Accident routier d’Aïn Senoussi : et si on parlait coût économique ?

accident Aïn Snoussi

La dimension économique est à prendre en compte lorsqu’on étudie les accidents de la route. Une étude réalisée, en 2016, par un universitaire tunisien (Hassen Taleb), membre de l’Association Tunisienne de la Prévention Routière (APTR) montrait que si les accidents de la circulation diminuaient de moitié, cela pouvait faire gagner au pays jusqu’à 1,5% de croissance.

Ce sont les questions simples qui poussent souvent aux grandes réflexions. En voici une: pensez-vous qu’un investisseur, qu’il soit Tunisien ou étranger, peut souhaiter venir créer un projet dans la zone d’Amdoun (gouvernorat de Béjà) ou dans ses alentours? Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il réfléchira par deux fois surtout après l’accident survenu dimanche 1er décembre.

Mauvaise gouvernance

Ne cachons pas la vérité: l’accident survenu à Aïn Senoussi n’est pas là pour valoriser la zone. L’accident à Aïn Snoussi, qui a fait 27 morts et plusieurs blessés, n’est-il pas là pour montrer qu’il y a, quelque part, une mauvaise gouvernance?

L’état de la route, l’état du bus et sa maintenance, l’usage de pneus venus du commerce parallèle, l’organisation des excursions, le contrôle routier et bien d’autres facteurs– un phénomène est par essence total- se conjuguent pour donner la preuve qu’il y a– et au-delà de ce qui s’est passé le 1er décembre 2019- une mauvaise prise en charge des accidents de la route dans notre pays.

Cela fait des mois que la société civile attire l’attention sur ce phénomène dont du reste les pouvoirs publics sont conscients. Mais sans vraiment agir. Les promesses d’un lendemain meilleur sont souvent faites. Sans suivi évident et surtout actions d’importance sur le terrain.

Restons sur le terrain des chiffres pour présenter une réalité bien grave. Le nombre de morts sur la route a été de 1250 personnes en 2018. Avec un taux de gravité somme toute important: 2 à 4 victimes par accident.

Encore: 50% des victimes sont des personnes « fragiles », jeunes, piétons, enfants,… Le coût des accidents, même si leur nombre a baissé ces dernières années, reste élevé: 660 millions de dinars en 2018.

Ajoutons qu’une étude réalisée, en 2016, par un universitaire tunisien (Hassen Taleb), membre de l’Association Tunisienne de la Prévention Routière (APTR) montrait que si les accidents de la circulation diminuait de moitié, cela pouvait faire gagner au pays jusqu’à 1,5% de croissance.

Où est la bonne gouvernance?

Quoi de plus édifiant. Et pourtant notre pays et ses dirigeants, qui se gargarisent de slogan comme la bonne gouvernance, inscrite du reste dans la démarche gouvernementale par une circulaire de mars 2012– cela fait un bail- ne semble pas avoir agi, du moins efficacement, sur ce terrain.

Une bonne gouvernance qui doit inciter les pouvoirs publics à prévoir qu’un organisme puisse unifier les efforts des différents acteurs (publics et privés) intervenant dans le champ de la prévention routière pour mettre en place notamment une stratégie nationale.

Il est à remarquer, à ce niveau, qu’il soit étonnant que bien souvent les uns et les autres ne bougent que lorsque le désastre arrive. Cela est-il du reste inscrit dans l’ADN tunisien? Faut-il insister sur le fait que cela s’est vu lorsqu’il y a eu la mort des nourrissons (mars 2019) ou encore le décès des ouvrières agricoles (avril 2019)?

Le phénomène en dit long sur une approche managériale– peut-on l’appeler ainsi- qui dit que peut-être même les élites souffrent des maux de la personnalité de base des Tunisiens (voir, à ce propos, l’œuvre de l’universitaire Moncef Ouanès, « La personnalité tunisienne, essai en vue d’appréhender la personnalité arabe », Tunis : Mediterranean Publisher, 2011).

C’est une des plus grandes têtes pensantes de l’humanité, Albert Einstein, qui disait, à juste titre, que « la folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent ».

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