L’interview d’Elyes Fakhfakh, entre la forme et le fond !

Elyes Fakhfakh

Que penser de l’interview d’Elyes Fakhfakh? Plus encore qu’en est-il sur le fond et la forme? Kerim Bouzouita, anthropologue nous dresse une analyse complète de l’interview du chef du gouvernement sur la chaîne 9, qui a duré 1h45mn. Et ce, dans une déclaration exclusive à leconomistemaghrebin.com.

 

Kerim Bouzouita Kerim Bouzouita, souligne que sur la forme, Elyes Fakhfakh a affirmé sa personnalité et son autonomie politique par rapport aux partis politiques dominants. Mais ce « qui manque toujours est le projet politique », dit-il.

Par ailleurs, sur un autre volet, celui du contenu de l’interview, « il a pris une posture d’outsider avec les forces les plus importantes du pays; mais permissif  avec son propre gouvernement ». Il précise dans ce contexte qu’il était agressif avec la majorité, quand il a déclaré: « Nous refusons de laisser entrer Qalb Tounes au  gouvernement. »

De plus, il ajoute qu’il était également agressif avec l’opposition. Selon lui, il y a des besoins plus importants pour les députés, notamment au regard des propositions des listes d’ingérence en Libye et des excuses à demander à la France.

Par ailleurs, Elyes Fakhfakh a ouvert une parenthèse en s’adressant à l’UGTT. Et ce, en évoquant la possibilité de réduire les salaires des fonctionnaires, « qui ne sera pas du goût des syndicalistes ». Car selon Fakhfakh, « l’Etat est un mauvais gestionnaire ». Tout en citant les terres domaniales, le rôle des jeunes, la mauvaise administration, la Steg…

En revanche, sa relation avec son gouvernement, d’après Kerim Bouzouita, est plus permissive. Ainsi en est-il, quand il est revenu sur l’histoire du ministre de l’Énergie, des Mines et de la Transition énergétique. « Ce pourrait être une erreur, au moment où j’ai autorisé Mongi Marzouk à se rendre en France », reconnait-il. Tout comme, avec le ministre du Transport, concernant l’affaire de la voiture de fonction du ministre utilisée par sa fille. Cependant, pour cette dernière affaire, le chef du gouvernement affirme « qu’une enquête administrative et une enquête judiciaire ont été ouvertes ». Concluant par un proverbe tunisien: « Personne n’a de plume sur sa tête (ma famma had ala rassou richa. »

Communication verbale, stratagèmes rhétoriques

Sur la question de la communication verbale, M. Bouzouita remarque que les messages sont calibrés en phrases courtes et claires. Et sur le volet des stratagèmes rhétoriques, « Elyes Fakhfakh avait une facilité certaine à recourir aux stratagèmes rhétoriques. En termes  de maîtrise accrue de l’art oratoire; notamment sur les questions gênantes », renchérit-il.

Par ailleurs, Kerim Bouzouita souligne: « Elyes Fakhfakh a utilisé beaucoup de métaphores et d’images populaires. Il a fait preuve d’une grande pédagogie à travers leur utilisation ».

Pour ce qui est du paraverbale, « il a utilisé les gestes métaphoriques qui aident l’orateur à expliquer. Ce sont des gestes qui doublent la parole. En fait le geste est une métaphore du mot. »

Communication non verbale

Maintenant, pour ce qui est de la communication non verbale, notamment la gestuelle du corps. « Il a donné l’impression d’une maîtrise et de sérénité », précise notre interlocuteur.

Mais, il y a eu un moment de fragilité. C’est lorsque l’interview s’est orientée sur la société environnementale dont le chef du gouvernement possède 20%. Laquelle est sous contrat avec l’État tunisien. Kerim Bouzouita relève que cette question a gêné le chef du gouvernement. Tout en poursuivant: « Nous avons eu l’impression d’un stress remarquable au niveau de la voix qui est partie dans les registres aigus. Alors qu’il aurait été facile d’éluder cette question selon l’article 45-2018 qui n’interdit pas la contractualisation d’une entreprise possédée en partie ou totalement par un élu ou un responsable; du moment que celui-ci ne dirige pas cette entreprise. »

Et de poursuivre: « La question est légalement claire, mais problématique éthiquement. Puisqu’il peut y avoir un confit d’intérêt qui peut exister tout de même. Cela dit, il aurait été plus éthique que les sociétés appartenant aux élus, aux responsables politiques évitent tout contrat avec l’Etat. Et ce, même si la loi n’est pas assez claire, car il n’y a pas de spécification. Autrement dit, le vide juridique crée cette ambiguïté. D’où l’importance de la résoudre. Après, même sans loi, cette société possède un avantage concurrentiel, même symbolique, indéniable et à mon sens. Il faut lever toute ambiguïté et casser le contrat avec l’Etat. »

Et d’ajouter: « Surtout que l’objectif est clair. A savoir envoyer un message fort aux Tunisiens de la probité et l’intégrité de ses responsables. »

Par ailleurs, « même si le chef du gouvernement a identifié les problèmes. Il n’en a pas pour autant trouver les solutions ». On se demande alors ce qui manque à cette interview, poursuit-il.

« Toutes les solutions ne seront que des solutions de pompiers »

A cette interrogation, Kerim Bouzouita répond: « Je dirais que ce qui manque à toute cette classe politique mondiale, c’est d’avoir une vision à long terme, un projet politique, une méthodologie gouvernementale. Parce que toute la classe politique mondiale recycle les idéologies et les projets du 20ème siècle. Et elle ne trouve pas de solutions du 21ème siècle. »

Au final, notre analyste en communication conclut: « Toutes les idéologies du 20ème siècle, ont quelque chose en commun. Et ce, qu’elles soient d’extrême droite ou d’extrême gauche. Elles sont toutes issues d’une même idéologie. A savoir le matérialisme,  l’appropriation et l’exploitation. Il faut rappeler que l’être humain qui exploite les ressources naturelles, ou le faible, n’a aucune limite.  Ce qui prouve encore plus que toute cette philosophie pose problème. Et tant que nous sommes prisonniers de cette idéologie, toutes les solutions ne seront que des solutions de pompiers. »

 

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