esprit et la lettre de la Constitution. Qu’importe les organisateurs de la manifestation et leurs revendications.

La liberté d’expression n’est jamais acquise une bonne fois pour toute!

Y aurait-il une indignation à géométrie variable? On peut ne pas les approuver. Mais on est tenu de leurs permettre de s’exprimer pacifiquement. Et ce, sans chercher à saborder leur marche sous les prétextes les plus fallacieux. Pour prétendre ensuite que leur initiative a échoué. Cet exemple démontre encore que la liberté d’expression n’est jamais acquise une bonne fois pour toute. C’est pour cela qu’il nous faut rester vigilants dans ce pays. Où une dictature immonde en gestation montre ses dents, qu’elles soient abîmées ou réparées pour faire bonne figure!

Il est temps de trouver une autre parade que celle des barbelés semés partout autour de tout ce qui représente un bâtiment officiel. Le barbelé se mue en une redoutable arme psychologique. Sorte de fil à linge sur lequel sèchent pendant des jours les dépouilles de nos rêves. Comme épinglés sur un sinistre tableau de chasse des usurpateurs. On ne doit pas s’étonner ou s’indigner lorsque des jeunes et des moins jeunes tunisiens rêvent de larguer les amarres. Tout en embarquant des tonnes de risques et d’illusions.

Finalement, on aimerait comprendre qui assiège qui? L’effet sur le moral des citoyens est désastreux. En considérant le caractère déshumanisant de cette facilité prise à planter des barbelés un peu partout.

Barbelés contre démocratie

Nos représentations mentales tendent à ériger le fil de fer barbelé en symbole absolu de l’enfermement. Et, plus généralement, d’un système totalitaire qui s’installe sournoisement. On peut dès lors s’interroger sur la pertinence de ce symbole. Obstacle physique dressé contre l’arrivée de citoyens tentant de manifester. Ce qui se révèle en réalité pauvre en nuances et annonciateur de bouleversements.

On aurait tellement souhaité que certaines âmes lucides, parmi les locataires de nos palais de la République, s’expriment sans formules stéréotypées. Notamment pour appeler à abandonner les stratagèmes flagrants destinés à abolir nos libertés par petites touches.

Personne, parmi les députés, n’a levé la voix pour émettre la moindre objection quant au spectacle dégradant d’une assemblée parlementaire transformée en camp retranché à longueur d’année. Avec des rues mitoyennes condamnées, sans se soucier des effets induits pour les habitants du Bardo.

Aucun n’a eu le réflexe salubre de réclamer l’assainissement de ce site. En renonçant à ces obstacles hideux qui dégradent notre environnement. Et l’image de tout un pays se prétendant en quête de démocratie.

Les considérations d’ordre sécuritaire peuvent être garanties par d’autres moyens plus respectueux de la citoyenneté à laquelle nous aspirons tous. N’ayons pas la naïveté de croire que le fait de saborder une manifestation est un acte de vaillance et de grande virtuosité politicienne de la part de ses auteurs.

Sortons vite de notre torpeur avant qu’il ne soit trop tard. La dénonciation d’une tyrannie rampante est un ardent devoir de chaque citoyen tunisien. Afin de détruire le mensonge, la propagande, la peur, la lâcheté, la compromission et la facilité.

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