La colère gronde chez les retraités

eurobond - L'Economiste MAghrébin

Les retraités de la Fonction publique ont organisé mercredi 25 avril 2018 un rassemblement de protestation devant le siège de la CNRPS.  Ils ont dénoncé le retard dans le versement de leurs pensions mensuelles et les atermoiements du gouvernement pour appliquer l’accord conclu entre le gouvernement et l’UGTT en mai 2017 sur les majorations des traitements des agents effectifs et aux retraités de la Fonction publique.

Déjà, le 18 avril 2018, des centaines de retraités ont manifesté dans plusieurs gouvernorats du pays. Un autre rassemblement sera organisé lundi 30 avril 2018. Faut-il rappeler que la pension de retraite représente les cotisations de toute une vie active de nombre de femmes et d’hommes confiées à un organisme étatique pour les gérer et les rétrocéder.

Cette colère est légitime à plus d’un titre. Les manifestants considèrent, qu’après avoir cotisé durant leur vie professionnelle, ils n’ont pas à subir les conséquences de l’irresponsabilité, de la négligence et de l’impéritie des gouvernements qui se sont succédé depuis 2011 jusqu’au deux gouvernements dits «d’union nationale».

Le chef du gouvernement a eu l’imprudence d’évoquer l’éventualité d’une cessation de paiement des pensions de retraite lors de la conférence nationale sur les «grandes réformes» pour illustrer la gravité de la situation des caisses sociales. La «guerre contre la corruption» n’est plus qu’un pâle souvenir de rodomontades de fier-à-bras. Il est plus facile de faire la guerre aux retraités!

Le projet de la réforme des caisses sociales, et plus précisément, celui de la retraite dans la fonction publique sommeille dans les tiroirs de l’ARP depuis le gouvernement Essid, selon les déclarations de l’ex-chef du gouvernement à une chaîne privée. Le 23 mars 2018, un autre document de 83 pages intitulé “Stratégie de réforme des caisses sociales” a été présenté par le chef du Gouvernement actuel.

D’aucuns aimeraient savoir si le ministre des Finances a répondu à la députée Leïla Chettaoui qui lui avait adressé un courrier, il y a quelque temps, lui demandant de répondre à une question écrite, pour qu’il fournisse à l’opinion publique, le total des sommes versées au titre de dédommagement des bénéficiaires de l’amnistie générale de 2011. Ils l’avaient appelé «réparation du plan de carrière» qui a permis à des milliers de personnes n’ayant jamais travaillé ni cotisé aux caisses sociales, de bénéficier de retraites complètes, assumant qu’ils avaient accompli un parcours professionnel habituel et obtenu toutes les majorations et toutes les promotions possibles!

Le gouvernement Chahed vient de dépasser un seuil critique. L’opinion publique et les réseaux sociaux se déchaînent contre ce qui est qualifié de manœuvres scandaleuses, prenant en otage ceux qui ont travaillé toute leur vie, pour payer leur contribution en vue d’une retraite digne, afin d’imposer une réforme rêche, abusive et dépourvue d’imagination. Ils lui suggèrent d’oser diminuer le salaire des ministres et des députés, ainsi que les avantages des ex-présidents et leurs retraites, de faire payer les bénéficiaires de l’économie parallèle qui chiffrent leurs gains à coups de milliards et qui ne payent pas d’impôts.

Réformer vraiment, c’est s’attaquer au défi de l’informel et de l’évasion fiscale dont les auteurs profitent largement des services publics sans contribuer à leur financement. Le gouvernement peut-il vraiment s’offrir aujourd’hui le luxe de sanctionner les retraités, tout en espérant avoir encore une once de crédibilité ? Un ancien gouverneur de la BCT, remercié par un gouvernement de la Troïka, disait qu’il est nécessaire de «réformer la gouvernance des réformes». Aristophane disait : «Il faut être rameur avant de tenir le gouvernail, avoir gardé la proue et observé les vents avant de gouverner soi-même le navire.»

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