Crise migratoire : fureur italienne et puérilité française

Crise migratoire L'Economiste Maghrébin

La campagne électorale pour le scrutin européen du printemps 2019 s’annonce chaude. Elle sera sans doute axée sur le thème principal qui divise déjà l’Europe : la crise migratoire.

En attendant ces élections européennes, la crise migratoire s’est déjà transformée en une crise franco-italienne. Les principaux protagonistes en sont le président français Emmanuel Macron et le ministre italien de l’Intérieur, Matteo Salvini.

L’Italie a été confrontée à un flux sans précédent d’immigrants illégaux depuis l’effondrement du régime libyen en octobre 2011. Elle a dû accueillir sur son territoire des centaines de milliers d’immigrés. Ceux-ci affluaient dans ses ports dans des embarcations de fortune et la marine italienne en a sauvé beaucoup en haute mer.

Dans l’esprit de la plupart des immigrants illégaux, l’Italie n’est pas la destination finale. De par sa position géographique, elle n’est qu’une étape vers d’autres destinations plus au nord. Comme aucun pays n’était prêt à accueillir des immigrés illégaux à partir de l’Italie. Celle-ci s’est vue dans l’obligation d’accroître constamment ses capacités d’accueil et les ressources financières correspondantes.

Les pays européens semblaient s’accommoder très bien de cette situation. Où l’Italie supporte à elle seule la quasi-totalité du flux migratoire illégal en provenance d’Afrique. Cependant, les choses ont changé. Quand la Ligue du Nord, parti d’extrême-droite dirigé par Matteo Salvini, et son allié le Mouvement 5 étoiles s’installent au pouvoir, à la faveur d’une coalition inédite.

Crise migratoire : mesures draconiennes italiennes

Le nouveau pouvoir en Italie, fidèle à sa politique hostile à toute forme d’immigration africaine en Italie, a pris des mesures draconiennes. Il a interdit les ports italiens aux bateaux humanitaires qui sillonnent la Méditerranée et recueillent les immigrés en détresse.

Il est clair que cette nouvelle politique migratoire du nouveau pouvoir en Italie n’est pas du goût de la France. Le président Macron ne rate pas une occasion de dénoncer «la haine et le racisme» des dirigeants de l’extrême-droite italienne. En outre, ceux-ci ne manquent pas de dénoncer à leur tour le président français comme étant «à la tête des forces politiques soutenant l’immigration en Europe».

Crise migratoire : rôle de la France

Ici, une clarification s’impose. Si l’on remonte le fil des événements. On constatera que la France a eu un rôle principal dans la destruction du régime de Kadhafi. Elle assume la plus grande responsabilité dans l’anarchie qui sévit depuis près de huit ans en Libye. Ainsi que dans la crise migratoire qui en découle.

Pendant sept ans, la France n’a rien fait pour soulager le calvaire des Libyens. Ils sont victimes de ce qu’il faut bien appeler le crime de guerre de Sarkozy contre la Libye. Elle n’a rien fait non plus pour partager le fardeau de l’immigration illégale supporté dans sa quasi-totalité par l’Italie.

Maintenant, la France se trouve dans la situation puérile de celui qui sème la pagaille. Tout en ignorant les conséquences de son acte, elle s’en prend aux autres. Les pays, tout comme les hommes, sont tenus d’assumer la responsabilité de leurs actes. Toutefois la France, contrairement à l’Italie, a joué un rôle clé dans la destruction de la Libye. Elle continue sans rire de donner des leçons de démocratie, de solidarité, de générosité et de respect «des valeurs européennes».

Nonobstant les critiques à l’égard de la politique de l’extrême-droite italienne, on ne peut que relever la pertinence de la réponse de Matteo Salvini aux leçons d’Emmanuel Macron. «Nous l’invitons à arrêter les insultes et à démontrer sa générosité avec des faits. Il n’a qu’à ouvrir les nombreux ports français et arrêter de refouler des femmes, des enfants et des hommes à Vintimille, à la frontière entre la France et l’Italie. Si l’arrogance française pense transformer l’Italie en camp de réfugiés pour toute l’Europe, elle se fourvoie complètement.»

Est-ce une vraie crise franco-italienne?

Il est à rappeler ici que la crise franco-italienne a éclaté le jour où Emmanuel Macron s’est permis de dénoncer «la part de cynisme et d’irresponsabilité du gouvernement italien». Celui-ci avait refusé d’accueillir l’Aquarius avec à son bord quelque 600 migrants.

On reste pantois et sans voix quand on voit des pays riches se chamailler pour l’accueil de quelques immigrants fuyant l’enfer de la guerre et de la misère. Alors que des pays pauvres, comme le Liban ou la Jordanie, supportent pendant des années sans broncher le poids de millions de réfugiés, principalement syriens. C’est là où se trouvent la véritable générosité et l’authentique solidarité, et non dans les discours démagogiques des Macron, May, Trump et les autres.

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