Fuite des cerveaux : coût de remplacement et manque à gagner

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Partout autour de vous, de jeunes diplômés sont à la recherche d’un nouvel Eldorado. Dans quelle mesure partir offrira des opportunités de carrière à ces jeunes ? « La fuite des cerveaux : coût de remplacement et manque à gagner ». Tel est l’un des thèmes abordés lors de la 6 ème édition du forum de Tunis, qui s’est tenu le 19 septembre à la Maison de l’entreprise.

Ce panel s’est penché sur la question épineuse de la fuite des cerveaux, qui n’est pas spécifique à la Tunisie. Car unanimement les intervenants présents ont reconnu que le phénomène est mondial. En effet, certains pays sont victimes de cette migration des talents qui est une source de gain pour d’autres pays.

Fuite des cerveaux : l’incertitude de demain

En clair, l’incertitude du lendemain et le climat socio-politique tendu sont tous autant de facteurs laissant le terrain favorable à une justification de départ des jeunes diplômés.

Présent lors du panel, Taher Ben Lakhdhar, président de l’Ecole supérieure d’ingénierie et de technologie (ESPRIT), a rappelé que ce ne sont pas les conditions sociales et financières qui incitent les jeunes à partir, mais un besoin de découverte pour d’autres cultures, soit la recherche d’une auto-formation et d’opportunités de carrière. Il précise : « La Tunisie n’est pas le Liban pour qui sa jeunesse est partie. La Tunisie  reste un pays où il fait bon de vivre, mais il va falloir se pencher sur la question comment les faire revenir».

Pour certains des présents, l’explication est toute autre. Souhail Oueslati, directeur administratif d’Esprit a soulevé l’absence de visibilité. Selon lui, les jeunes d’aujourd’hui ne trouvent plus de repères notamment dans leur quotidien. Autrement dit, ils ne voient plus le bout du tunnel. Mais la question reste à savoir si cela est lié à une situation économique fragile? A cette question, M. Oueslati a répondu par l’affirmatif. Il souligne qu’ en effet, le tissu économique n’offre pas davantage d’opportunités pour s’épanouir personnellement et professionnellement.

Selon les chiffres présentés par les représentants d’Esprit, plus de 70% des diplômés d’Esprit partent à l’étranger. Ce phénomène est en train de s’amplifier.  Citant un cas concret d’un jeune diplômé à qui on a proposé un salaire de 1500 dinars en Tunisie, il a refusé, préférant partir à Paris pour un salaire de 2000 euros. Comment expliquer ces choix ? « Tant qu’il n’y a pas un effort politique sérieux pour améliorer les conditions de vie des Tunisiens, les gens préféreront partir ».

Quelles sont les solutions?

Selon Mokhtar Kouki, universitaire et expert à l’IACE une migration de talent est à encourager à condition qu’elle soit de courte durée. Il souligne: « J’encourage les jeunes à découvrir de nouveaux métiers, de nouvelles opportunités, mais, le plus important, c’est de les faire revenir ».

Il serait donc important de soulever certaines interrogations : quand ils partent, que doit-on faire pour qu’ils reviennent ?

C’est dans ce contexte que Mohamed Ammari, responsable de logiciel de l’offshore met l’accent sur ce point. Il souligne que si la situation en Tunisie s’améliore, si l’Etat fait un effort de retenir ses diplômés en offrant un climat favorable où il fait bon vivre, la situation sera autre. Du coup, il n’y aurait pas de raison pour partir.

En conclusion, les intervenants se sont mis d’accord sur un point essentiel, améliorer les conditions de vie des citoyens. Tout comme ils sont pour une migration de cerveaux à condition que cela se transforme en une opportunité aux jeunes diplômés, aux ingénieurs d’acquérir de nouvelles compétences. A condition aussi que cela se termine par un retour au pays car ce sont ces compétences tunisiennes qui pourront rendre la Tunisie meilleure.

Durant les six dernières années en Tunisie près de 95 000 compétences de haute valeur  ont quitté le pays à la recherche de meilleures opportunités.

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