Tourisme : cacophonie sur un secteur exsangue

tourisme tunisien thermalies

Alors que nous aurions dû être en pleine saison touristique, la crise sanitaire a totalement changé la donne. Est-ce que nous pouvons sauver la saison ?

Le gouvernement cherche à relancer le secteur du tourisme par tous les moyens. Mais ses efforts ne donneraient nécessairement pas les résultats escomptés car il ne tient pas toutes les ficelles.

L’industrie broie déjà du noir

Le tourisme pèse 14,2% de l’économie tunisienne si nous prenons comme référence l’étude réalisée il y a un an par KPMG. Plus que 11% de la population active travaille dans le secteur.

A cela, nous pouvons ajouter l’impact positif sur la balance des paiements extérieurs puisque les 9,5 millions de touristes qui ont visité le pays en 2019 ont permis de collecter l’équivalent de 5,6 milliards de dinars (1,7 milliard d’euros).

Cette année, et jusqu’au 10 juin, les recettes touristiques ont chuté de 38% à 1,055 milliard de dinars. Nous sommes donc très loin de l’objectif initial de 10 millions de visiteurs. Nous ne sommes pas les seuls. Tous les pays de la Méditerranée ne pourraient pas réaliser leurs objectifs et ils sont dans une course contre la montre pour sauver la mise.

Selon les chiffres de l’Organisation Mondiale du Tourisme (OMT), et à la date du 10 juin 2020, 3% seulement des destinations touristiques dans le monde ont pris des mesures pour assouplir les restrictions sur les voyages.

Que font nos concurrents ?

La Tunisie compte ouvrir ses frontières le 27 juin, mais elle n’est pas la seule destination touristique à le faire. Parmi nos concurrents, il y a la Grèce qui rouvre aujourd’hui ses aéroports aux vols provenant de 29 pays. Athènes compte bien élargir sa liste d’ici le 1er juillet, date de l’ouverture de ses aéroports régionaux.

La Turquie a mis le paquet avec 2,5 milliards d’euros mobilisés pour attirer les vacanciers. Les autorités tablent sur un processus de certification capable de garantir le respect des règles d’hygiène et des mesures barrières sur les lieux de villégiature.

Quant au Maroc, il préfère encore la prudence et la feuille de route du Royaume compte plutôt sur le tourisme interne et des mesures financières et sociales seront prochainement dévoilées.

Pour la Tunisie, le client local est certes important. Mais tant qu’il paie en dinar, son apport reste limité. Il peut aider à maintenir des postes d’emploi, pas plus. Nous avons besoin des étrangers qui paient en devises.

Patriotisme touristique

Les échos qui viennent de la rive nord de la Méditerranée évoquent une volonté des autorités européennes d’inciter leurs citoyens à passer leurs vacances d’été dans leur pays, participant de la sorte à la relance économique.

Aujourd’hui marque la levée des restrictions de circulation à l’intérieur de l’Union Européenne par la majorité des États membres. L’exemple allemand pourrait être suivi par d’autres pays. Pour rappel, en 2019, ce sont 267 mille vacanciers allemands qui ont visité la Tunisie, un chiffre significatif.

A cela, il faut ajouter les problèmes liés au transport aérien, avec les problèmes structurels de Tunisair et les prix qui pourraient être appliqués par les compagnies étrangères. Les responsables du secteur de transport devraient se mordre les doigts de ne pas avoir signé l’Open Sky qui aurait facilité l’accès au pays durant cette période.

Les Algériens et les Libyens pourraient-ils limiter la casse?

Beaucoup tablent sur ces deux marchés pour assurer un minimum d’entrées de devises. En 2019, les Algériens ont représenté 34,4% de vacanciers (2,496 millions), devançant les Libyens dont le nombre s’est élevé à 1,769 million (24,4%).

Pour le moment, la situation sanitaire en Algérie reste inquiétante, et le communiqué de l’OMS samedi dernier quant à la progression rapide de la maladie ne fait que compliquer la vie des hôteliers tunisiens. Pour les Libyens, la majorité ne passe pas par les structures hôtelières, mais par des résidences et les villas privés. Ce sont donc des pistes à oublier.

Que faire alors ? L’année dernière, plus de 2 millions ont visité la Tunisie durant juillet et août. Le risque sur l’emploi est énorme. Le secteur s’est transformé d’une locomotive économique en une bombe à retardement.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here