Tunisie, la nouvelle donne

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“L’anarchie, c’est quand le gouvernement est faible. Ce n’est pas quand il n’y a pas de gouvernement. D’abord, il y a toujours un gouvernement. Quand cela ne va pas, il y en a plusieurs. Voilà tout …” (André Malraux, Les conquérants, Paris, Grasset, 1928, p.47).

Peut être faudrait-il parler, dans notre contexte post-révolution d’un affaiblissement de l’autorité, suite aux soulèvements sporadiques d’habitants des régions de l’intérieur, à la colère des diplômés chômeurs et des contestataires, tous azimuts.  Ces mécontents ont cessé de se considérer comme des vaincus et se sont érigés en acteurs.

Ce mouvement libertaire, difficile à endiguer, définit notre contexte. Le gouvernement de “l’union nationale”, formé à l’initiative du Président de la République se proposait d’effectuer le recentrage nécessaire, définissant les priorités de l’heure.

La protestation sociale de janvier 2018 mit à l’ordre du jour une réactualisation de l’accord. Réunis, sous l’égide du Président de la République, les partenaires de “l’union nationale” organisèrent des séances de concertation et de réflexion. Ils prirent la décision d’élaborer une feuille de route, à mettre en œuvre éventuellement par un gouvernement remanié ou même par un nouveau chef de gouvernement. Le document de Carthage 2 concerne désormais cinq partis, suite au retrait de quatre partenaires. Désormais influente, l’UGTT revendiqua un changement de gouvernement.

La convocation d’une réunion restreinte le 7 avril 2018, au palais de Carthage annonce une nouvelle donne. Elle réunit autour du président de la République, Béji Caïd Essebsi, le chef du gouvernement, Youssef Chahed, le président de l’ARP, Mohamed Ennaceur, le président de l’UTICA, Samir Majoul et le secrétaire général de l’UGTT, Noureddine Taboubi.

Fait significatif, le chef du gouvernement, qui ne participait pas aux partenaires du document de Carthage, y fut associé. D’autre part, les partis de “l’union nationale” n’étaient pas invités à ces assises. Prenons la juste mesure du changement de gravité des instances du document de Carthage : les deux organisations l’UGTT et l’UTICA – réconciliés, semblait-il, avec le chef du gouvernement – s’érigeaient en grands acteurs de la nouvelle mouvance.

Constat d’évidence, le remaniement ministériel serait différé, sinon réduit à un changement de certains ministres et secrétaires d’Etat. Le Président de la République accorderait plutôt la priorité à la stabilité, tout en chargeant l’actuel chef du gouvernement de mettre en œuvre la feuille de route, en préparation, par les partenaires du document de Carthage 2.

Autre fait significatif, l’organisation de la cérémonie de l’anniversaire du leader, la défense absolue de l’histoire nationale et l’annonce de l’égalité de l’héritage. Saluons cette volonté de consolider les acquis et de les développer, dans le cadre d’une vision bourguibienne revendiquée.

 

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Publié le 10/04/2018 à 09:01

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