Crise politique : Béji Caïd Essebsi actionnera-t-il l’article 99 ?

Béji Caïd Essebsi L'Economiste Maghrébin

Le chef de l’Etat Béji Caïd Essebsi va-t-il activer l’article 99 pour pousser le chef du gouvernement à démissionner ou aller chercher la confiance du parlement. En usant la force de la loi ? Rien n’est impossible.

Mais que dira le président Béji Caïd Essebsi aujourd’hui, 24 septembre 2018, sur la chaîne privée « Al Hiwar Ettounsi »? Tout le monde se perd évidemment en conjectures sur les décisions et autres propositions et avis que formulera le chef de l’Etat maintenant que les crises politique et économique ont atteint des proportions inquiétantes.

Avec l’annonce notamment par la centrale syndicale de deux grèves générales d’un coup, les démissions et défections au sein de Nidaa Tounes – qui a toujours constitué un contre-pouvoir aux islamistes d’Ennahdah- la constitution d’une coalition parlementaire appuyant le chef du gouvernement et les mauvais résultats de l’économie tunisienne qui ne cessent d’enfoncer le pays dans un quasi-chaos.

Accentuer l’instabilité politique déjà installée

On prête au président de la République, à tort ou à raison, d’user de l’article 99. Une démarche considérée comme étant à double tranchant dans la mesure où, dans le cas où le parlement accorderait la confiance au chef du gouvernement, il sera obligé de démissionner et d’accentuer peut-être une instabilité politique déjà installée.

Des perspectives que Béji Caïd Essebsi a certainement en tête. Peut-il penser cependant que l’initiative de l’article 99 peut être malgré tout engagée et gagnée? Que le jeu, comme on dit, en vaut bien la chandelle.

Car, même si beaucoup peuvent penser qu’il s’agit là d’une bataille qui n’est pas gagnée d’avance, il pourrait l’engager, estimant qu’il n’y a pas peut-être d’autre choix.

Vieux routier de la politique, il mesure sans doute beaucoup plus que d’autres les conséquences de ses faits et gestes. Et il peut compter, à ce niveau, sur la maturité et même les calculs, voire les desseins, que peuvent nourrir ceux qui pourraient vouloir contredire ses volontés.

Aussi bien Ennhadah (69 députés) que la Coalition parlementaire (quelque 50 députés), et qui pourraient  permettre à Youssef Chahed de disposer d’une majorité à l’ARP de quelque 119 voix, ne peuvent ne pas mesurer également les conséquences de leur vote en faveur du chef du gouvernement.

Retarder davantage les réformes

Dans la mesure où ils pourraient être tenus responsables de cette instabilité et d’engager le pays dans une présidentielle qui ferait que retarder la mise en place des réformes et à laquelle ils n’ont pas été – surtout- encore préparés.

Sans oublier que personne ne peut connaître l’évolution des événements. Youssef Chahed n’ayant pas que des amis, il pourrait être, après le vote en sa faveur, contrarié par des manœuvres et des mouvements. Youssef Chahed pourrait subir les pires pressions, notamment pour ne pas rester à son poste ou ne pas se présenter à la présidentielle.

Le mouvement Ennahdah, que l’on dit être son allié au nom de la stabilité, changera-t-il d’avis sur la non-candidature du chef du gouvernement aux législatives et à la présidentielle?

Quid, par ailleurs, de l’UGTT qui ne changera pas vraisemblablement d’attitude face au gouvernement de Youssef  Chahed, même dans le cas où ce dernier sortirait vainqueur de l’initiative qu’engagerait contre lui le chef de l’Etat par la voie de l’article 99 de la Constitution (nous sommes toujours au stade des suppositions)?

Et qui dit que Youssef Chahed pourrait gagner la présidentielle que l’on dit qu’il souhaite briguer?

On sait que dans la vie, a fortiori en politique, tout ne se déroule pas exactement comme on l’a prévu. Beaucoup l’ont appris à leurs dépens. On dit souvent que comparaison n’est pas raison. Mais on se souvient d’un Premier ministre français, alors en fonction, et au faîte de sa popularité, Edouard Balladur, que tout le monde voyait, en 1995, gagner la présidentielle. Il n’en fut rien.

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