La crise de la Libye, état des lieux…!

LIbye Tunisie Algérie

La crise de la Libye affecte l’aire euro-méditerranéenne. Quel est l’état des lieux, sur le terrain? Comment évolue le jeu des acteurs internationaux; puisqu’il s’agit désormais d’une guerre par procuration?

Des relations déséquilibrées? Les observateurs se sont empressés d’affirmer la victoire du gouvernement d’union soi-disant légitime de Sarraj. Et ce, après le recul des troupes de Haftar, échouant dans sa conquête de Tripoli. La chute, le 5 juin, du dernier bastion du maréchal Haftar en Tripolitaine a marqué la fin de son offensive lancée le 4 avril 2019 pour tenter de s’imposer à la tête du pays.

Fait irréfutable, cependant, « Haftar n’en contrôle pas moins 80% du territoire libyen » (Michel Scarbonchi, opinion internationale, 14 juin 2020). « L’intervention militaire de la Turquie à Tripoli a certes changé le visage de cette guerre et ses conséquences… Et a sauvé Sarraj et Tripoli de la reddition et empêché ainsi la réunification et la sécurisation du pays »(ibid.).

Mais, en dépit de la percée turque, les deux protagonistes sauvegardent leurs positions hégémoniques: Serraj en Tripolitaine et Haftar dans la région orientale. Nous pouvons affirmer, en dépit de l’effondrement apparent des troupes de Haftat, dans son projet d’expansion en Tripolitaine, qu’il n’y a en fait ni vainqueurs ni vaincus.

La solution militaire semble pour le moment exclue. Alors que la solution politique n’est pas à l’ordre du jour. Les acteurs internes ne partagent pas les mêmes projets de société: Haftar est, dans le camp moderniste. Il défend la société civile et prêche l’ouverture. Ce qui confirme son alliance avec l’Egypte.

Par contre, le gouvernement Serraj bénéficie de l’appui des milices islamiques et s’intègre, dans la mouvance de l’islam politique, désormais dirigée par le gouvernement ottoman. Ce dernier qui a transgressé le projet de Mustapha Kamel, par l’élection du parti d’Erdogan.

D’autre part, les acteurs régionaux et internationaux ne s’accommoderaient pas d’une fin de la guerre civile, par une réconciliation générale. Chaque clan a ses ambitions, ses enjeux et ses velléités d’installation au Maghreb.

La donne internationale: actuellement, la Russie et la Turquie se sont partagé la Libye. On s’oriente vers une partition de fait, mettant la Libye “sous tutelle’’ (titre de l’éditorial Le Monde 13 juin 2020). Serraj bénéficie de l’appui d’Erdogan. Il est, également, soutenu par l’Otan et vraisemblablement les USA. Ces derniers qui ont révisé leurs positions depuis l’intervention russe en faveur du maréchal.

De l’autre coté, Haftar, soutenu par l’Egypte et les Emirats arabes unis, bénéficie, lui, de l’appui militaire de la Russie.

L’établissement des bases turques en Tripolitaine et les réactions en conséquence de la Russie dans l’est du pays, suscitent l’inquiétude de l’Union européenne. « Ce qui vient de se passer dans ce pays méditerranéen est crucial pour la sécurité de l’Europe », affirme l’éditorial du Monde (ibid.).

Réaction immédiate de la France, elle décide de soumettre la question de l’établissement de la Turquie en Libye à la prochaine réunion de l’Otan. Pourrait-elle compter sur l’appui des USA? De nombreux observateurs en doute.

On parle plutôt d’un « découplage Etats-unis Europe », vu le silence américain qui conforte la position turque (Piotr Mmolar, Le Monde, 16 juin 2020). Formule éloquente du président français Macron, le 14 juin. Il parla de « la consolidation d’une Europe indépendante (…) face à la Chine, aux Etats-Unis et dans le désordre mondial que nous connaissons ».

Peut-on attendre une solution libyenne par une réactivation de la médiation des pays du voisinage?

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