La tempête des marchés émergents concerne aussi la Tunisie

marchés émergents L'Economiste Maghrébin

La fin de la saison estivale a été marquée, du point de vue économique, par l’effondrement des monnaies des marchés émergents.

L’exemple le plus marquant pour les Tunisiens est la Livre turque qui a connu une vraie débâcle. Un effet domino a été observé menant à la chute du Rand Sud-Africain, du Peso argentin et du Réal brésilien. Bien évidemment, le facteur commun entre ces économies est leur dépendance vis-à-vis des investisseurs étrangers.

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Source : OANDA

Des challenges additionnels

Mais loin des raisons qui ont conduit à ce phénomène, la fragilisation des économies émergentes n’est pas une bonne nouvelle pour la Tunisie. Bien qu’ils soient des concurrents à nous, la dépréciation des monnaies de ces pays les rend plus compétitifs côté prix.

Le tourisme est la meilleure illustration avec l’attractivité des destinations de plusieurs villes de la rive sud de la Méditerranée.

De même, au niveau de l’industrie, le coût de la main d’œuvre tunisienne est plus que jamais cher. Il ne faut pas oublier que les salaires, les impôts et les charges sociales ne cessent d’augmenter. Si l’on ajoute la vétusté de nos infrastructures routières et portuaires et la nervosité qui marque les relations sociales, le site Tunisie risque d’être déclassé.

D’ailleurs, nous constatons aujourd’hui que notre marché continue à être inondé par les produits d’origine turque, chinoise et d’autres pays.

Historiquement, le coût de production dans ces pays est plus bas que le nôtre grâce aux économies d’échelle. Les doter aussi de faibles monnaies ne fait qu’affaiblir notre balance commerciale. La rationalité économique est claire : nous ne pouvons pas fabriquer un produit que nous pouvons importer à un prix plus faible, au détriment de la campagne « Consommons tunisien ». Et les conséquences ne s’arrêteraient pas là.

La Tunisie compte effectivement sortir sur les marchés internationaux au cours de ce mois. Le dernier rapport du FMI devrait faciliter la tâche. Néanmoins, avec la hausse des taux d’intérêt américains et l’hémorragie de capitaux étrangers dans les pays émergents, la dette libellée en devises de ces derniers s’est retrouvée sous une forte pression.

Pour la Tunisie, cela signifie un spread plus important et un coût plus élevé. Emettre des obligations sur le marché des eurobonds est donc un sujet délicat, ce qui explique l’hésitation de la Banque centrale.

Une opportunité pour repenser le modèle

Ces difficultés doivent accélérer les réflexions concernant le modèle économique que nous suivons. Le changer rapidement reste bien évidemment impossible, mais il faut un début.

Pour simplifier la situation actuelle, l’économie tunisienne est largement basée sur le régime Off-shore avec des entreprises attirées par une batterie d’avantages fiscaux. Mais avec l’émergence de la question de la classification de la Tunisie comme paradis fiscal et les pressions pour aligner les régimes Off-shore et On-shore, l’espérance de vie d’un tel modèle s’est réduite.

Pour cela, il faut impérativement repenser les avantages accordés aux investisseurs étrangers, en passant d’une logique purement fiscale à une autre plutôt économico-sociale.

En d’autres termes, les privilèges seront liés à la création d’emplois. Notre plus grand problème reste le chômage avec un taux supérieur à 15%. L’exécutif pourrait de la sorte doter le site Tunisie d’un vrai avantage comparatif par rapport aux autres pays.

In fine, la tendance sur le vieux continent est de taxer les entreprises qui délocalisent leurs activités dans des pays comme le nôtre, ce qui rend la politique actuelle obsolète.

Et dans tout cela, la question centrale est la suivante : est-ce que nous devons dévaluer le dinar pour améliorer notre compétitivité ? La réponse est non.

Il faut avoir un dinar à sa juste valeur, celle qui reflète les fondamentaux économiques de la Tunisie. Malheureusement, dans l’état actuel, cela signifie de nouvelles baisses pour notre monnaie nationale. Le bout du tunnel est vraiment loin.

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