L’empire et la stratégie d’étouffement des Palestiniens

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Toujours prompte à multiplier le nombre de ses ennemis, l’administration Trump vient de désigner un autre qu’elle pointe du doigt, conspue et menace des foudres de l’empire : la Cour pénale internationale ( CPI ).

Pourquoi cette vénérable institution est-elle dans le collimateur de Trump et de son entourage à la Maison-Blanche ? Pour avoir décidé d’ouvrir une enquête sur les crimes de guerre commis par la soldatesque américaine en Afghanistan et la soldatesque israélienne contre la population palestinienne.

On peut comprendre qu’une telle enquête ne soit pas du goût des responsables de l’Exécutif américain et de leurs protégés israéliens. Mais bien que les gens qui s’agitent à la Maison-Blanche aient habitué le monde à leurs extravagances, ils démontrent chaque jour que Dieu fait qu’ils ont plus d’un tour dans leur sac pour nous étonner encore et encore.

Lundi 10 septembre, le conseiller trumpien à la sécurité nationale, John Bolton, a tenu une conférence de presse pour verser son fiel et cracher son venin sur la CPI. A l’en croire, celle-ci non seulement n’a pas le droit d’enquêter sur les crimes de guerre américains et israéliens, mais elle n’a même pas le droit d’exister puisque « son existence est illégitime ».

Plus extravagant encore, Bolton a décrété le plus sérieusement du monde des sanctions contre les juges de la CPI qui n’auront plus de visa d’entrée aux USA. S’ils ont des comptes bancaires dans ce pays, ils seront gelés tout comme le seront les fonds de la CPI qui passent par le système financier américain.

Avant les juges de la CPI, la même sanction futile, puérile et ridicule fut décidée à l’encontre des ministres turcs de l’Intérieur et de la Défense, sans parler des hauts responsables iraniens dont le pays est soumis depuis des années à des sanctions économiques étouffantes.

En s’en prenant de la sorte à des juges intègres qui n’ont de comptes à rendre qu’à leur conscience, on est en droit de se demander si John Bolton agit en homme d’Etat ou en chef de bande qui punit quiconque ne se soumet pas à ses ordres ?

La même question se pose à propos de l’Etat fédéral sous le règne chaotique de Trump. Est-on en présence d’un Etat avec les mêmes droits et obligations que les autres membres de la Communauté internationale ou en présence d’un Etat-paria qui, parce qu’il est plus fort que les autres, leur impose sa propre loi qui ressemble comme deux gouttes d’eau à la loi de la jungle ?

La déclaration de guerre annoncée par John Bolton au nom de l’empire contre la CPI s’inscrit dans la stratégie générale américaine de « règlement définitif » de la question palestinienne par étouffement. La CPI veut enquêter sur les crimes de guerre israéliens dans les territoires occupés ? Son existence est illégitime et elle doit disparaître.

Les Palestiniens refusent l’ « accord du siècle » consistant en gros à renoncer à tous leurs droits contre une amélioration de leurs conditions matérielles ? Ils osent dire non au diktat de l’empire et, insulte suprême, refusent de recevoir ses émissaires ? Ils affichent leur insolence en mettant un terme à leur participation à la mascarade des négociations israélo-palestiniennes qui dure depuis 1991 ? Alors non seulement ils méritent leurs dures conditions de vie, mais l’empire se charge de les aggraver encore.

Dans un premier temps, il y a eu une réduction de l’aide financière qu’accorde Washington aux Palestiniens en contrepartie de leur participation à la mascarade des négociations. Maintenant elle est annulée purement et simplement.

Dans un deuxième temps l’empire a eu recours au choc psychologique. Les Palestiniens s’obstinent à réclamer Jérusalem comme leur capitale ? Qu’à cela ne tienne. Non seulement l’Amérique décrète la Ville sainte « capitale éternelle » d’Israël, mais, joignant le geste à la parole, elle déménage son ambassade établie à Tel-Aviv depuis 1948 vers Jérusalem.

Les Palestiniens ne plient pas et continuent de tenir tête à l’empire et à son protégé israélien ? On va plus loin dans la cruauté et on s’en prend aux millions de réfugiés des camps de Gaza, du Liban et de Jordanie. L’UNRWA qui, depuis 70 ans, les prend en charge et leur assure un minimum de soins et d’éducation ne reçoit plus un sou de l’empire et est forcée de mettre la clef sous la porte.

Telle est la réponse de l’empire à la question palestinienne qu’il veut résoudre par l’étouffement et non par le respect de la loi et de la morale qui distinguent l’Homme de l’animal.

Des années difficiles attendent les Palestiniens. Leurs souffrances seront exacerbées par la politique fondamentalement immorale et criminelle de l’empire, mais ils résisteront. Ils sont passés par des crises plus terribles encore en 1948 et en 1967, et ils ont survécu, se sont multipliés et continuent de réclamer aujourd’hui et demain leurs droits bafoués par la force brutale israélienne et la politique insensée de l’empire.

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Publié le 13/09/2018 à 08:44

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