L’Economiste Maghrébin fête le XXème anniversaire de son forum annuel

Les travaux de la XXeme édition de L’Economiste Maghrébin sur les mobilités et ruptures ont démarré ce matin, avec le mot d’ouverture de Hédi Mechri, directeur de la publication.

« Je voudrais vous dire tout le plaisir et l’honneur que nous avons à vous accueillir ce matin pour une nouvelle édition du Forum de l’Economiste Maghrébin. La 20ème précisément. Oui nous allons célébrer ensemble le 20ème anniversaire du Forum de l’Economiste Maghrébin. Merci Messieurs les ministres, un grand merci à nos conférenciers et nos panélistes venus de loin qui nous ont rejoints, en dépit d’un calendrier des plus chargés.

Il y a déjà vingt ans, huit ans après le lancement du Magazine, il nous avait paru nécessaire de créer un lieu de débat, un véritable espace de réflexion et d’échange, ouvert à toutes et à tous qui viendrait s’ajouter aux rencontres périodiques de l’Economiste.

Le premier Forum organisé en 1998 s’interrogeait déjà sur la pérennité des caisses de sécurité sociale alors même que tous les clignotants étaient encore au vert. Nos conférenciers, sur la base d’une étude initiée par nos soins, nous prédisaient un renversement de tendance à l’horizon 2016 que rien ne laissait imaginer. Ils plaidaient déjà pour un mix combinant allongement de la durée du travail, une hausse des cotisations et l’introduction d’une dose de capitalisation. C’était il y a 20 ans. Que n’avait-on suivi leur conseil.

Vingt ans après, notre système de sécurité est  en faillite. Nous avons manqué de mobilité sur fond d’une véritable accélération de l’Histoire.

L’Administration n’était pas sourde, mais elle était lente, très lente à la détente.

Le principe de précaution– pour des raisons évidentes– était érigé en dogme, en règle de conduite quand le plus souvent il fallait changer de logiciel à l’heure des ruptures qui agitent et structurent l’économie mondiale. Raison de plus pour aborder les sujets, les problèmes, les questionnements dont on ne mesure pas assez les effets sur le processus de transformation économique et sociale. Avec toujours ce même souci d’ouvrir à chaque fois une nouvelle fenêtre d’opportunités en situant les véritables enjeux et en esquissant de nouvelles pistes d’action.

Nous n’avions aucune peine à perpétuer cette tradition grâce à la notoriété de nos intervenants, à la profondeur de leurs analyses, à la crédibilité de leurs propositions, à la qualité et à la hauteur du débat.

Le Forum de l’Economiste Maghrébin est à sa 20ème édition. L’âge de la maturité, sans doute, à cette nuance près qu’il est et restera une idée toujours neuve, une construction intellectuelle pour agiter des idées– les seules à faire bouger les lignes et à faire avancer les choses– se projeter dans le futur et mettre en perspective les tendances lourdes, les zones de fracture, les mutations technologiques qui façonnent la nouvelle géographie d’un monde, passé désormais de l’analogique au digital.

Si le Forum de l’Economiste Maghrébin a survécu à toutes les tempêtes, mieux, à monter au fil des ans dans l’estime des acteurs de l’économie et de la société civile– et votre présence si nombreuse en est la démonstration– c’est parce qu’il reste fidèle à sa propre ligne de conduite : traquer les anachronismes, pourfendre les dysfonctionnements, s’insurger contre les idées reçues et la pensée unique, dénoncer les méfaits de la bureaucratie, l’immobilisme de l’appareil d’Etat rétif au changement. Un Etat devenu grand pour les petits problèmes et assez frêle pour les grands problèmes qui freinent le développement.  Bref, sans véritable vision d’avenir.

Nous avons, d’un Forum à l’autre, cassé bien des codes, brisé autant de tabous, pointer du doigt les réticences et les résistances qui inhibaient les velléités d’entreprendre, ralentissaient le processus d’adaptation managériale et technologique.

Mais il y a plus, car il fallait à chaque fois capter les signaux que seuls les dirigeants avisés voyaient venir avant qu’ils ne soient perceptibles et visibles au grand jour.

Exercice utile et nécessaire. Surtout que l’Administration, à force de tout régenter, réglementer, ordonner finit par se laisser surprendre par  l’avalanche des changements venus d’ailleurs alors même qu’elle s’est bâtie une solide réputation à aligner les plans quinquennaux qui s’apparentent plus à une reproduction du passé sur une échelle élargie qu’à une projection dans le futur.

Nous avons chaque fois ciblé les questions dont nous pressentions qu’elles seront d’un intérêt primordial pour le pays pour dissiper craintes, doutes, appréhensions et malentendus et pourquoi pas susciter l’espoir chez les acteurs de l’économie. Les caisses de sécurité sociale, on en a parlé. L’Accord de libre-échange conclu en 1995 est passé par là. Nous étions parmi les rares à le soutenir en dépit de ses multiples contraintes qui sont au fond autant d’avancées pour  l’industrie nationale.

Le débat sur la convertibilité du dinar – déjà !– suscitait en son temps autant d’adeptes que de détracteurs.

La question des entreprises publiques, sujet tabou s’il en était, figurait dans nos tablettes sans parti pris. Nous avions dit en son temps tout le bien que la collectivité tirerait de la privatisation de celles évoluant dans le secteur concurrentiel.

La restructuration des banques, publiques notamment, ne nous a pas échappé avant que leur situation ne les contraigne à réduire leur voilure en matière de financement de l’économie réelle.

La mondialisation, si elle n’était pas toujours heureuse, est bien évidemment incontournable. Mieux vaudrait s’y préparer pour ne pas se laisser décrocher.

De la même manière qu’il devenait urgent et nécessaire de bâtir une véritable politique industrielle. Dans la perspective d’une intégration régionale qui, hélas, ne s’est pas faite.

La Tunisie, terre des PME/PMI, manquait de champions nationaux qui n’avaient pas la faveur de la société. Pas plus qu’ils ne bénéficiaient d’une politique de soutien, notamment dans leur développement à l’international (Forum 2017). Leur mobilité était réduite. Les pouvoirs publics hésitent à s’engager dans une logique de rupture qui aurait pour effet de les réhabiliter, les libérer des entraves, des préjugés et suspicions de toutes parts.

On avait signalé les premiers signaux d’émergence de l’Afrique, notre nouvelle frontière, avons-nous dit, avant que nos entreprises, à l’exception d’une poignée d’entre elles, ne s’éveillent à ce continent qui se réveille.

Il y a trois ans, nous avions engagé le débat sur la transition numérique qui s’installe aujourd’hui à tous les étages de la société. Tout comme d’ailleurs l’innovation, principale clé de la croissance, pour donner sens et contenu à notre modèle de développement en construction. C’est dans cette perspective comme pour compléter cette trilogie que nous abordons aujourd’hui le thème : «Mobilités et ruptures, les défis de la Tunisie».

Oui nous pensons que ce sujet, que cette question nous interpellent. On en voit les effets aujourd’hui et on imagine les conséquences pour demain, à moyen et à long terme.

Nos conférenciers et nos panélistes, que je salue et remercie de nouveau, nous en dirons de quelle manière. Ils détailleront pour nous les enjeux économiques, financiers, environnementaux, géopolitiques ainsi que les défis qu’il faut relever à cet effet.

J’ai longuement évoqué le 20ème anniversaire du Forum de l’Economiste Maghrébin et très peu le thème qui nous réunit ce matin. Nos intervenants, et sans doute aussi toutes celles et tous ceux  présents dans la salle, sont mieux qualifiés pour en parler.

Je voudrais réserver le mot de la fin pour saluer la mémoire de feu Faouzi Belkahia et Saïd Mrabet, deux grandes figures de banquiers tunisiens, sans lesquels ce Forum ne serait pas ce qu’il est. Faouzi Belkahia a présidé pendant plusieurs années ce Forum avant que la maladie et la mort ne l’emportent, ne les emportent tous les deux.

Faouzi Belkahia y a laissé son souffle, son humanité, son sens de la retenue et de la rigueur.

Je voudrais saluer Si Chedly Ayari qu’on ne présente plus. Il vient d’achever son mandat à la BCT. Grande figure nationale, grand économiste et professeur émérite. Sans lui, ce Forum, qu’il avait présidé à sa naissance pendant les deux premières années, n’aurait jamais vu le jour.

Je voudrais saluer et remercier Si Chakib Nouira– lui-même banquier de profession et ancien président de l’IACE– à qui j’avais confié cette même responsabilité de succéder pendant plusieurs années à Faouzi Belkahia qu’on ne remplace pas. Si Chakib devait être là ce matin parmi nous, mais il est retenu à l’étranger. Il a fait du Forum un point de ralliement grâce à sa disponibilité, son intelligence des situations et des hommes, son éloquence et la finesse de ses réparties.

Tout comme excelle à le faire aujourd’hui Si Habib Karaouli depuis sept ans, et je puis vous dire qu’avec mon ami Serge Degallaix, l’autre pilier de ce Forum depuis plus de dix ans et qui dirige également la Fondation Tunisie, ils porteront longtemps encore le poids de ce Forum

Et pour finir, j’aimerais remercier et saluer tous nos sponsors. En réalité, ils sont beaucoup plus que cela. Leur soutien participe de leur responsabilité sociétale et de leur engagement à nos côtés pour assurer les conditions de réussite de ce Forum qui est aussi le leur. »

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