La délicate équation des banques

Banques Tunisie

Comme l’a souligné le dernier communiqué de presse du FMI, “des tendances opposées continuent de caractériser l’économie tunisienne”. D’ailleurs, c’est là toute la difficulté de résoudre l’équation socio-économique de ce pays. Parmi les paradoxes les plus frappants, nous retrouvons les banques.

En fait, et au moment où les différents établissements de crédit affichent des bénéfices records pour la troisième année de suite, cela reste loin d’être un indicateur de bonne santé. A l’appui de cet avis, nous avons deux arguments solides.

Moins de générosité envers les actionnaires

Le premier est le rythme de l’évolution des dividendes par rapport à celui des bénéfices. La rémunération des actionnaires les a désappointés et nous avons assisté la semaine dernière à l’illustration de la déception du marché avec deux séances profondément rouges. La Place de Tunis est largement dominée par les actionnaires individuels et le dividende a naturellement une importance particulière dans la valorisation des titres.

Si les bénéfices des banques reflétaient sincèrement leurs situations financières, elles auraient dû afficher un payout plus généreux. Mais en réalité, la plupart d’entre elles sont sous-capitalisées et donc ont besoin de renflouer leurs caisses. Mais dans la mesure où le marché accepte mal, actuellement, les opérations d’augmentation de capital, plusieurs banques ont préféré affecter le maximum de bénéfices aux fonds propres, afin d’éviter les soucis liés aux opérations d’augmentation de capital. Rappelons ici que c’est également moins coûteux.

Une recapitalisation signifie l’organisation d’une assemblé générale extraordinaire, la publication d’un prospectus, la gestion du cours de l’action si nécessaire pour rendre la souscription attractive, payer une commission aux intermédiaires en Bourse qui vont collecter les fonds et assurer la clôture de l’opération à titre réductible en cas de besoin. Pourquoi alors s’offrir tout ce casse-tête alors que la solution de garder une plus grande proportion du résultat est une solution plus simple ? Néanmoins, il faudra gérer la colère des actionnaires lors des prochaines réunions qui vont se tenir dès les prochaines semaines.

Le problème des créances classées

Le deuxième argument est le projet de loi déposé par le Gouvernement la semaine dernière et qui concerne les trois banques publiques, visant à résoudre la question des créances classées. Là, une question légitime se pose : pourquoi annoncer durant des mois que les plans de redressement des banques ont réussi puis proposer un programme d’assainissement ? De plus, le cas de la BH, pour laquelle la situation est nettement meilleure que les deux autres établissements concernés, est à discuter. La banque compte distribuer un dividende de 0,600 dinar par action, et la dernière augmentation de capital a eu un effet positif sur ses ratios prudentiels. L’intégrer dans un tel programme et la mettre dans le même panier que la STB et la BNA est, à notre avis, assez bizarre.

Dans tous les cas de figure, nous pensons qu’il faut renforcer davantage le dispositif réglementaire une fois pour toutes, de sorte que ces banques deviennent une force pour l’économie et non le contraire.

D’ailleurs, nous constatons que les dernières nouvelles de l’appel d’offres pour la cession de la BTE ne sont pas bonnes.

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Publié le 16/04/2018 à 12:01

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