Khadija Moalla : “L’irresponsabilité des acteurs politiques sera jugée à l’aune de leur échec”

Khadija Moalla L'Economiste Maghrébin
Khadija Moalla

Le paysage politique semble flou. Que penser des acteurs politiques qui se focalisent sur les prochaines élections? Khadija Moalla consultante internationale senior en leadership, droits humains & droits des femmes, gouvernance et objectifs du développement durable livre son point de vue sur la question. 

leconomistemaghrebin.com: – Aujourd’hui, un grand nombre d’acteurs politiques se focalise sur la présidentielle 2019, comment l’expliquer?

Khadija Moalla: En Tunisie, la politique est alléchante et attirante. On y gagne beaucoup et personne ne vous oblige à donner quelque chose en retour. Dans le cadre des campagnes pour les élections, toutes les promesses sont faites sans obligations morales ni juridiques de résultat. L’impunité totale est garantie à tous les contrevenants. D’où cet attrait pour plus de 300 acteurs entre partis politiques, mouvements et autre initiative citoyenne de tenter leur chance aux prochaines élections.

Malheureusement, les acteurs politiques ne comprennent pas que pouvoir rime avec responsabilité. Donc, au lieu que le pouvoir fasse peur à cause de la très lourde responsabilité qu’il implique, tout le monde est fasciné par ce pouvoir qui semble n’avoir que des avantages. Leur irresponsabilité sera jugée à la mesure de leur échec à pouvoir gouverner la Tunisie, assurer la paix, la sécurité et la prospérité.

– Pensez-vous que l’élite tunisienne manque de maturité, à force de soutenir X contre Y et vice versa?

L’élite tunisienne n’a pas l’expérience de la démocratie. C’est pour cette raison qu’elle apparaît comme immature dans ses choix. De plus, les politiciens et les gouvernants que nous avons eus, à quelques exceptions près, ne sont pas à la hauteur de leur mission et cela n’a pas facilité le rôle de l’élite ni celle du peuple. Ces politiciens considèrent le pouvoir comme une opportunité et non comme une responsabilité. L’impunité généralisée encore une fois a encouragé cette immaturité.

– Croyez-vous au régime semi-parlementaire? Avons-nous l’impression que quelque chose a changé ?

Je suis pour une division claire et nette entre les pouvoirs du Président et ceux du Parlement, assumant chacun les responsabilités constitutionnelles qui leur incombent. Or ce que nous avons est un système hybride, défiguré par l’influence et l’infiltration de l’islam politique dans tous les rouages du pouvoir, avec la complicité de presque tous les acteurs politiques. Tout le monde flirte avec les fondamentalistes en cachette et essaye de tromper le peuple, en voulant montrer le contraire. Pour garantir sa position et jouir de ses privilèges, tout le monde montre patte blanche à ceux qui ont utilisé la religion comme fonds de commerce et ont trompé les Tunisiens (nes) en prétendant que «l’Islam est la solution». Heureusement, notre peuple s’est réveillé et n’est plus dupe de cette mascarade de gouvernance, cette parodie de justice et ce hold up  de la religion et prise d’otage d’un peuple sans défense.

– Comment rétablir la confiance, combien de temps faudra-t-il pour que cette mentalité change?

Nous vivons une profonde crise de confiance et notre peuple ne fera plus jamais confiance à tous ceux qui l’ont trompé. Par conséquent, une stratégie qui vise à rétablir la confiance s’impose pour les nouveaux gouvernants s’ils veulent réussir à sortir la Tunisie de sa crise! Rétablir la confiance peut être un processus rapide, si les nouveaux leaders possèdent de l’intelligence émotionnelle. De même s’ils sont capables d’implémenter des actions catalytiques à même de rétablir cette confiance. Nous sommes un peuple résilient, fondamentalement bon et prêt à accorder le bénéfice du doute aux nouveaux leaders. Ceci étant, s’ils sont capables de prouver qu’ils sont patriotes, incorruptibles et prêts à tout sacrifier pour servir notre peuple et sauver notre pays.

– Que faut-il faire pour éveiller les consciences?

Quand un fruit est pourri, le bon sens nous impose de ne pas le remettre dans le panier… Or des fruits pourris, nous en avons récoltés au fil des années en Tunisie.

Les Tunisiennes et le Tunisiens ne sont pas dupes et ont conscience de ceux qui ont profité du pouvoir pour s’enrichir et voler leurs ressources. Ils veulent que la situation change car elle n’est plus viable. Ce dont ils ont besoin aujourd’hui c’est de vrais leaders aux mains propres qui ont une vision claire pour le futur, un engagement indéfectible à sauver le pays et un amour inconditionnel pour servir le peuple. De grâce, que celles et ceux qui ne répondent pas à ces critères s’écartent et leur laisse le chemin, car il y a péril en la demeure et le temps n’est plus aux amateurs.

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