Syrie : bombarder et après ?

Syrie

Il est vrai que le régime sanguinaire de Bachar Al-Assad a probablement commis un nouveau crime contre son propre peuple en procédant à un bombardement chimique sur la population de la Ghouta orientale, près de Damas. Mais sans attendre l’ouverture et les conclusions de l’enquête internationale destinée à établir les faits, les preuves et à identifier ainsi les responsables, les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France ont pris la responsabilité de violer la loi internationale et de jouer avec la sécurité internationale.

Ces trois puissances occidentales ont à nouveau cédé à la tentation de jouer un rôle de gendarme du monde, plus que jamais anachronique, inefficace et périlleux. Ce qui n’est guère surprenant au regard de la tradition interventionniste, militariste et unilatéraliste des Etats-Unis. Ce qui surprend plus c’est le suivisme français, au regard du traditionnel principe d’indépendance nationale et des valeurs de la paix et du multilatéralisme qui guide la ligne gaullo-mitterrandienne sur laquelle est fondée la politique étrangère de la Ve République.

La France est un pays en guerre sur différents théâtres d’opérations en Afrique et au Moyen-Orient, comme cela vient d’être rappelé. Des guerres particulières car de nature asymétriques, certes, mais des guerres dans lesquelles la vie de nos soldats est en jeu, des guerres susceptibles aussi de provoquer des conséquences, des réactions sur son propre territoire national.

Cette stratégie ne peut apporter aucune solution au conflit en Syrie dont la résolution ne peut être que de nature politique et diplomatique. Or ces frappes ne contribuent en rien à faire progresser ni le dialogue entre les forces syriennes, ni la coopération avec les acteurs régionaux et internationaux impliqués. Au contraire, la tension est désormais à son comble, y compris avec les principaux alliés du régime inique de Bachar Al-Assad. Ce dernier mérite d’être jugé pour les crimes perpétrés contre son propre peuple, victime d’une tragédie humaine à laquelle nul ne saurait rester insensible.

Une tragédie qui en rappellent d’autres, y compris dans la région, et qui pourtant ne font l’objet d’aucune forme d’intérêt de la part des trois puissances occidentales concernées. Les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France font montre d’une indignation sélective, puisque d’un côté ils frappent la Syrie, et de l’autre ils ignorent cyniquement les crimes commis contre les populations de Palestine, du Yémen, dans le nord de la Syrie ou de Birmanie.

Cette indignation à géométrie variable sape la crédibilité du discours justificatif avancé. La solution au conflit ne tient pas à des frappes aériennes, aussi précises soient elles. Riposter aux crimes du régime syrien par la seule voie militaire, sans stratégie politique visant le retour de la paix, sans initiative diplomatique digne de ce nom, relève plus de la posture et de la communication que de l’engagement politique et de l’action humanitaire.

Ces frappes ne sauraient masquer les échecs des diplomaties occidentales sur le dossier syrien depuis le début du conflit. Des erreurs qui ont fait perdre du temps à la recherche d’une solution de paix à ce conflit. Pire, ces frappes qui semblent procéder  de conceptions viriliste et brutale des relations internationales risquent de conforter la théorie du choc des civilisations qui provoque divisions et stigmatisations au sein de la communauté internationale.

Enfin, la paix ne se fera ni sans, ni contre la Russie et l’Iran. Une résolution pacifique du conflit passe par un accord avec ces puissances désormais incontournables. Il est aujourd’hui inconcevable d’imaginer une solution au conflit syrien sans un engagement politique de la Russie. Il convient de reconnaître que Moscou est incontournable pour trouver une solution au conflit syrien.

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