Noureddine Erray, le promu qu’on n’attendait pas !

Noureddine Erray - l'économiste maghrebin

Dans un contexte général où l’insignifiance le dispute au futile, du courage il en faut parce que c’est la moindre des choses. Et du culot aussi parce que c’est nécessaire. Deux qualités rares qu’on ne retrouve chez aucun des hommes politiques de ce pays. Si bien sûr on fait exception de Abir Moussi, la présidente du Parti Destourien Libre(PDL). Et qui plus est, se trouve être une femme.

Alors, lorsqu’il y a une exception qui confirme la règle, et qu’elle peut rassurer, impossible de la louper. Et pour une surprise, c’en est une, et divine en plus !  Il n’y a pas à dire, le vendredi 12 juin à l’Assemblée restera dans les annales. Venu s’exprimer devant la commission des affaires étrangères, Noureddine Erray, le tout nouveau chef de la diplomatie tunisienne qu’on croyait timide et un peu discret, a fait l’impensable : oser dévoiler devant des parlementaires médusés, tous les dessous de la table. Et dire toute la vérité, rien que la vérité sur l’état d’une diplomatie qu’on savait en perte de repères et en de vitesse.

Quand jeunesse et impertinence se donnent rendez-vous pour bousculer les préétablis et infliger un camouflet à la langue de bois. Il fallait bousculer les convenances, et Noureddine Erray l’a fait, même si c’était à son insu. Bien lui en prit. Il y a de ces culots qui font plaisir à voir dans un milieu où le mensonge et la couardise sont devenus les choses les mieux partagées. On épiloguera encore longtemps sur sa prestation. Tellement elle a pris de court tout le monde.

Vendredi 12 juin 2020, une journée pas comme les autres. Pour les diplomates tunisiens en exercice ou pour ceux qui sont partis.  Une description terrible  parce que sans appel. Un direct qui va droit à l’estomac.  Et cela remplace tous les verbiages qu’on a entendus. Vendredi, à travers le prisme sans fard de son chef, la diplomatie tunisienne était nue. Aussi bien à Carthage qu’à la Kasbah, on appréciera… La fougue de la jeunesse, bonne ou mauvaise conseillère, on verra. Particulièrement quand on sait la compétition engagée entre un Président de la République aux aguets, et un président du Parlement. Qui ne se fait pas prier pour tirer la couverture quand le chef va à la chasse… Entre l’être de la fonction et le néant de l’action, le ministre Erray ne s’est pas fait prier pour cracher le morceau. Jugez –en : la diplomatie économique, les marchés à conquérir ou à reconquérir comme c’est le cas de l’Afrique ? Foutaise. La diplomatie publique notamment culturelle ? Paroles, paroles, paroles.

La diplomatie consulaire ? Un véritable gâchis. Le statut de la profession et son prestige ?  Une véritable honte. Son appréciation de la situation générale dans le pays ? Une catastrophe. Ce qu’il pense du climat politique ? C’est à peine s’il ne disait qu’il était frappé du sceau de l’infantilisme et de l’irresponsabilité. A peine s’il ne disait pas que les hommes politiques  étaient tous pourris. Tenir un langage qui dit les choses comme elles se présentent, on en redemande.

De mémoire de diplomate, jamais je n’ai entendu des propos aussi crus. On ne va tout de même pas reprocher au jeune ministre d’appeler les choses par leur nom ! Même si on va nous rétorquer qu’il y a des vérités qui ne sont pas bonnes à dire en public. Sauf qu’à force de discourir à l’abri des regards sur un état diplomatique que d’aucuns s’accordent à dire qu’il est à terre, on ne peut qu’être épatés et séduits. Chapeau bas M. le ministre ! Pourtant, on en a vu défiler des ministres des Affaires étrangères de la maison ou venus d’autres horizons avant et surtout après la révolution ! Mais une telle fraîcheur, une telle franchise, je ne me rappelle pas. Un état des lieux qui claque en tout cas comme un fouet. Et tant pis pour une image déjà fortement écornée.

Mais un chat est un chat.  Noureddine Erray a voulu le réveiller, tant mieux. Ici-même, j’ai plus d’une fois déploré le manque d’engagement des ministres issus des Affaires étrangères pour redonner à la profession le lustre qu’elle a perdu. En vain. Alors, pour une fois que la messe est dite, on peut légitimement voir venir.  Je peux en tout cas imaginer qu’il y aura désormais pour la diplomatie tunisienne et ses acteurs, un avant et un après le 12 juin 2020. Un avant et un après. J’avoue que cela n’est jamais arrivé.

 

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