Les Maghrébins à l’épreuve du racisme en France

racisme - l'économiste maghrebin

Il n’y a pas qu’aux Etats-Unis que la question raciale revient en force. Elle ébranle l’ensemble du monde occidental, comme en témoignent les manifestations organisées quotidiennement depuis la mort du Noir américain George Floyd. Un mouvement auquel la France n’échappe pas.

« La France ne saurait être raciste », selon le discours officiel. Le racisme est contraire aux valeurs, principes et règles de la République. L’article 1er de la Constitution de 1958 est tout aussi clair: « La France est une République [qui] assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion ». Il n’empêche, la question du racisme est source d’un malaise encore et toujours palpable dans la société française. Marine Le Pen, à l’instar de son père, ne s’est-elle pas retrouvée au second tour de la dernière élection présidentielle ? Jean-Marie Le Pen a torturé des Algériens. Tandis que sa fille commentait ainsi l’Equipe de France de football en 1998. « On a mis un Algérien pour faire plaisir aux Arabes »… Aujourd’hui, les Maghrébins vivant en France sont aussi Français. Une double identité mise à l’épreuve par un racisme systémique. Ancré dans l’histoire et source de discriminations.

Un racisme aux racines historiques

Il ne s’agit pas ici de comparer deux sociétés aux histoires et cultures propres. Y compris dans leur rapport à la violence. Il s’agit « simplement » de replacer dans un sillon historique les origines de la situation française. Les discriminations liées à l’encontre de groupes de personnes s’inscrivent dans un ensemble de représentations et de préjugés issus de notre passé esclavagiste, vichyste et colonial. Le discours racialisé structurait le langage officiel du régime de Vichy. Il n’est pas étranger pour autant à l’histoire de la République française. Censée incarner l’Age d’or de la République française, la fin du XIXe siècle  correspond à l’instauration d’une racialisation des personnes. Comme l’atteste le Code de l’indigénat.

Il y a même une intrication entre la pensée raciale de la fin du XIXᵉ siècle et l’idéologie républicano-coloniale de l’époque. C’est sous la IIIème République que l’extension de l’empire français a atteint son apogée. En même temps que se formaient et se stabilisaient les principales institutions de la République. Et que s’est cristallisée réellement la nation française. C’est elle qui fabrique la notion de la nationalité. Qui crée véritablement l’opposition entre « Français » et « étrangers ». Qui crée le statut d’indigène, individus déjà réputés « inassimilables » ou par culture, source de menace pour l’identité « nationale-raciale » . C’est encore elle qui instaure une racialisation de l’identité des personnes et distingue la nationalité de la citoyenneté…

Le régime de la Ve République est né lui-même en pleine guerre coloniale, avec la volonté officielle de restaurer l’autorité et l’ordre en Algérie. L’actuel système institutionnel et politique est né dans un contexte où la figure de l’ennemi est celle de l’indépendantiste algérien. Cette histoire politique est aussi celle de la police nationale, marquée notamment par la mort à Paris de dizaines d’Algériens jetés dans la Seine, le 17 octobre 1961 … Enfin, l’actualité est rythmée par ces morts suspectes de jeunes aux mains de la police, sur fond de révélations de milliers d’échanges à caractère raciste de membres des forces de l’ordre sur WhatsApp et Facebook. Des révélations qui, suite à l’onde de choc de la mort de George Floyd, ont poussé le ministre de l’Intérieur à sortir de sa traditionnelle posture de défense inconditionnelle de l’institution policière.

Un racisme source de discriminations

La philosophie universaliste des Lumières rejette les théories racialistes. Des conceptions de l’humanité fondées sur la notion de « race ». Et qui ont servi de support aux discours et idéologies à l’origine des pires actes criminels. Sur les frontispices de tous les bâtiments républicains comme dans notre Etat de droit, le principe d’égalité est consacré en majesté. Pourtant, les discriminations du fait des origines est une réalité prégnante en France. Une série de rapports publics et d’études universitaires pointent les uns après les autres l’inégalité d’accès aux services publics dans les quartiers populaires. Mais aussi les discriminations à l’embauche, au logement, à l’école, au contrôle policier subies par leurs habitants noirs et arabes.

Cette réalité est de plus en plus confrontée à un discours largement répandu. Celui du « déni » des élites et d’une partie substantielle de la population. Qui continuent d’ignorer, sinon de minorer, les discriminations systémiques liées à l’origine qui sévissent dans notre pays. Un tel déni n’est propre ni à l’extrême droite, ni à la droite. Au-delà de l’universalisme républicain usé comme un argument d’autorité, la gauche au pouvoir a brillé par son impuissance, voire par son indifférence. Or un tel aveuglement volontaire qui permet de justifier l’inaction publique en la matière, engendre un profond sentiment d’injustice et d’humiliation des victimes. C’est notamment ce sentiment qui nourrit les mobilisations actuelles contre les violences policières. Si elles font écho aux manifestations aux Etats-Unis, la « Marche pour l’égalité et contre le racisme » qui a traversé la France en 1983, et qui s’était achevée par un rassemblement de 100 000 personnes à Paris, avait déjà été déclenchée par une série de crimes racistes dans le pays. Il existe en cela une histoire contemporaine du racisme en France…

 

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