Martyrs d’hier et d’aujourd’hui

S’il est vrai que les autorités coloniales françaises ont fait beaucoup de martyrs, il n’en demeure pas moins que la République tunisienne a connu également son lot de martyrs.

Le 9 avril 2018, la Tunisie célèbre le 80ème anniversaire des événements du 9 avril 1938. Il y a en effet quatre-vingt ans, une vingtaine de Tunisiens ont été assassinés par les forces coloniales à Tunis, parce qu’ils sont descendus pour réclamer des réformes, notamment l’institution d’un parlement tunisien.

Un événement qui marque un tournant dans l’histoire de la Tunisie. Survenu quatre ans après que le Mouvement national tunisien eut connu un autre tournant, avec la prise en main du Destour, en 1934, par la jeune génération des Bourguiba, Matri, Sfar,…

Moins de vingt années plus tard, la Tunisie obtiendra son indépendance (1956). Avec entre ces deux dates d’autres événements qui feront des martyrs qui tomberont sous les balles de la colonisation française. Les événements de Bizerte, en 1961, seront également l’occasion d’autres pertes humaines (et donc d’autres martyrs); tombés encore pour que la Tunisie soit enfin libre.

Mais le départ des Français ne clôturera pas, pour ainsi dire, la liste des martyrs. Car des Tunisiens tueront au cours des années qui suivront l’indépendance d’autres Tunisiens venus réclamer la liberté et la dignité.

Des événements qui habitent nos souvenirs

Et les événements du 9 avril 1938 seront suivis par d’autres. Difficile de les recenser évidemment. Cela dit, certains rendez-vous habitent plus que d’autres la mémoire de plus d’un Tunisien.

Tant ils ont constitué des étapes importantes qui ont emporté et le régime du président Habib Bourguiba, le 7 novembre 1987, que celui du président Ben Ali, le 14 janvier 2011.

Le 26 janvier 1978, et à l’occasion d’une confrontation entre le gouvernement de Hédi Nouira et l’Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT), dont le secrétaire général était Habib Achour, une grève générale finit mal. 46 morts et 325 blessés. Tel est du moins le bilan du gouvernement d’alors.

On parle de 140 morts et même de 200 morts selon d’autres sources: l’ancien ministre, Ahmed Mestiri, et l’historien tunisien, Mohsen Toumi.

Torturés et assassinés

Le 4 janvier 1984, et à l’occasion de ce qu’on nomme «la révolte du pain» ou «les événements du pain», on compte 92 morts, selon la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme.

La lutte sans merci que mènera notamment la police contre les militants, notamment de la gauche tunisienne et de la mouvance islamiste tout au long des années qui ont suivi l’indépendance, ne sont pas également à oublier.

Certains sont torturés et assassinés. Quelquefois enterrés de nuit ou au milieu d’un dispositif sécuritaire qui n’a pas permis à leur famille de faire leur deuil.

Dans cette guerre ouverte contre les islamistes, ces derniers feront, à leur tour, des victimes: un gardien de la cellule destourienne meurt à la suite d’un attentat islamiste, le 17 février 1991.

Surviennent encore les événements du 14 janvier 2011 qui constituent un des événements les plus sanglants de l’histoire de la Tunisie indépendante. Selon un bilan provisoire établi en janvier 2014 par la Commission nationale des martyrs et des blessés de la Révolution, 321 martyrs ont été recensés.

La liste définitive a été soumise, le 2 avril 2018, au chef de l’Etat, Mohamed Béji Caïd Essebsi, par Taoufik Bouderbala, président du Comité supérieur des droits de l’Homme et des libertés fondamentales.

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