Après l’adoption de la loi sur l’Economie sociale et solidaire, quelle suite attendre?

Rachid Abidi

Qui dit Economie sociale et solidaire (ESS) dit moteur de croissance.  Même si les défis sont majeurs, complexes, la crise de notre système économique est moins visible. D’où l’intérêt de penser à un autre modèle de développement.  D’ailleurs, les analystes l’ont compris. Ils reconnaissent en effet que si on développe l’économie sociale et solidaire, les résultats seront surprenants. Rachid Abidi, directeur de Lab’ess, nous en parle dans une interview accordée à leconomistemaghrebin.com

-Après l’adoption de la loi sur l’économie sociale et solidaire, quel est, selon vous, le prochain défi à relever ?

Rachid Abidi : Enfin, nous avons une loi sur l’économie sociale et solidaire. Par contre, il y a tout un travail à faire pour obtenir les décrets d’application.  Il est important que les différents partenaires sociaux et parties prenantes se rassemblent pour travailler sur le contenu de ces décrets. C’est la première étape forte dans les prochaines semaines pour pouvoir aboutir à des décrets permettant la mise en pratique de la loi.

Après avoir réalisé ce travail, il s’agira pour les acteurs de l’ESS d’agir sur le terrain de façon concrète. En résumé, il y a un premier temps d’écriture des décrets d’application afférents à la loi puis un second temps pour la mise en œuvre. Les acteurs de l’ESS en coordination avec les administrations et les différents ministères devront travailler main dans la main.

J’ajouterais un autre  point. A  savoir, de quelle manière, en tant qu’acteur de l’ESS, on peut s’inscrire dans les politiques publiques arrêtées par l’Etat? Je prends l’exemple de ce que Lobna Jeribi est en train de faire avec les grands projets. Il s’agit de voir quelle place l’ESS occupera au sein même de ces grands projets. Il est tout à fait possible d’expérimenter des projets de l’ESS dans le cadre du plan de relance économique décidé par le gouvernement sur les trois, six voire neuf mois prochains.

-Aujourd’hui, l’Economie sociale et solidaire présente un atout considérable pour l’employabilité des jeunes et pour les démunis. Quels sont les prochains défis à relever? 

L’application du texte devrait se faire très rapidement. Il est compliqué de donner des chiffres actuellement sur l’ESS et notamment sur la création d’emplois ou le taux d’employabilité futur.  Notre souhait est que l’ESS se développe de façon structurée et coordonnée. L’appui des jeunes et des communautés vulnérables sera l’un des objectifs. Nous pourrons quantifier le poids de l’ESS en Tunisie lorsque l’INS et le RNE disposeront d’un sous-registre permettant de répertorier les acteurs.

Sensibiliser la nouvelle génération

L’un des défis importants sera de sensibiliser la nouvelle génération sur cette manière d’entreprendre pour avoir l’impact social et environnemental recherché sur le pays. Une alternative sociale, solidaire, plus responsable et éthique que ce que l’on connaît actuellement dans le système économique pleinement capitaliste.

L’économie sociale et solidaire est présente dans les traditions tunisiennes. On peut s’inspirer des pratiques et expériences que l’on pourra adapter et améliorer. On pourra aussi s’inspirer de ce qui se passe autour de nous, dans les pays voisins pour implémenter des solutions innovantes. Ceci permettra d’inventer un modèle tunisien durable et résilient en respectant les principes et valeurs de l’ESS et répondre aux problématiques dans les territoires.

J’ai confiance en la nouvelle génération d’entrepreneurs sociaux et leaders associatifs. Grâce à ce nouveau cadre, ils pourront plus aisément développer des modèles économiques pérennes pour atteindre leurs objectifs sociaux.

-On parle d’une alternative, d’un autre modèle socio-économique. Pensez-vous  que dans le court terme, on pourra avoir des résultats tangibles ? 

Je pense qu’on va devoir se retrousser les manches pour qu’effectivement le travail avec les différents ministères puisse se faire très rapidement ainsi que la mise en œuvre sur le terrain. Ceci est essentiel car les populations que nous visons attendent des solutions pratiques et immédiates. Maintenant que la loi est votée, il ne faut pas attendre deux ans pour disposer des décrets d’application. Il faut être réactif. Les différents acteurs et leurs bénéficiaires pourront ainsi profiter des avantages de la loi (label, financement, représentativité…). De la même manière que cela a été fait grâce au Startup Act qui a permis de dynamiser le secteur numérique.

Le crowdfunding, un bon instrument de financement alternatif

Il serait  intéressant aussi de compléter les mécanismes de financement prévus par la loi sur l’ESS par le crowdfunding –  le financement participatif –  qui verra le jour prochainement en Tunisie. Un baromètre de l’ESS pourra être développé pour mesurer les avancées, communiquer auprès du grand public et valoriser les initiatives portées par les acteurs.

Le collectif #Tounes solidaire, que sait-on de lui? 

Tout a commencé avec une lettre ouverte paraphée par 106 signataires représentant 90 organismes de l’ESS en Tunisie. Depuis qu’on a lancé cette tribune, nous avons reçu de nombreuses propositions d’adhésion au collectif #tounessolidaire. Ceci est un signe assez fort qu’on a la capacité aujourd’hui de se rassembler et travailler ensemble. Porter un message commun auprès des collectivités, ministères et députés.Je pense que l’on a été entendu et écouté par la commission à l’ARP avant l’adoption de la loi. Nous avons suggéré des recommandations pour améliorer le texte et avons continuer le plaidoyer lors du vote en plénière. Le texte même s’il n’est pas parfait est maintenant un socle commun pour construire la suite. Je salue tous les efforts des acteurs et actrices de l’ESS ainsi que l’UGTT, le Ministère de l’Emploi, le Ministère du Développement, le BIT, Solidarité Laïque… Ensemble nous pourrons porter la voix de l’ESS, être pragmatiques et créatifs pour réussir à changer la société tunisienne.

Il va sans dire que beaucoup de travail nous attend mais cette loi donne de l’espoir. On imagine une Tunisie durable, solidaire, inclusive et plus écologique.

 

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