Ahlem Hachicha Chaker : « Nous avons échoué à établir une démocratie pérenne »

Ahlem Hachicha Chaker L'Economiste Maghrébin

Comment peut-on analyser le paysage politique actuel ? Mais plus encore quand l’émotion domine sur l’objectivité et l’analyse fine. Il y a péril en la demeure. Or l’un des plus grands drames de la politique en Tunisie est que chacun se contente de regarder de sa fenêtre. Et les critères d’analyse et de décision sont personnels. Ce qui prouve une fois de plus l’immaturité de la scène politique. 

Ahlem Hachicha Chaker, directrice exécutive de l’Institut des Politiques Publiques de Machrou3 Tounes a souligné: « Nous pensons tous être individuellement un élément incontournable, croyant que l’offre politique doit s’adapter à nos personnes, se posant comme référence et norme. Nous lions nos prises de position aux affinités personnelles, rarement à des arguments, à des débats d’idées. »

Le problème que soulève Mme Hachicha Chaker c’est que la tendance actuelle est plus dirigée pour ou contre des personnes plutôt que pour des projets ou des propositions. Elle précise en effet: « Nous voulons que l’offre politique soit pour ou contre nous. Or la politique est un parcours, une construction. Elle se fait avec des idées, des visions et des choix. Elle se fait par les individus, mais pour la collectivité. » 

La question est de savoir quels choix aujourd’hui serviront la Tunisie de demain? Quelles structures auront un impact dans huit à 10 ans? Quelle vision construira un pays fort, libre et juste? A cette question, elle a répondu qu’aucun de ces éléments n’est utile s’il est établi autour d’une personne, ou pour une personne. Elle poursuit: « Si vous cherchez un super héro, vous n’êtes pas dans le bon scénario. Si vous voulez que la politique s’adapte à votre personne, vous n’êtes pas dans la bonne optique. » 

« Nous devons être plus modestes, cesser de nous prendre pour le centre du monde »

Selon Mme Hachicha Chaker, l’une des leçons à tirer est celle de l’humilité et de l’abnégation. Elle précise: » Nous devons être plus modestes, cesser de nous prendre pour le centre du monde, le centre des enjeux. Nous comptons en tant que citoyens, collectivement. En tant qu’individu, notre souci devrait être de contribuer au mieux être du pays, de nos concitoyens, des générations à venir. Les analyses politiques qui se basent sur « Je n’aime pas untel… », ou « Untel est héro », n’ont aucune valeur ni utilité. »

L’heure de vérité a sonné.  Les politiques d’aujourd’hui ont une double responsabilité: résoudre les problèmes actuels et préparer l’avenir. « L’avenir c’est une meilleure situation économique, de meilleurs services publics, une culture plus riche, mais surtout un avenir politique« , a-t-elle souligné.

Elle conclut: « Sur les générations passées, cela a été notre erreur. Nous avons mis en place des services publics, des infrastructures publiques, un état moderne. Nous avons échoué à mettre en place un avenir politique, à établir une démocratie pérenne, à assurer la suite. L’avenir politique c’est un nouveau leadership, de nouvelles méthodes, de nouveaux enjeux, une nouvelle conscience. » 

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