Des similitudes rhétoriques entre les quatre chefs de gouvernement?

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Depuis 2014, des chefs des gouvernements se sont succédé en Tunisie. Entre Mehdi Jomaa, Habib Essid, Youssef Chahed et Elyes Fakfakh, existe-t-il des similitudes rhétoriques? Mehdi Ghazzai, consultant en communication, dresse un état des lieux dans une déclaration à leconomistemaghrebin.com.

Mehdi GhazzaiEn effet, Mehdi Ghazzai revient les similitudes rhétoriques mais aussi sur l’interview du chef du gouvernement Elyes Fakhfakh, dans la soirée du dimanche soir. Il précise dans ce contexte: « Elyes Fakhfakh s’est voulu être en position de rupture par rapport à ses prédécesseurs. En déclarant: « Je ne ferai pas comme les autres, moi j’ai choisi la voie difficile pour réformer l’administration et combattre l’économie de rente et la corruption. »

Alors, il poursuit: « Dès lors, nous nous sommes intéressés aux interviews des « autres ». C’est-à-dire les anciens chef des gouvernements. Et notamment celle de Youssef Chahed sur El hiwar Ettounsi en 2018. Ainsi que celles d’Habib Essid et Mehdi Jomaa sur Nesma TV respectivement en 2015 et 2014. »

Mehdi Ghazzai souligne à cet effet: « On se rend compte qu’Elyes Fakhfakh fait dire exactement l’inverse à ses prédécesseurs. Car eux aussi avaient déclaré mot à mot que « contrairement aux autres, ils ne reculeront pas devant les réformes nécessaires pour réformer l’administration et combattre l’économie de rente et la corruption ».

L’extension ou le « Straw Men » !

Alors, la grande question est de savoir pourquoi chaque chef du gouvernement fait cela?

Donc, selon M. Ghazzai: « Il y a une règle classique en rhétorique. Il semble toujours plus héroïque de poser un acte ou une réforme, quand on l’oppose à un contre modèle. En l’occurrence, les différents chefs du gouvernement s’inventent chacun une position héroïque et légitime. En prétendant qu’ils n’abandonneront pas comme tous les autres. C’est le premier stratagème de Schopenhauer, l’extension ou le « Straw Men ». Il consiste à exagérer, voire inventer une position adverse, pour pouvoir la réfuter aisément. »

D’où l’intérêt d’aujourd’hui, de rechercher s’il y a d’autres similitudes entre les quatre chefs du gouvernement?

Ainsi, souligne notre interlocuteur, « depuis 2014, aucun chef de gouvernement n’avait, à sa nomination, un parti politique. Ce qui influence considérablement leurs sorties médiatiques. On a toujours eu affaire à des technocrates, consistants sur les dossiers, techniques, maîtrisant pour la plupart les gestes didactiques. »

« La parole politique ne doit pas juste s’aplatir devant le réel »

Et de poursuivre: « Or, la parole politique ne doit pas juste s’aplatir devant le réel. Mais le transfigurer vers une vision et un projet politique. La parole politique ne doit pas seulement être réduite à la gestion du quotidien. Mais se conjuguer avec l’histoire. Et c’est cela que nos chefs de gouvernements doivent réaliser. Une vraie démocratie repose sur la valorisation de la parole publique et politique. Celle par laquelle on cherche à convaincre les autres de la valeur du projet politique qu’on leur propose. »

Enfin, il conclut: « La rhétorique politique donc, est indispensable pour mettre les hommes en mouvement, pour les faire croire, et conséquemment, agir. Car au-delà des dossiers, au-delà des chiffres, un discours inspirant peut canaliser des espoirs et changer le cours de l’histoire. »

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