Le courage tardif de Lassaâd Yaâkoubi et ses amis

Lassaad Yaakoubi
Lassaad Yaakoubi a qualifié la presse tunisienne comme étant « la plus honteuse du monde ».

Que se passe-t-il au sein de l’UGTT? Le soulagement ressenti après l’annonce de la reprise des cours et de la remise des notes a été de courte durée.

A peine Noureddine Tabboubi a-t-il fait sa déclaration apaisante à la presse que Lassaâd Yaâkoubi publie un communiqué aux antipodes de la décision de la direction de la Centrale syndicale. En attendant les éclaircissements et la réaction des organes dirigeants de l’UGTT à ce qu’il faut bien appeler la rébellion de Yaâkoubi, la confusion est totale.

Entouré du noyau dur de la Fédération générale de l’enseignement secondaire, Lassaâd Yaâkoubi perd les pédales et s’engage dans une fuite en avant suicidaire. Il est convaincu que tout le monde a tort et que lui et son noyau dur ont raison. Tout ce que proposent le gouvernement et les parents d’élèves est absurde et la sagesse, toute la sagesse est dans ce que revendiquent et exigent Yaâkoubi et son noyau dur.

Ayant provoqué la plus grande crise que connaît l’enseignement depuis l’indépendance, Yaâkoubi prend maintenant le risque de plonger l’UGTT dans une crise dont il est difficile de prévoir les conséquences et les prolongements. La fissure provoquée par l’inconscience et l’arrogance des dirigeants de la Fédération générale de l’enseignement secondaire risque de se transformer en scission. Et quand on sait le poids du syndicat dans la vie sociale et politique du pays, sa scission veut dire forcément plus d’anarchie et plus de confusion dans un pays au bord du gouffre.

La neutralisation de Lassaâd Yaâkoubi et de son noyau dur est aujourd’hui une urgence nationale. Les neutraliser, c’est-à-dire les décharger de toute responsabilité syndicale, est une mesure de salut public qui ne pourra que se répercuter positivement sur l’enseignement, sur l’unité du syndicat et sur les relations entre celui-ci et le gouvernement.

On ne peut pas laisser le sort de millions d’élèves et de parents d’élèves entre les mains d’un dirigeant syndical dont le discours est hystérique dans la forme et irrationnel et absurde dans le fond. Il n’est guère étonnant qu’il s’en prenne violemment aux journalistes et qualifie la presse tunisienne comme étant «la plus honteuse du monde». Quand on ne cautionne pas son hystérie et on refuse d’applaudir sa course effrénée vers l’abîme, on est forcément la honte de la presse mondiale…

Que peut-on attendre d’un dirigeant syndical qui explique à des professeurs chargés d’éduquer les hommes de demain que derrière la crise larvée se trouve «une vieille» qui donne ses ordres au gouvernement tunisien à partir de son bureau du FMI à Washington et que l’ambassadeur américain en Tunisie oppose son veto au dialogue avec la Fédération générale de l’enseignement secondaire?!

Voilà donc le mystère de la crise larvée dévoilée par cet analyste génial. Voilà les deux malfaiteurs-comploteurs contre la Tunisie, Christine Lagarde et l’ambassadeur américain, épinglés par notre Hercule Poirot national…

Comment expliquer à une personne délirante et hystérique que Christine Lagarde n’a rien à voir avec notre crise et que c’est nous qui, depuis sept ans, n’arrêtons pas de faire la manche à la porte du FMI pour financer notamment les augmentations de salaires exigées par les syndicats sans contrepartie de productivité?

Comment expliquer à Lassaâd Yaâkoubi et à son noyau dur que, de par leurs exigences financières sans commune mesure avec les moyens de l’Etat et leurs méthodes de lutte irrationnelles, ce sont eux et non Christine Lagarde qui sont derrière la plus grande crise que connaît l’enseignement depuis l’indépendance.

Nul ne nie que le salaire des enseignants est très en deçà de ce qu’ils devraient avoir et de ce qu’ils méritent. Mais Lassaâd Yaâkoubi et ses amis ne s’étaient pas mobilisés avant la révolution quand l’Etat avait les moyens d’améliorer substantiellement leurs salaires, parce qu’ils n’avaient pas le courage alors de défier un Etat fort. Ils se sont découvert un courage et une combativité sans limite face précisément à un Etat faible et à genoux sur lequel quiconque peut taper autant qu’il veut sans courir le moindre risque.

Malheureusement pour Yaâkoubi et consorts, l’Etat qu’ils sont en train d’humilier et sur lequel ils tapent très courageusement pour l’obliger à délier sa bourse est un Etat désargenté et pour qui «la vieille du FMI» ne volera sûrement pas au secours pour lui apporter les «mille milliards» exigés par le secrétaire général de la Fédération générale de l’enseignement secondaire.          

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