Sans les réformes du secteur réel, l’économie ne pourra pas redémarrer

Moez Joudi L'Economiste Maghrébin

Quelles sont les solutions à une sortie de crise que traverse le pays? Moez Joudi, l’expert en économie et président de l’association Tunisienne de la gouvernance (ATG)  a présenté des solutions de sortie de crise économique et financière pour la Tunisie. Celles-ci ont été proposées  au Centre Hédi Nouira de la Prospective et des Études sur le Développement (CIPED). 

Autrement dit, pour arrêter l’hémorragie,  il est important de mettre en place cinq mesures à court terme. Mais aussi mettre en œuvre six réformes d’urgence  et un programme social d’accompagnement.  

La reconquête progressive de la notation souveraine du pays

– L’adaptation du modèle de développement en vue d’un meilleur équilibre et d’une meilleure intégration sociale. Mais surtout le rétablissement de la confiance des opérateurs économiques ;
– Le développement des exportations et l’amélioration du niveau des réserves en devises sans recours supplémentaire à l’endettement ;
-La réduction de la pression sur le taux de change du dinar en adoptant un corridor autour du cours central. A l’instar de l’expérience du SME qu’a connu l’Europe auparavant ;
-La maîtrise de la dette en adoptant la règle d’or et en créant l’agence Tunisie-Trésor.  Tout en s’interdisant le recours à la dette pour financer des dépenses de fonctionnement ou pour couvrir des déficits.
-La restauration de l’image du pays à l’extérieur par une stratégie adaptée de « marketing country » et par la reconquête progressive de la notation souveraine du pays.

Renforcer le choix fait dès l’indépendance pour une Administration de carrière

 Moez Joudi a souligné toujours sur son post des réseaux sociaux, l’importance de la réhabilitation des questions économiques par la création d’un conseil consultatif à compétence essentiellement technique et économique. Ce conseil consultatif sera  composé des partenaires sociaux, de l’Administration, des opérateurs économiques et financiers et de la société civile.

L’objectif est celui de soutenir le gouvernement et l’ARP dans l’étude des réformes, des programmes et des projets de lois.  Ceci peut se réaliser à l’instar de l’ancien Conseil Economique et Social. En outre le réexamen du mandat de la BCT et du procédé de nomination du gouverneur et des membres du Conseil. 

Autre élément, le renforcement de la fonction de suivi des grands équilibres au niveau du ministère du Développement. Ainsi que l’affectation du budget d’investissement à ce ministère de façon à ce qu’il cesse de servir de variable résiduelle et de solde du budget de l’Etat.

Cinq autres réformes

Le rapport élaboré par le centre avancent des propositions concrètes quant aux réformes. Celles-ci concernent les régimes de retraite, l’administration et les entreprises publiques. Mais aussi la fiscalité, la compensation, les banques, en particulier celles publiques.

Il déclare à ce niveau: “Nous précisons à cet effet que l’ajustement dont l’économie du pays a besoin ne peut s’en tenir aux seules mesures monétaires ou de change. Sans les réformes du secteur réel, l’économie ne pourra pas redémarrer.

Entreprises publiques 

Le CIPED propose la création d’un fonds de restructuration.  Avec ce fonds, les ressources de privatisation serviront uniquement à financer les opérations d’assainissement des entreprises appelées à rester dans le secteur public. Enfin concernant l’Administration, nous insistons sur la nécessité de renforcer le choix fait dès l’indépendance pour une Administration de carrière au caractère Républicain, à l’abri des considérations politiques. Le pays ne pouvant se permettre à l’heure actuelle le choix d’une Administration de dépouilles “. 

Evoquant des délais requis pour sauver l’économie du pays, le CIPED a rappelé qu’en 1986, la Tunisie a mis 6 ans pour sortir de la crise. Alors que la Grèce vient juste de se soustraire du joug des bailleurs de fonds (UE, FMI, BCE.). De ce fait, après huit années d’ajustement économique, financier et social à la fois, la situation financière de ce pays n’est pas encore totalement assainie avec une dette encore très élevée.

Selon Moez Joudi, le CIPED considère que la mise en œuvre de ce programme exige des préalables politiques et sociaux. IL nécessite des sacrifices de la part de tous. Par conséquent, un ambitieux programme social doit l’accompagner. A l’instar de celui mis en place en 1986 ( PNAFN, Fond d’insertion et d’adaptation professionnelle ….).

“Le CIPED considère que c’est la seule voie passante si le pays veut se donner les moyens de se redresser. De s’affranchir des mesures décidées de l’extérieur du pays et de préserver sa souveraineté. Celle-ci a été mise à mal ces dernières années par une situation économique et financière en dégradation continue”, conclut-il. 

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