Tunisie : vers une économie circulaire dans l’industrie textile habillement

économie circulaire textile & habillement L'Economiste Maghrébin
(photo : Étudier la mode)

Un séminaire s’est tenu fin novembre 2019 à Tunis pour présenter l’approche de l’économie circulaire. Il s’inscrivait dans le cadre de la coopération entre la Tunisie et l’UE, dans le domaine du développement industriel durable. Des représentants des ministères de l’Industrie et des PMEs et de l’Environnement, de la Fédération Nationale du Textile, du Cettex, de l’ONUDI, de l’UE, des industriels en plus d’experts internationaux ont participé à ce séminaire.

Le séminaire a été aussi l’occasion pour annoncer le lancement du projet Med Test III. Il s’agit d’un projet financé par l’UE et il sera mis en œuvre par l’ONUDI. En effet, l’économie circulaire sera développée dans l’industrie textile tunisienne. L’objectif étant de produire des biens et services tout en limitant fortement la consommation. Sont visés également le gaspillage des matières premières, de l’eau et des sources d’énergies non renouvelables.

Un projet unique

Ce projet s’étalera sur la période 2020-2022. C’est un projet unique en son genre en Tunisie. Il va permettre d’appliquer l’approche de l’économie circulaire au niveau de tous les maillons de la chaîne de valeur du secteur textile. Ceci permettrait de réduire le gaspillage des ressources et de limiter la production de déchets industriels à travers leur réutilisation. Par conséquent, il permettrait d’améliorer la compétitivité des entreprises. Le projet permettrait aussi de favoriser une production textile durable, plus propre et efficace en ressources.

Le choix du secteur textile est justifié d’abord, par son importance dans le tissu industriel tunisien. Ce secteur occupe la première place en termes d’emploi et de nombre d’entreprises. Mais aussi vu son impact négatif sur l’environnement.

D’ailleurs, le système actuel de production, de distribution et d’usage est presque entièrement linéaire. Des externalités négatives environnementales et sociales apparaissent à toutes les étapes de la chaîne de valeur.

En effet, cet état de fait suscite ainsi des interrogations quant à la viabilité de ce processus d’économie linéaire (produire, consommer, jeter), dont les coûts dépassent, à présent, les bénéfices.

Une alternative viable et crédible

L’économie circulaire constitue une alternative viable et crédible. Et ce, dès lors que la valeur des produits, des matières et des ressources est maintenue dans l’économie aussi longtemps que possible et la production des déchets est réduite au minimum.

La production de vêtements sollicite différentes ressources, à commencer par l’eau pour la culture du coton et les processus de teinture. Entre 7 000 et 11 000 litres d’eau sont nécessaires à la fabrication d’un jean. D’autre part, le secteur textile est fortement dépendant des énergies fossiles, puisque les fibres synthétiques (polyester, polyamide…voir encadré sur les fibres textiles) sont issues du pétrole. Le polyester représente aujourd’hui 60% des fibres actuellement utilisées et son usage devrait doubler d’ici à 2030.

L’industrie textile génère également diverses pollutions lors de la production des fibres (usage de pesticides et fertilisants pour le coton qui représente 26 % des fibres utilisées) pendant la production (eaux de teinture chargées de produits toxiques) et pendant l’usage (microfibres plastiques).

À chaque lavage, des milliers de microfibres plastiques provenant des fibres synthétiques (vierges ou recyclées) se libèrent sans pouvoir être filtrées par les systèmes d’épuration. Elles finissent dans la mer méditerranéenne. Les microfibres sont ingérées par de multiples espèces sous-marines pouvant se retrouver elles-mêmes dans notre chaîne alimentaire. Elles mettront des décennies à se dégrader et peuvent contenir des produits chimiques toxiques.

Relever le défi environnemental

La production et le transport des textiles génèrent une grande quantité de gaz à effet de serre. La chaîne de valeur est longue pour produire un vêtement. Chaque étape peut avoir lieu dans un pays différent. Un jean peut parcourir jusqu’à 1,5 fois le tour du monde, du champ de coton à la boutique. Il semble que la phase d’usage ait le plus fort impact carbone (lavage et séchage en machine) tandis que la production serait responsable d’environ un quart des émissions de CO2.

Ainsi, et en vue de développer l’approche de l’économie circulaire dans l’industrie textile, il y a une nécessité d’y inclure la responsabilité environnementale et sociétale. Ce n’est plus un choix, mais plutôt une contrainte-business. Aujourd’hui, un consommateur sur six se fixe comme critère d’achat la responsabilité sociétale et environnementale du processus de fabrication.

Enfin, il est important de noter que l’économie circulaire vise à découpler la création de valeur de notre impact sur l’environnement. Elle implique la mise en place de nouveaux modes de conception, de production et de consommation plus sobres et efficaces. Elle invite également à considérer les déchets comme des ressources.

L’économie circulaire propose plusieurs solutions. Elle permet à l’industrie de la mode de relever le défi environnemental sans renier ce qui fait sa spécificité : la créativité, le design et le bien-être des usagers.

Par: Moujehed Boughdiri, Directeur des Zones industrielles (Ministère de l’Industrie et des PMEs)

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