Samia Abbou et Becher Chebbi trahis par les réseaux sociaux?

samia abbou - l'économiste maghrebin

Il est étonnant que cela puisse arriver. Surtout à une députée qui n’en est pas à sa première députation ni à sa première prestation publique. Elle présidait, le 11 juin 2020, une réunion de la Commission de la législation générale. Et savait assurément que la séance était diffusée sur la chaîne YouTube de l’ARP.

Ainsi, ce n’est pas la première fois, ni encore la dernière sans doute, qu’une caméra ou encore un micro restés allumés trahissent un politique. Les députés Samia Abbou et Becher Chebbi ont été, le 11 juin 2020, victimes deun enregistrement fait à leur insu. Des affaires de ce genre pour ainsi dire chacun en connaît quelques-unes arrivées dans des démocraties occidentales.

Il s’agit d’épisodes de la vie politique qui sont quelquefois devenus des gags. Comme celui de cet élu américain qui a oublié, en mai 2015, d’éteindre son micro en allant aux toilettes. Diffusant dans les oreilles des autres élus présents à une réunion le bruit de la chasse d’eau.

Cependant, concernant l’affaire de Samia Abbou et de Becher Chebbi, on ne sait pas s’il faut en fin de compte en rire ou en pleurer.

Quoi qu’il en soit, et sans évidemment commenter l’affaire sur le fond ni encore parler de ses suites et conséquences, il est bon sans doute de s’arrêter sur cet incident pour dire qu’il s’agit là d’une imprudence.

Pourquoi? Parce qu’il y a là manifestement un déficit au niveau de la culture politique des deux députés. Puisqu’ils ont sans doute oublié que cette culture se doit d’intégrer la dimension médiatique.

Peut-on oublier que tout peut s’enregistrer à l’heure de la suprématie des médias, notamment sociaux? On en a de toute façon quotidiennement la preuve. La preuve que l’espace privé et l’espace public ne sont plus en politique aussi distanciés que lorsqu’il n’y a avait pas de réseaux sociaux. Mais aussi lorsque n’existait pas des « doctrines » comme celle du journalisme citoyen.

Un beau cadeau à Abir Moussi

La réflexion du leader socialiste français, candidat malheureux de la présidentielle française de 2017, lorsque furent publiées sur Facebook les images du ministre de l’Intérieur français, Christophe Castaner, le montrant dans un cabaret, est très significative de cette évolution de la vie politique. « C’est un problème, une boîte de nuit parisienne c’est juridiquement un lieu privé. Mais quand on est ministre de l’Intérieur et qu’il y a des téléphones allumés partout, ça devient un lieu public ».

Dans leur livre « L’Internet et la démocratie numérique », Philippe Ségur et Sarah Périé-Frey parlent d’une « recomposition de l’espace public et de l’espace privé à l’heure des réseaux sociaux ». Les auteurs affirment que ces réseaux « changent radicalement la relation au pouvoir, bouleversent les circuits de décision habituels et induisent de nouvelles modalités de participation à la vie politique ». (Presses Universitaires de Perpignan, 2016).

Il est étonnant de constater, cela dit, que cela puisse arriver; surtout à Samia Abbou qui n’en est pas à sa première députation, ni à sa première prestation publique. Elle présidait, le 11 juin 2020, une réunion de la Commission de la législation générale. Et savait sans nul doute que la séance était diffusée sur la chaîne YouTube de l’ARP.

Ignorait-elle, dans le même ordre d’idées, que le public se délecte d’habitude de moments comme ceux diffusés par les caméras de l’ARP. Y trouvant sans doute le moyen de découvrir d’autres instantanés que ceux officiels montrés par les chaînes de télévision?

En tout cas, il est fort à parier que par cette maladresse, les députés d’Attayar et d’Ennahdha ont fait un beau cadeau à Abir Moussi!

 

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