Syrie : 110 missiles pour sauver la face de Trump, de May et de Macron

Les frappes américano-franco-britanniques contre la Syrie ont eu finalement lieu et le monde attend toujours les preuves de l’usage d’armes chimiques à Douma que Washington, Londres et Paris assurent détenir. 110 missiles tirés des bases américaines de Dhahran en Arabie Saoudite et de Aidid au Qatar, par des Mirages et Rafales français et des Tornados britanniques.

Les forces d’agression n’ont pas perdu de temps pour tenir des conférences de presse et déclarer que leurs missiles étaient arrivés à leur destination et avaient détruit les cibles visées, prétentions démenties par la Syrie dont les défenses aériennes ont détruit en vol ou détourné de leurs trajectoires plus de 70 missiles américains, britanniques et français.

Le chef d’état major américain qui a tenu une conférence de presse au nom du Pentagone a affirmé que «des usines de fabrication et des entrepôts d‘armes chimiques ont été détruits, engendrant ainsi un coup d’arrêt au programme syrien d’armes chimiques.»

A la question d’un journaliste à laquelle il ne s’attendait visiblement pas et qui demandait comment se fait-il que l’on détruise des usines et des entrepôts d’armes chimiques sans que l’on constate la moindre émanation de gaz mortels et sans qu’il y ait des victimes, le chef d’état-major, visiblement gêné, a affirmé: «Nous avons pris des échantillons que nous sommes en train d’analyser». Son mensonge a été vite démontré par une autre question à laquelle il ne s’attendait pas non plus: «Les échantillons, vous les avez pris dans les airs?». Évidemment, il a ignoré la question.

Le représentant du Pentagone était accompagné lors de la conférence de presse par la porte-parole du département d’Etat qui, cela va sans dire, a insisté à son tour sur la «légitimité des frappes des Etats-Unis et de leurs alliés pour punir le régime syrien d’avoir franchi les lignes rouges et pour détruire ses capacités en armements chimiques.»

La question centrale qui lui a été posée est relative aux preuves accumulées contre le régime syrien. «Oui», a-t-elle répondu, «nous avons les preuves». Lesquelles? «Ce sont des preuves fournies par nos services de renseignements et je ne peux pas en parler ici»…

De son côté, le ministre russe des Affaires étrangères Serguei Lavrov a tenu une conférence de presse dans laquelle il a condamné l’agression contre la Russie et répondu aux questions des journalistes. Il a fait cette importante révélation: «Hier (vendredi) les présidents Poutine et Macron ont eu une conversation téléphonique. Celui-ci a prétendu détenir la preuve de l’implication du régime syrien dans l’attaque chimique de Douma. Et quand le président russe lui a demandé de montrer ces preuves, le président français a répondu: «Ce sont des preuves fournies par des services de renseignements que je ne peux pas rendre publiques»…

Les réponses identiques de la représentante du département d’Etat américain et du président français sont la preuve irréfutable que ni les Etats-Unis, ni leurs alliés français et britannique ne disposent de la moindre preuve de l’implication du régime syrien dans une attaque à l’arme chimique, ni même qu’une telle attaque ait eu lieu. Car, s’ils disposaient de preuves, ils les auraient criées sur tous les toits de Washington, de Londres et de Paris. Mais comme il n’y en a aucune et dans une tentative désespérée de ne pas paraitre ridicules aux yeux du monde, ils ont trouvé la parade consistant en cet étrange concept de «preuves secrètes». Après des siècles d’évolution du droit international, il a fallu attendre Donald Trump, Emmanuel Macron et Teresa May pour enrichir ce droit et permettre aux pays puissants de punir les pays faibles sur la base d’accusations soutenues par des «preuves secrètes»…

Les frappes ont été menées quelques heures avant l’arrivée à Douma des inspecteurs de l’Organisation de prévention des armes chimiques de peur que ceux-ci ne réfutent «les preuves secrètes», ne démentent l’existence même de telles frappes et ne confirment l’information que toute l’affaire est une mise en scène filmée de bout en bout par les «casques blancs», en étroite collaboration avec les renseignements britanniques MI6, selon l’enquête menée sur place par la Russie.

Les 110 missiles envoyés par Trump, Macron et May n’ont détruit aucune installation chimique parce que tout simplement il n’y en a pas. La Syrie s’est débarrassée de tout son arsenal chimique en 2013 suite à l’accord entre Poutine et Obama, et que toute personne saine d’esprit ne peut croire qu’un régime en guerre larvée depuis sept ans contre l’hydre terroriste a le temps et les moyens de mettre en place des usines de production d’armes chimiques.

Bachar a écrasé les terroristes par des armements conventionnels et avec l’aide de ses alliés et n’a nul besoin d’utiliser des armes chimiques à supposer qu’il en possède encore. Et c’est là le nœud du problème de Washington, Londres et Paris qui ruminent leur haine contre le régime syrien et leur rancœur contre ses alliés russe et iranien qui l’ont aidé à renverser la tendance, après avoir été à deux doigts de l’effondrement.

Ne pouvant prendre le risque de déclencher une guerre avec les Russes et les Iraniens qui embrasera la région et mettra en danger leurs bases militaires et leurs alliés en Arabie saoudite, au Qatar et en Israël, les Etats-Unis et leurs appendices britannique et français se sont contentés d’envoyer une centaine de missiles pour sauver la face après une semaine de fanfaronnades anti-syriennes, anti-iraniennes et anti-russes. Mais aussi pour «punir» Bachar de ses victoires spectaculaires qui ont bouleversé irrémédiablement les stratégies américano-franco-britanniques.

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Publié le 15/04/2018 à 12:31

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