Quelle modernisation de l’Etat ?

L'Etat L'Economiste Maghrébin

La crise de l’Etat en Tunisie n’est pas qu’une affaire de déficit public. Elle concerne fondamentalement l’action publique : son sens comme ses modalités.

Ainsi, le pays est toujours en quête d’un modèle de développement socio-économique. Mais aussi d’un modèle pour l’action publique. Une quête qui s’inscrit à un moment de l’histoire marqué par la transposition généralisée des méthodes managériales du secteur privé dans la sphère publique.

Les figures classiques de l’Etat

En effet, l’intérêt de l’Etat s’est progressivement confondu avec un intérêt général qui fonde la spécificité et la légitimité de l’action publique.

Du reste, dans l’imaginaire collectif, cette notion se réfère à l’ensemble de l’activité de l’Etat prestataire de services. Cette notion suppose le respect de certains principes, qui signent sa spécificité par rapport aux finalités du secteur privé.

Or, la crise socio-économique et la vague néolibérale ont affecté cette spécificité. La promotion du marché et de la logique d’efficacité induite par l’application des doctrines managériales réduisent la sphère des activités publiques.

Et entre retrait et reconfiguration de l’action étatique, la plupart des pays industrialisés et des pays émergents ont mis en œuvre des réformes de l’Etat. Ces réformes touchent au périmètre, au contenu et aux modalités/moyens d’exercice des fonctions de la puissance publique étatique.

De plus en plus, le rôle de la puissance publique et le périmètre de son action font l’objet d’une appréciation critique. La taille du secteur public, son organisation, son coût et le statut de la fonction publique sont au centre de débats alimentant une série de projets de réforme.

Eux aussi issus du modèle du marché et du secteur privé, les discours sur le « trop/mieux d’Etat » ont progressivement insufflé une conception a minima de l’Etat. C’est ainsi qu’en Tunisie, une nouvelle vague de privatisations est pressentie, sans être confirmée…

L’Etat start-up

La légitimité même de l’action étatique est appréhendée à l’aune de la productivité. De la « performance » et des résultats. La traditionnelle culture du service public est absorbée dans un(e) cult(ur)e de la performance. Conforme au modèle de « l’Etat (en mode) start-up » fondé sur le culte de l’efficacité. Et de la performance de l’action publique.

Il est vrai que la plupart des pays industrialisés ont mis en œuvre, dès les années 90, des restructurations adoptées au nom de la “réforme de l’Etat”. Ces restructurations sont inspirées par la doctrine du New public management. Et des théories du public choice elles-mêmes issues des pratiques du secteur privé.

L’action étatique ne serait plus légitime en soi : la gestion publique devrait s’apprécier au regard de la « performance » et des résultats de son action.

Cette conception de l’efficacité, issue d’une rationalité de type managériale, est devenue le principe axiologique appelé à guider une action publique constitutive d’une « bonne gouvernance » (J. Chevallier).

Le pragmatisme et le rationalisme affichés ne sauraient ici masquer une posture idéologique. Marquée par une désétatisation de l’intérêt général : négation de la distinction d’essence entre l’entreprise privée et les organisations publiques. Croyance dans la culture de l’efficacité (par rapport aux objectifs/résultats fixés). Et surtout des usagers-citoyens érigés en clients-consommateurs d’une « start-up nation » gouvernée par la technologie …

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