L’industrie militaire, un enjeu capital

industrie militaire

L’industrie mondiale de défense a connu de profondes mutations depuis la fin de la guerre froide. Passant d’une production très majoritairement sous contrôle étatique à une production en partie privée, soumise aux impératifs de rentabilité financière.

Actuellement, certains pays arabes comme l’Algérie, le Maroc, l’Égypte ou encore l’Arabie Saoudite, se sont lancés dans l’industrie de défense.

En effet, les enjeux de cette industrie sont multiples: une réduction des dépenses militaires; avoir une autonomie nationale; permettre la création d’emplois directs et indirects; et au mieux l’exportation du savoir-faire.

Car, l’industrie de défense présente une multitude d’intersections entre différentes activités industrielles.

Ainsi, elle fait appel à plusieurs spécialités: de l’électronique à la mécanique, en passant par l’ingénierie de tous genres; sans compter l’informatique.

De ce fait, elle requière une combinaison synchronisée de technologies militaires et d’investissements lourds en capitaux. Mais aussi une infrastructure industrielle et une main-d’œuvre qualifiée.

La Tunisie doit délaisser le matériel de haute intensité…

Dans ce contexte, la Tunisie a pris du retard dans l’industrie militaire par rapport à ses voisins d’Algérie et du Maroc. Ce qui peut se comprendre, faute de moyens équivalents.

Alors, peut-être, serait-il préférable dans un premier temps de nous délaisser du matériel dit « de haute intensité ». Lequel vise à renforcer nos capacités de guerre asymétrique dans le désert ou sur nos frontières.

Dernièrement, en matière d’aviation, le choix se portait sur quelques avions d’attaque légers Wolverine AT-6C avec du matériel de soutien. Le tout pour un montant de 663 millions de dinars.

Effectivement, il est moins onéreux qu’un avion de chasse à l’achat comme à l’entretien. Cet aéronef est idéal pour déceler les déplacements suspects dans le désert. Et sa capacité d’emport d’armement en fait un adversaire redoutable face aux différentes menaces.

… au profit des drones

Cependant, les drones constituent maintenant l’avenir de la suprématie aérienne. Les drones ont acquis de l’importance sur le plan militaire, au cours des dernières années. Pour se placer en tête des systèmes, qu’ils soient d’attaque ou de surveillance.

Déjà, de nombreux analystes y voient un symbole d’une transformation dans la conduite de la guerre. Aussi important que la révolution due à l’invention de la poudre. (Depuis quelques années les USA utilisent beaucoup plus les drones que les avions conventionnels; le ratio est de 3/1).

D’ailleurs, depuis une dizaine d’années, le secteur des drones est en pleine expansion. Et la tendance n’est pas au ralentissement. A cet égard, ce secteur devrait être le plus dynamique de l’aéronautique militaire. Près de quarante-cinq Etats, répartis sur l’ensemble des continents, possèdent aujourd’hui des drones.

A l’échelle européenne, plusieurs Etats comme le Royaume-Uni et l’Italie comptent même dans leurs inventaires des systèmes armés (Reaper).

A l’échelle mondiale, un rapide inventaire montre que de nombreux Etats tels que la Russie, la Turquie, la Chine, l’Inde; mais encore l’Argentine, l’Afrique du Sud ou le Pakistan développent leurs propres programmes. En août 2010, l’Iran avait d’ailleurs joué l’intimidation en exposant fièrement son propre drone bombardier.

Une analyse exhaustive devrait enfin relever l’intérêt que portent aux drones certains acteurs non étatiques. Le Hezbollah n’avait-il pas utilisé des drones iraniens durant l’été 2006?

Alors, pourquoi le ministère de la Défense Nationale n’établirait-il pas comme priorité opérationnelle le développement des capacités de surveillance persistantes, de suivi et d’engagement rapide? C’est-à-dire un drone polyvalent de fabrication tunisienne.

Toutefois, au vu du contexte régional et international, l’urgence stratégique opérationnelle pousserait à préférer une approche pragmatique. A savoir l’achat du matériel disponible sur le marché.

Une révolution dans l’aéronautique

Ainsi, le ministère de la Défense a acheté récemment six drones d’attaque de type Anka-S de la société TAI (Turkish Aerospace Industries). Ces drones apparaissent comme de véritables multiplicateurs de force. Et ils représentent une importante évolution dans la conduite de la protection de nos frontières.

Grace à cet achat, notre capacité de réaction sera plus rapide. De même, nous aurons amélioré la connaissance situationnelle en temps réel. Nous aurons une dissuasion tactique permanente.
Les drones armés pourraient épouser une logique de dissuasion tactique inscrite dans le temps. Autrement dit, une dissuasion par interdiction permanente.

Comme pour la dissuasion nucléaire, ces drones sont porteurs de changements.

En effet, il y aurait encore beaucoup à dire sur les drones et la manière dont ils sont susceptibles de faire évoluer la guerre. Cependant, il apparaît d’ores et déjà que ces systèmes d’armes constituent une révolution dans le domaine de l’aéronautique et ont largement contribué à faire évoluer le combat aéroterrestre.

La Tunisie doit construire son histoire industrielle dans l’armement

La Tunisie n’a pas d’histoire industrielle dans l’armement, mais son potentiel scientifique et technique est fort. Nous pourrions développer des armes au contenu technologique purement tunisien.

D’abord, l’achat de licences auprès de fabricants étrangers constitue une solution pour commencer. Car, l’acquisition d’un savoir-faire technique et la formation d’un personnel qualifié constituent deux voies. Elles permettent à l’économie nationale d’étendre et de moderniser son potentiel scientifique et technique.

Toutefois, il ne faudrait pas qu’une dépendance technologique s’installe. Un « effet de glue » du secteur industriel de la défense vis-à-vis des firmes qui leur ont cédé des licences. Puisque les transferts comportent le plus souvent des technologies banalisées (non les plus sophistiquées).

Par conséquent, l’objectif de cet article est de bousculer les choses au niveau politique. Et de laisser le Ministère de la Défense se lancer dans l’industrie militaire. Quitte à faire un nouveau ministère spécialement dédié a la fabrication d’armes.

La stratégie de défense est liée à la stratégie nationale de développement et l’approche se veut globale. L’industrie de l’armement peut créer beaucoup de dynamique dans le domaine économique, social et industriel. Le secteur industriel privé combiné au public (PPP) pourrait vraiment être un élément fondamental dans le décollage de cette industrie.

Il y a beaucoup de choses qui permettent à la Tunisie de se lancer dans ce projet colossal. Mais pour cela, il faudrait faire une étude globale qui concerne tous les corps et leurs besoins (Bénéfices/Coûts/Risques).

Au final, l’industrie de défense répond donc à un besoin stratégique à moyen et long terme. Et nous avons tous les atouts pour réussir le projet. Il faut juste une ambition politique.

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